L’épanouissement des très hauts potentiels

Les enfants à haut potentiel ont des besoins spécifiques. Leur soif de comprendre doit être étanchée par des pédagogues attentifs, car ils ne se développent pas de la même façon que les autres.

Lorsque vous passez un test de quotient intellectuel et obtenez un score supérieur à 130, on vous qualifie volontiers de surdoué. Ce seuil peut varier selon les classifications : 125, 130, 132… Si bien qu’entre 200 000 et 300 000 enfants en France seraient ce que l’on appelle des « enfants intellectuellement précoces », ou aussi « à haut potentiel ». Mais ce serait une erreur de les définir uniquement à travers leur quotient intellectuel. La précocité ou le « surdouement » constitue avant tout un fonctionnement propre de la pensée. Et ce mode de fonctionnement à part entière du psychisme peut entraîner un certain nombre de difficultés si aucune identification ni aucun accompagnement spécifique ne sont proposés.

Un bébé exceptionnellement éveillé

Les travaux de neuroscientifiques ont permis d’identifier chez les enfants à haut potentiel des spécificités développementales, dès la naissance, sur le plan cérébral. La neuropsychologue Laurence Vaivre-Drouet – Inserm, Hôpital Cochin et Hôpital Necker-Enfants malades, à Paris – a ainsi réalisé une note de synthèse qui fait état d’une intégration sensorielle et motrice très précoce chez de tels enfants, durant les premières semaines de vie. Le développement du cerveau a pris un chemin particulier chez ces enfants, dès l’environnement intra-utérin. De même, il est aujourd’hui établi que les personnes à haut potentiel présentent des circuits neuronaux où les connexions entre les zones frontales (à l’avant) et pariétales (au-dessus et en arrière) du cerveau sont particulièrement robustes.

De telles différences fonctionnelles, observées au plan neuroanatomique, entraînent dès la petite enfance un fonctionnement cognitif différent de celui des autres individus. On relève ainsi, chez la majorité des bébés, un éveil plus important ainsi qu’une observation plus aiguë de leur environnement et de ce qui s’y passe. Au cours des conversations, ces enfants ne cessent d’observer leurs interlocuteurs comme s’ils cherchaient à comprendre ce qu’ils disent. Très tôt, ils tentent d’accéder seuls à leur nourriture, cherchant à saisir leur biberon pour le tenir alors que leurs mains ne sont pas encore assez développées. Au cours des entretiens, les parents déclarent souvent que leur bébé explore l’environnement en recherchant des sollicitations, et ce avec une grande vivacité et une demande constante d’interaction. Ils réalisent des saccades oculaires rapides, des poursuites visuelles qui alternent avec des fixations, le tout avec un regard décrit comme perçant. Cette caractéristique d’ouverture sur le monde les conduit à perdre très tôt leurs réflexes archaïques et…

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Fabrice Bak
Cerveau&Psycho > N°66 – novembre – décembre 2014