Alexandra Reynaud : « Je suis Haut Potentiel et Asperger »

Isabelle Delaleu Marie France
Depuis toute petite, Alexandra s’est toujours sentie différente, décalée. Elle n’a compris pourquoi qu’en découvrant, après 30 ans, qu’elle était à la fois HPI (Haut Potentiel Intellectuel, c’est-à-dire surdouée), et Asperger. Rencontre.

Vous avez découvert à plus de 30 ans que vous étiez HPI. Comment, et qu’est ce que cela a changé dans votre vie ?

C’est effectivement arrivé en faisant tester mon fils, sur les conseils de ma mère qui estimait qu’il était particulièrement précoce pour son âge. Cela me semblait une lubie. De mon côté, je trouvais normal qu’il aie un vocabulaire très élaboré (il est enfant unique et je m’occupe beaucoup de lui), qu’il soit très doué en dessin (son père l’est), qu’il fasse de façon intuitive, sans modèle, des puzzles compliqués ou repère très bien les détails. De surcroît, je déteste la comparaison entre enfants : pour moi, chacun évolue différemment. Mon fils et ses « performances » n’avaient donc pour moi rien d’«extra-ordinaire » : juste, il me ressemblait, quoi de plus naturel et logique ? Mais ma mère a tellement insisté que quand il a eu 4 ans, nous avons pris rendez-vous avec une psychologue spécialisée pour le faire tester. Et c’est à « l’entretien de restitution », quand elle m’a expliqué, pas seulement les résultats de mon fils –effectivement haut potentiel- mais également tout ce qu’ils impliquaient pour l’avenir, comment il allait évoluer, que j’ai pris conscience qu’elle me racontait… En gros elle m’a raconté ma vie quand j’étais petite ! Cela a été très violent, d’autant que je culpabilisais de penser à moi pendant qu’elle me parlait de mon fils. Le choc a été si fort que je suis restée littéralement « sans voix » : instantanément aphone pendant plusieurs jours !

Nous n’aviez jamais pensé être surdouée ?
Non. Je m’étais toujours sentie différente, mais je n’avais jamais pensé à cette explication ! Mais la psy m’a raconté mon enfance, déroulé le fil : cet ennui profond à l’école où tout semble rabâché, ce sentiment de décalage permanent, mon hyperémotivité et cette impossibilité de se mettre dans le « flot » des autres. J’avais toujours eu la sensation d’être une extra-terrestre oubliée par mégarde sur Terre, mais comme j’ai grandi à l’étranger, avec un mélange de cultures différentes, je croyais que cela expliquait cette sensation de ne jamais trouver ma place. En réalité, j’avais construit ma légende personnelle autour de ce sentiment d’être à côté de la plaque dans tous les domaines.

Mais il y a une suite à cette découverte, peut-être plus importante encore…
Oui, car par hasard, je suis tombée en 2009 sur l’autobiographie de Daniel Tammet Je suis né un jour bleu. Je pensais qu’il s’agissait d’un énième livre sur les Hauts Potentiels. Et à la lecture, j’ai encaissé un deuxième choc, en me reconnaissant complètement dans ses propos. Daniel Tammet présente ce qu’on appelle le syndrome d’Asperger, un trouble du spectre autistique (parfois associé au HPI mais pas systématiquement). Pourquoi ce choc ? Parce qu’Asperger était la pièce du puzzle qui me manquait : être HPI n’expliquait pas toutes mes particularités et bizarreries, de comportement et de ressentis, toutes mes difficultés. Par exemple, les HPI ont besoin de se regrouper. Moi, à l’inverse, je suis sauvage, je n’ai pas envie d’intégrer des groupes que je ne connais pas. Déjà petite je ne communiquais pas avec les autres enfants. Quand j’ai lu cette autobiographie, dans laquelle il retrace tout son parcours, ses traits particuliers expliquaient parfaitement ma différence sociale et sensorielle. C’était une évidence, en quelque sorte le chainon manquant : Asperger « bouclait la boucle ».
la suite icila suite ici

La brochure « Feuille de route pour enfants HPI » éditée par l’ASEP Suisse

Écrite par Mme Claudia Jankech et illustrée par Pecub
Editée par l’Association Suisse pour les Enfants Précoces (ASEP)
Illustration brochure HPI
Cette brochure est destinée aux enfants HPI détectés,
mais les autres pourraient aussi s’y retrouver! (présentation et table des matières)
Pour avoir un peu plus d’information visitez  l’excellent site « les tribulations d’un petit zèbre »
« Car non seulement elle est vraiment très bien pensée & construite, ça c’est indiscutable, mais (& c’est suffisamment rare pour être souligné au marqueur & stabiloté  ) elle s’adresse aux intéressés !!! A savoir les enfants surdoués eux-mêmes Ce n’est pas un énième écrit qui parle d’eux, qui explique telle ou telle particularité à leurs parents ou leurs enseignants & qui donne des conseils en laissant un peu les enfants sur le bord du chemin, être passifs dans l’histoire (leur histoire).Mais à l’inverse une belle revue de 32 pages qui LEUR parle directement, à eux & qui les rend totalement acteurs de leur vie .Il s’agit véritablement & sans exagérer d’un petit livre que tout EIP devait se voir offrir… »
A commander sur le site

Qui sont les hpi par le cheval à rayures

 

hpi

 

La Fille aime bien cette introduction. Car bien sûr, un enfant, une personne ne peut se résumer à un chiffre de QI aussi Total soit-il!

