L’hypersensibilité

Un petit garçon de 8 ans m’a donné la définition de l’hypersensibilité. La voici :
« Ca veut dire que quand quelqu’un dit quelque chose un tout petit peu pas gentil, ça fait facilement très mal ». 

Dans le cerveau des surdoués, les informations nerveuses circulent très vite, ce qui le rend hyper-réactif, il réagit à tous les stimuli, sans vraiment filtrer. Il « voit » tout, « entend » tout, ressent tout, ou en tous cas, trop. Cela explique l’hypersensibilité quasi-systématique dont se plaignent les surdoués.

L’enfant, comme l’adulte surdoué, est sensible à tout. Il entend, voit, comprend, ressent beaucoup de choses. Il est envahi par une quantité trop importante d’idées, de paroles, d’informations et de perceptions. Il est un peu noyé dans tout cela. Cécile BOST, dans son livre « Différence et souffrance de l’adulte surdoué » le décrit très bien. 

Ses sens sont en éveil, presque aux aguets. Il est souvent gêné par le bruit qui agresse ses oreilles trop sensibles, qui l’empêche de se concentrer, de penser. Il peut aussi avoir une sensibilité importante au niveau de la peau. Il ne supporte pas les étiquettes qui grattent, les vêtements qui ne sont pas doux ou qui le serrent, mais il aime les câlins. Il est trop sensible aux odeurs et se plaint des odeurs trop fortes.

Il est sensible aux ambiances. Il peut être perturbé et affecté par tous les conflits, les tensions et les problèmes psychologiques des personnes qui l’entourent, même s’il n’est pas responsable ni concerné. Il ressent facilement ce que les autres ressentent. Cela peut le mettre mal à l’aise et l’inquiéter. Cette capacité à se mettre à la place des autres et à imaginer ce qu’ils ressentent, à presque ressentir ce qu’ils ressentent s’appelle l’empathie. Cela le fragilise beaucoup parce qu’il est envahi par les sentiments et les émotions des autres et de lui-même. Il ressent tout très fortement. L’affectif prend trop de place dans sa vie. 

Comme l’adulte surdoué, l’enfant précoce est émotif. Il a facilement les larmes aux yeux, il est « à fleur de peau ». La tristesse, la joie, la colère peuvent prendre chez lui des proportions démesurées. Il ne maîtrise pas ses émotions. Il passe rapidement du rire aux larmes. Certains se mettent dans des colères terribles pour des raisons qui paraissent ridicules. Ce n’est pas un comédien, il est sincère. Il ressent fortement la joie et ensuite fortement la colère ou le sentiment d’injustice. Son entourage a bien du mal à comprendre ces débordements.

Certains, pour se protéger de cette fragilité, de cette trop grande émotivité, cherchent à ne plus trop ressentir. Ils se renferment sur eux-mêmes, refusent de voir ce qui se passe autour d’eux, s’obligent à ne pas faire attention. Ils paraissent insensibles. Ils ne sont pas ni insensibles, ni égoïstes. Ils essayent seulement de lutter contre cette empathie qui les fait souffrir. Ils se protègent de ces souffrances et ces émotions angoissantes qu’ils perçoivent autour d’eux. Ils sentent qu’ils ne sont pas assez solides pour partager les soucis des autres. Cela leur fait peur.

L’hypersensibilité va de pair avec un immense besoin d’être aimé. Le surdoué, enfant comme adulte, a besoin d’amour parce qu’il manque de confiance en lui. Chaque remarque, chaque critique lui confirme qu’il ne vaut rien, qu’on ne l’aime pas. Il a besoin d’amour parce qu’il est anxieux. Il ne se sent pas en sécurité dans ce monde.  

Il a besoin d’amour parce qu’il est sensible, émotif et qu’il vit beaucoup dans l’affectif. L’enfant surdoué n’est pas qu’« une grosse tête intelligente », il accorde aussi une place prédominante à l’affectif. Etre aimé est vital pour lui. C’est souvent le problème central du surdoué, enfant comme adulte : on ne l’aime pas. On ne l’aime pas assez. Ou plutôt, il a besoin qu’on l’aime plus que cela. Le surdoué a un besoin immense d’être aimé, tellement grand qu’il est rarement comblé.

Hypersensible, émotif et peu sûr de lui, l’enfant surdoué est également anxieux. Ilpense beaucoup et tout le temps. Il ne peut pas s’arrêter de penser ou « ne penser à rien ». Certains disent même qu’ils aimeraient trouver un moyen d’arrêter leur tête, de s’empêcher de penser. 

L’enfant surdoué pose et se pose beaucoup de questions. Il cherche à comprendre ce qu’il se passe autour de lui, le pourquoi et le comment. Il s’intéresse à des sujets qui ne sont pas de son âge. Il comprend les choses trop vite mais n’est pas assez fort et mature pour le supporter. Il se prive ainsi de l’insouciance de l’enfance qui permet aux autres enfants de grandir sans trop s’inquiéter, sans trop penser à l’avenir. Lui n’a pas ce sentiment de sécurité. Tout petit, il voit l’être humain tel qu’il est, c’est-à-dire imparfait, égoïste et parfois méchant. Tout petit, il voit le monde tel qu’il est, dangereux et impitoyable. Il perçoit très vite les choses comme un adulte alors qu’il est encore trop jeune pour y faire face, ce qui le désole et le rend anxieux. Il a conscience trop tôt de la dureté de la vie. 

Il s’inquiète, prévoit, anticipe. Il va penser par exemple à ce qu’il deviendrait si ses parents mouraient ou si, plus tard, il ne trouvait pas de travail. Tout petit, il perçoit les fragilités des adultes sur qui il devrait pouvoir compter, en qui il devrait avoir confiance, en premier lieu ses parents. Il est très vite capable de ressentir et de comprendre qu’ils ne sont pas parfaits, solides à toute épreuve et surtout immortels. Il ne peut pas, comme un autre enfant, se sentir vraiment protégé par de tels parents. 

Très jeune enfin, il peut s’intéresser à la question de la mort et en parler fréquemment. 

Tout cela concourt à faire de lui un enfant fragile. Un enfant qui risque de devenir un adulte fragile.

La synesthésie 

Un synesthète associe involontairement et spontanément des perceptions qui ne devraient pas être liées. C’est une particularité neurologique qui n’est ni pathologique ni exceptionnelle. 4 % de la population serait synesthète, essentiellement les surdoués. Du grec syn (ensemble) et aisthesis (sensation).

Un synesthète vous dira que le chiffre 2 est vert pomme, le 7 est vert foncé… Un autre pensera à d’autres couleurs. De la même façon, les lettres sont associées à des couleurs, comme les sons, les mots, les jours de la semaine… Quand ils n’ont pas carrément une personnalité, comme c’est le cas pour Daniel Tammet. C’est d’ailleurs sa synesthésie qui est à l’origine du titre de son livre « Je suis né un jour bleu ». 

Il existe d’autres synesthésies plus étonnantes et moins courantes. Elles associent des sons ou des musiques à des goûts ressentis dans la bouche. Tout ce qui touche aux cinq sens peut être concerné. 

On peut considérer la synesthésie comme une forme d’hypersensibilité. 

Arthur Rimbaud évoque clairement la synesthésie dans ses oeuvres. Par exemple, dans le poème « Voyelles » :

 

Voyelles

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges ;
– O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

http://surdoues.monsite-orange.fr/lhypersensibilite/index.html