Les entrepreneurs, ces surdoués à qui on n’a pas laissé la place d’exister

J’observe et j’entends depuis quelques mois des entrepreneurs – clients, amis, connaissances – m’annoncer avoir récemment découvert être surdoués / haut potentiel. Soulagés qu’on pose enfin un mot sur leur différence. 

Aptes à résoudre des problématiques complexes très vite, à accomplir de nombreuses tâches en simultané, et en parallèle se sentir inaptes à une vie « normée » en société. En fait, depuis 5 ans que j’accompagne et côtoie des entrepreneurs, je constate que cela en concerne bien plus qu’on ne le croit.

Et pas seulement sur des critères intellectuels.

La légitimité de l’entrepreneur :
ai-je le droit d’exister
pour ce que je suis ?

Ce qui se trame réellement derrière l’étiquette « surdoué » : une intelligence hybride, mélange de pensée globale et d’hyper-réceptivité sensorielle, qui ne rentre dans aucune case, qui peut être paralysante si on la vit comme un fardeau… mais qui peut devenir très puissante dans le business quand on apprend à la considérer comme un cadeau.

Moi-même on m’a dit il y a 2 ans que j’avais sans doute été une enfant surdouée à l’école. J’adorais apprendre et comprendre, mais je n’étais pas plus douée que d’autres, pas de syndrome d’hyper-activité, pas de signe de précocité. J’ai passé un test de QI à 21 ans, j’avais 109, alors être surdouée, ça ne m’avait jamais traversé l’esprit.

Mais, la réflexion a fait son chemin, je me suis beaucoup informée sur le sujet, en parallèle des neurosciences et de la psychologie quantique, et j’ai commencé à creuser une forme de mystère entrepreneurial : où et comment trouve-t-on la force et l’énergie de s’accomplir quand on a longtemps été jugé inadapté à la « normalité » ?

L’impression de n’être jamais à ma place, jamais reconnue pour ce que j’étais avant de créer mon entreprise – sentiment partagé par grand nombre d’entrepreneurs – devait bien venir de quelque part, et peut-être finalement pas des autres.

 

La puissance
de l’intelligence émotionnelle

 

La dose d’adrénaline et d’obstacles que se prend en pleine tête un entrepreneur au moins ses 3 premières années est colossale, pour ne pas dire surhumaine. Qu’est-ce qui nous fait tenir ? Si le moteur était l’argent, peu d’entre nous survivraient.

Parce que le vrai moteur est caché au plus profond de nous : dans la blessure (de rejet, d’abandon, d’humiliation…) que le reniement de notre identité a créé (à l’école, en famille, sur le marché du travail… souvent les 3 à la fois). Et le besoin de revanche qui en découle.

« Puisqu’on ne me laisse pas être moi-même, alors je vais me créer les moyens et les conditions pour être reconnu(e) à ma juste valeur »  : combien d’entre nous ont créé une entreprise en recherche d’amour et de reconnaissance ? Tous ! Car là est notre vrai Why. Celui qui fait exploser les plafonds, déplacer les montagnes, nous sur-adapter pour nous sentir sur-exister.

 

En quoi l’entrepreneur
est-il différent ?

 

On entreprend non pas pour devenir riche (sinon ça se saurait) mais pour devenir soi. C’est « seulement » un outil, un prétexte à proposer au monde des produits ou des services issus de qui nous sommes et de ce pourquoi nous sommes de passage dans ce monde.

Un moyen d’expression, et non une finalité.

L’entrepreneur a cette particularité de mettre en action et en mouvement cette quête de sens, et de la transformer en un système commercial. Je suis convaincue qu’il est indispensable d’apprendre à gérer et développer une entreprise avec notre QI, mais que ce qui fait vraiment la différence c’est la capacité à s’entreprendre, à se rendre maître de son destin, qui elle découle de notre QE.