 

Et puis, combien de personnes ont posé la question « mon enfant à 125 mais tous les signes du HPI » ou encore « mon enfant a 135 est-il vraiment HPI ?  »
Et combien ces questions sont légitimes !!!

 

Bon ensuite, le fait que l’abstraction et l’organisation de la pensée soient plus importants ou significatifs pour les plus âgés ne semble pas étonnant.

 

Mais continuons notre lecture.

 

« L’importance prise par le QI est telle qu’elle nous fait oublier que  cette mesure est une moyenne qui regroupe souvent des résultats très dissemblables »

 

La Fille comprend le fond de cette remarque mais regrette le vocabulaire, qui laisserait penser, à des personnes peu averties, que le QIT est la moyenne des indices. Faut-il rappeler qu’il n’en est rien. Mais c’est bien une « compilation » qui peut regrouper des hétérogénéités patentes.

 

L’hétérogénéité élevé de ces mesures invalide la signification de la moyenne

 

Certes… mais surtout dans ce cas il ne devrait pas être calculé de QIT. A rappeler encore et encore…

 

C’est comme si nous présupposions que le fonctionnement intellectuel était semblable entre des enfants avec un même QI

 

La Fille sourit en pensant à tous ces parents de fratrie qui peuvent vérifier au quotidien, combien, effectivement, ce n’est pas le cas !

 

Les auteurs soulignent qu’il ne suffit pas d’avoir des compétences pour qu’elles se manifestent à l’école et que l’importance des facteurs personnels et environnementaux est essentielle.

 

Ils insistent sur le fait que la mesure seule du QI ne permet pas de déterminer les besoins spécifiques (personnels, éducatifs, relationnels, pédagogiques) dont l’enfant aura besoin. Et il y a autant de besoins que de HPI. Là dessus la Fille ne peut qu’être d’accord!

 

L’étude est basée sur 38 enfants HPI dont 74% est hétérogène (avec QI non calculable). Bon, la Fille passe sur le fait que cela représente 28,12 enfants (meuh non, les auteurs n’ont simplement pas voulu alourdir le pourcentage avec des décimales peu utiles.. pfttt.. toujours à chercher la précision…;), mais ce chiffre l’interpelle. Comme interpelle aussi celui de 4 garçons pour 1 fille, alors qu’il est reconnu que dans le « vrai »monde, il y a parité.

 

En fait la question qu’elle se pose est « quel est le pourcentage de HPI hétérogènes ? ».
Parce que les difficultés rencontrées et les besoins spécifiques viennent-ils du HPI ou de l’hétérogénéité?  Bon, la Fille a son idée pour les besoins.. mais pour les difficultés ?
74% c’est tout de même énorme ! Et les autres études citées semblent aller dans ce sens. La Fille va creuser la question … :-(

 

Le QI n’aide en rien à la détermination des besoins de l’enfant et ne sert qu’à l’étiqueter

 

Oui, peut-être… mais en attendant, il est tout de même un outil nécessaire pour se faire reconnaitre auprès de l’EN en particulier. On peut le regretter.

 

L’utilisation du WISC IV nous semble donc pertinente quand on s’intéresse au profil et non pas au seul QI

 

Hum… ce qui va sans dire va encore mieux en le disant… Mais cette phrase suggère donc que ce ne soit pas toujours le cas? Voilà qui rend la Fille perplexe.

 

Plus loin les auteurs soulignent que le Wisc (ou le Wppsi) ne prennent pas en compte les facteurs environnementaux et ne suffisent pas à expliquer pourquoi un EHPI peut être en échec scolaire.
Ils proposent donc une démarche en 3 étapes que la Fille vous laissera découvrir dans le document.

 

Les éléments à prendre en compte sont très intéressants (entre autre attention, abstraction, mémoire de travail, mémoire à long terme, visio-spatiale, etc). La Fille regrette que dans le Wisc même, trop souvent, les pys fassent fi de celui de l’attention en saucissonnant le passage du test en tranches plus ou moins épaisses, et est bien contente de voir mis côte à côte (enfin, dessus-dessous dans l’article) la mémoire de travail et la mémoire à long terme, car le quidam fait souvent la confusion entre les deux.

