« Mettre un surdoué sous un manager moyen, bosseur et politique est catastrophique »

« Mettre un surdoué sous un manager moyen, bosseur et politique est catastrophique », expliquent Thierry Brunel et Arielle Adda

Par  – Publié le 06 mars 2015, à 17h43  www.usinenouvelle.com/management

Dans « Adutes doués et sensibles, trouver sa place au travail et s’épanouir », Thierry Brunel et Arielle Adda décortiquent la difficulté pour certains adultes surdoués à s’insérer dans le monde professionnel. Ils nous éclairent sur les raisons de cette difficile intégration au monde moyen et indiquent quelle voie l’entreprise pourrait trouver pour les aider et bénéficier de leur talent.

L’Usine Nouvelle – Pourquoi ce livre ? Etre surdoué, ou être « une personne douée » selon la nouvelle terminologie que vous utilisez, ne suffit-il pas pour réussir ? 

Thierry Brunel – Chez les personnes douées, les fragilités sont aussi abyssales que les capacités sont grandes. Il existe trois grands types de décalages entre eux et le monde professionnel. Le premier tient à un problème de compréhension. C’est comme dans le conte d’Andersen, « Le vilain petit canard » : le doué est comme un cygne qui vit parmi les canards. Il imagine que le canard pense comme lui. Le deuxième décalage tient aux difficultés relationnelles. La personne douée est plus sensible, elle surréagit. Enfin et surtout, ce que j’appelle leur ancrage identitaire est souvent problématique. Même si cela peut sembler étonner, chez certains d’entre-eux, le fait d’être différent a été problématique, ils en ont eu honte. Ce sont des personnes qui doutent beaucoup. Ils ne perçoivent pas toujours qu’ils sont forts là où ils le sont. En revanche, ils voient leurs points faibles avec une acuité particulière… car ils sont doués.

 Arielle Adda – Je reçois depuis longtemps des adultes doués qui ne sont pas toujours bien dans leur travail. Ils ne se vivent pas comme les meilleurs. On ne sait pas qu’on est doué. Quand ils font un test pour mesurer leur intelligence, certains refusent de croire le résultat, ils ne veulent pas être différents.

Vous insistez beaucoup sur la sensibilité des personnes douées. Comment se manifeste-t-elle ?A.A. – Hypersensibilité et personnes douées vont de pair. Ils comprennent les choses très vite. Notamment les non-dits. Ce sont d’ailleurs des personnes très intuitives. Cela peut être un atout dans le monde professionnel, ils n’ont pas un esprit moutonnier. Mais l’hyper-émotivité peut être aussi un handicap : ils doivent apprendre à se défendre de ce qu’ils éprouvent, ressentent.

Que peuvent faire les DRH pour faciliter leur vie professionnelle ?
T.B. – D’abord, il faudrait qu’ils prennent conscience de leur existence. Les équipes qui gèrent les hauts potentiels devraient être sensibilisées à cette question.Tout l’article sur le site

Etre surdoué : pas si facile !

On les appelle surdoués mais aussi précoces, ou encore EIP (enfants intellectuellement précoces) ou HP (à haut potentiel). Comme pour cacher sous des initiales une réalité souvent embarrassante. Car la précocité intellectuelle n’est simple à vivre et à gérer ni pour le jeune ni pour ses parents.

Qui sont les enfants précoces ? Nombre d’articles et d’émissions nous les présentent comme des petits Mozart de la musique ou de véritables Einstein des mathématiques, aux facultés extraordinaires.
Pourtant, un enfant précoce détecté sur trois est en échec scolaire en fin de collège.

Comment est évaluée la précocité ?

Un enfant précoce a un fonctionnement intellectuel différent : ses tests de QI (quotient intellectuel) mettent en évidence un potentiel et un rythme de développement intellectuel supérieurs à la norme définie pour les enfants du même âge, alors qu’il a, souvent, un développement affectif, mais aussi relationnel et psychomoteur en rapport avec ceux de son âge biologique. Cet écart de rythme de croissance – ou « dyssynchronie » – entre les composantes de sa personnalité différencie fortement l’enfant intellectuellement précoce des autres.

On parle de précocité au-delà d’un QI de 130

Le QI moyen de la population est de 100. Au-delà d’un QI de 130, on parle de précocité (2,1% de la population). Mais les difficultés d’intégration n’apparaissent bien souvent qu’à partir d’un QI de 150 (0,1% de la population).
Pour des enfants et adolescents entre 6 et 16 ans, le test aujourd’hui utilisé est le WISC IV. Quatre indices permettent de déterminer le QI : l’indice verbal, l’indice perceptif, la mémoire de travail et la vitesse de traitement.
Attention : le QI n’est pas un diagnostic, que seul permet d’établir un bilan clinique complet.

Comment reconnaître un enfant surdoué ?

Souvent, il a parlé très tôt, et a tout de suite eu beaucoup de vocabulaire. Il s’est posé très jeune des questions sur l’origine du monde, voire des questions métaphysiques.
Dès son entrée à l’école, il a pu paraître paradoxalement en décalage avec ses pairs, et donc être isolé. Il n’a pas aimé l’école, s’y est renfermé.

Il a une mémoire étonnante mais tarde à savoir faire du vélo

Pourtant, à la maison, il continue à s’interroger et à lire avec avidité des livres sur la préhistoire, les insectes ou l’astronomie. Il a une mémoire étonnante pour son jeune âge. Mais en même temps, il tarde à apprendre à faire du vélo et ne sait pas lacer ses chaussures, il n’est pas à l’aise dans son corps (c’est la fameuse dyssynchronie).
Les années passant, il peut avoir des facilités évidentes dans certains domaines (il manie étonnamment les chiffres par exemple), mais en même temps, se fait reprocher par les professeurs une écriture malhabile et un côté rêveur. 
Pour résumer

Les signes d’une précocité peuvent souvent être repérés. L’enfant surdoué manifeste très tôt :
    • un grand sens de l’humour
    • un décalage avec ses pairs (qui conduit souvent à l’isolement)
    • un sentiment d’ennui à l’école (l’ennui de celui qui sait déjà)
    • un affectif envahissant
    • une graphie hésitante, une maladresse plus générale parfois
    • une grande intuition, un sens créatif
    • un goût de la lecture très développé
    • une vive curiosité et un intérêt pour les grands sujets (la création de l’univers, la préhistoire, l’existence de Dieu)

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Agnès Descombes