Car être soi ne s’apprend pas. Ça se découvre avec le temps, les expériences, les rencontres, les apprentissages qu’on en fait. Et la façon dont on traduit ça en termes de business et dont on le transmet à ses clients est une valeur ajoutée inimitable dans notre monde hyper matérialiste :

 

« What money can’t buy »

 

Comme beaucoup d’entrepreneurs, j’ai un mental très fort et une intuition qui l’est tout autant. Les 2 sont longtemps rentrés en collision, comme si l’un cherchait à prendre le dessus sur l’autre. Comme si mon intellect ne pouvait exister qu’au détriment de mes émotions. Et inversement.

Dans toute histoire entrepreneuriale, il y a une forme de dualité, due à un combat intérieur intense (totalement lié à ce besoin de revanche) qui nous permet de créer et de nous adapter plus vite que la moyenne… mais qui nous empêche d’être dans l’expression la plus juste et la plus puissante de notre efficacité et de notre créativité.

Jusqu’au jour où… une succession d’événements irréversibles nous pousse à changer de dimension. À entrer dans notre pleine dimension. Ça ne se décide pas. Ça s’impose avec une évidence assez stupéfiante : « terminus, tout le monde descend ». Bas les masques. Back to basics !

Et c’est précisément ce processus de mutation que j’accompagne aujourd’hui en Identité de marque et Prospective.

Pourquoi ?

 

Entreprendre,
un parcours
de réhabilitation de soi

 

C’est en observant l’évolution et les besoins de ma clientèle, et le miroir que ça me renvoyait, et le miroir que je leur renvoyais, que j’ai compris à quel point entreprendre est un parcours initiatique.

Il y a 2 ans et demi, une lectrice m’a dit : « je voudrais vous remercier au nom de tous les gens qui ne vous le disent pas, pour ce que vous nous apportez à travers votre blog. Grâce à vous j’ai compris que je n’étais pas à ma place dans l’entreprise que j’ai créé, et je vais désormais m’y prendre autrement ».

En temps « normal », j’aurais pris ça comme un compliment. Ce jour-là, j’ai senti une faille sismique s’ouvrir en moi. J’ai eu un violent éclair de conscience : « et si un jour j’arrête de vouloir sauver le monde, je deviens quoi et je sers à quoi ? ».

Panique à bord.
Ce n’était pas juste une question parmi tant d’autres.
C’était une intuition tellement forte que ça a conditionné toute la suite de mon développement.

Je sentais que je lâchais l’instinct de survie qui a si longtemps nourri mon énergie. J’avais peur : est-ce qu’il peut y avoir une suite entrepreneuriale après ça ? Un mois pile après ce sursaut de conscience, j’avais le retour de boomerang en pleine tête. Tout, absolument tout, m’a obligé à un lâcher-prise XXL.

Le sol se dérobait sous mes pieds.

Car quand on a construit sa vie, son entreprise avec sa force et sa volonté de fer, bref avec un mental dominant, on va où et on devient quoi après ?

 

Du besoin de justice
au désir de justesse

 

Les événements de ma vie et de mon entreprise m’ordonnaient de quitter la survie : la sur-adaptation permanente, l’hyper besoin de reconnaissance, de briller, de prouver, de me prouver… ça avait été un excellent carburant pour démarrer, mais ça avait fini par me plomber sur la durée.

J’ai arrêté de faire. J’ai accepté d’être. De ne plus prévoir, contrôler, courir, stresser. Je me suis laissée de la place, non pas à l’extérieur (ça je l’avais déjà) mais à l’intérieur de moi.

J’entrais, sans le savoir à ce moment-là, dans un processus de déconditionnement à la fois déstabilisant, exaltant, inconfortable et indispensable, car à la recherche de nouveaux besoins d’accomplissement :
• la justesse – au-delà de la justice
• l’équilibre – au-delà de la dualité
• la fluidité – au-delà de l’adrénaline
• la qualité – au-delà de la quantité

Subtil… et déterminant.

Car ça change complètement les perspectives de développement qui se présentent à vous : ça monte en gamme le profil de clients que vous attirez, affine votre façon de travailler, de communiquer, réorganise vos priorités en temps et en énergie, fait évoluer votre environnement, fluidifie vos relations commerciales, apaise votre rapport à l’argent…

Pourquoi ?