 

Les facteurs personnels à prendre en compte regroupent entre autre l’estime de soi, la personnalité, la motivation, la créativité.. Oui , combien tout cela peut influer sur ce que le HPI fera ou pas de ses capacités, et de ce que seront ses difficultés et/ou ses besoins spécifiques.

 

Le paragraphe suivant est peut-être la clé des questions posées précédemment. Les enfants ont été « recrutés » dans les cabinets de psychologues. La Fille se dit que les HPI homogènes et se portant bien ne fréquentent pas les cabinets des psychologues, et de facto que l’échantillon (relativement faible) est biaisé. Ceci peut expliquer cela sur les pourcentages d’hétérogénéité. Il n’est pas de secret ces hétérogénéités sont le reflet d’éventuelles comorbidités, et donc de besoins spécifiques à identifier au mieux. Mais est-ce dû au HPI ou aux comorbidités ? Ne peut-on pas dissocier les deux ? Ne les lie-t-on pas trop systématiquement ?

 

Les résultats de l’étude montrent des différences significatives entre les HPI de moins de 6-7 ans et ceux plus âgés, mais tous ont présenté un haut niveau de langage et une très forte mémoire à long terme. (et là, la Fille ne peut que penser au Zébrillon de sa copine Alexandra qui a des souvenirs qui remontent vraiment trèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèès loin ;-) )
L’attention et la mémoire de travail ne sont pas spécialement remarquables dans l’échantillon de l’étude. En effet, contrairement à leurs camarades, leurs raisonnements, mémoire à long terme et capacités langagières sont tels qu’ils n’ont pas besoin de solliciter leur attention ou leur mémoire de travail (ce qui n’est pas sans poser des soucis à terme).
La transformation de compétences intellectuelles en performances quotidiennes est liée à la personnalité de l’enfant et à son environnement (mais la Fille se demande comment on peut dissocier la personnalité de l’enfant lui-même ou de ses capacités cognitives). Cela veut dire pour qu’un HPI réussisse (entre autre) à l’école, il faut en plus, qu’il soit motivé et/ou reconnu par ses pairs et/ou qu’il dispose d’une bonne estime de soi et/ou qu’il soit en contact avec des adultes stimulants et encourageants.
Les conclusions semblent cohérentes et « logiques ».. mais faut-il seulement une seule de ces conditions (la Fille pense que non.. un enfant bien chez lui dans un environnement adulte bienveillant et stimulant peut très bien être rejeté par ses camarades et n’avoir aucune estime de lui même.. et être en délicatesse avec l’école). Quels sont parmi ceux énoncés, les facteurs nécessaires ou suffisants ? A quoi sont dû ces facteurs ? qu’est-ce qui fait qu’un enfant est rejeté ? qu’il n’a pas (ou trop souvent plus) de motivation ? L’estime de soi est-elle un facteur environnemental ou personnel ?
Cette étude si elle conclue à des résultats peu innovants (ou du moins peu surprenants) soulève néanmoins un lot de questions…

 

Les auteurs se penchent sur les deux moyens principaux, selon eux, de combler une partie des besoins spécifiques des HPI à l’école:
l’enrichissement et l’accélération.
Des études menées ont montré que l’enrichissement avait peu d’impact pour améliorer l’apprentissage général ou l’estime de soi des élèves. Mais d’autres études sont en cours. La Fille est assez déçue de ce résultat :-( Parce que l’accélération ne donne trop souvent qu’un répit temporaire. Et qu’il ne lui semble pas pensable d’accélérer le cursus d’un élève au rythme de ses capacités cognitives (un HPI pourrait faire deux années en une.. tous les ans).
L’accélération regroupe le programme accéléré (le collège en 3 ans, le ce1/ce2 en un an, etc) et le saut de classe. De manière générale, les enfants qui ont bénéficié d’une accélération ont gardé leur avance tout au long de la scolarité et les connaissances acquises le sont tout aussi bien que pour les HPI n’ayant pas eu d’accélération (tiens, c’est marrant cette précision.. A le vivre au quotidien, la Fille ne se serait pas posée cette question qui sonne comme une évidence). Par contre, elle a contribué à leur redonner une certaine motivation et à diminuer leur ennui.
Hummmm.. et pour le reste? Relation avec les pairs, estime de soi… ça a donné quoi ? Ben quoi ? On s’informe à titre personnel !!

 

Une étude qui permet de mettre en musique des ressentis : le QI ne fait pas tout, le potentiel n’est pas la compétence, il peut être perturbé par des comorbidités, à QI égal, profils différents, les facteurs d’estime de soi , d’attention, de mémoire de travail, de relations sociales, de motivation influent sur les résultats scolaires, etc etc etc…
et surtout elle permet de poser de nouvelles questions…..

 

A quand les réponses ???


Qui sont les enfants hpi?

Le cheval à rayures