Parce que utiliser à égalité votre intellect et vos émotions vous permet d’atteindre le graal ultime : le flow. Cet état de cohérence intérieure où vous êtes le plus… performant. Sortir des rapports de force avec vous-même vous permet d’aller vers des relations de flux avec le business… avec la vie.

 

Entreprendre permet de réparer
une blessure existentielle.
Et après ?

 

Comme « par hasard », depuis 2 ans mes clients me sollicitent, avec leur mots, leurs problématiques, pour transiter vers ce « et après » : quel sens je donne à mon développement quand j’arrête de vouloir sauver le monde ?

Des entrepreneur(e)s qui, de plus en plus, veulent s’assumer totalement dans leur intégrité, dans leur intelligence hybride, sans forcément vouloir gagner plus d’argent, plus de reconnaissance… juste être plus eux-mêmes et grâce à ça mieux développer leur business, dans une société qui nous stresse à coup de gloire, de performance, de compétition…

Et ce n’est pas le chemin de la facilité.

Car tout semble conçu pour nous fragmenter, nous lisser, nous cloner et donc on avance seul sur un chemin atypique. Pourtant la surdouance, quelque soit sa forme, permet d’embrasser un développement beaucoup plus authentique et plus singulier quand on l’accepte et la prend par la main pour avancer.

On vient vous chercher parce que vous êtes vous.
Et personne d’autre.
Complexe, multiple… unique.

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Première entreprise de surdoués – l’idée du bénéfice social et sociétal

Le paradoxe d’être « surdoué » est que ce terme, désignant le faible taux de personnes avec un esprit différent des 95-98% de la population (selon les statistiques différentes), porte le sens d’un presque super-pouvoir intellectuel, qui sous-entend une intelligence supérieure à la moyenne. Mais ce terme ne porte pas le sens du prix de cette supériorité intelligible pour ceux qui en sont dotés, étant entourés de 95-98% ne pouvant les suivre et comprendre et rejetant systématiquement leur incapacité de comprendre à travers une nervosité (souvent exorbitante) sur celui ou celle qui réfléchit plus vite et plus loin – et ce constamment …

Le Web fleurit d’articles « Comment mieux intégrer les surdoués dans l’entreprise » (Les Echos 25.09.12). Toutes les grandes éditions ont déjà traité les difficultés des surdoués en entreprise et celles de la communication des managers avec cette population atypique.

Toutes les sociétés (en tout cas incontestablement la majorité) – malgré leurs prospectus sur le papier brillant rassurant le monde extérieur (clients, prestataires, banques et leurs semblables) d’être «constituées des hommes et des femmes hautement qualifiés et professionnels » jusqu’au bout des ongles – se plaignent des employés négligents, des cadres pas assez directifs et des managers ne sachant pas diriger les équipes et mener ces hommes et femmes hautement qualifiés et professionnels …

En effet, se plaindre est le sport national gaulois. Mais la force est de constater que pratiquement toutes les sociétés françaises, que l’on parle du CAC 40 ou des TPEs/PMEs, sont dotées d’effectifs ayant fait tous les mêmes écoles (et en sont fières), ayanttous le même mode de pensée, et approchant tousleur travail de manière assez médiocre (en termes de qualité) se résumant à quelques clichés bien français et connus de tous.

Avec plus de 1 million de surdoués en France – on ne devrait pas avoir de problèmes insurmontables à, ne serait-ce que, envisager un tel projet.

Pourquoi une vraie excellence ? Les surdoués, en dehors du QI élevé, possèdent un raisonnement différent de leurs semblables – le mode de pensée arborescente (pensée analogique ou non-linéaire – très bonne explicationici) – antagonique aux 95-98% de la population avec la pensée séquentielle ou linéaire (pour ceux qui pensent, bien sûr).
Or, c’est justement la réflexion non-linéaire, « out of the box », qui donne lieu à la véritable excellence comme Steve Jobs, Philippe Starck, Dieter Rams et bien d’autres véritables visionnaires et révolutionnaires du mode de vie de la société.

Or, est-ce qu’une telle entreprise-organisation-équipe-collaboration peut donner lieu aux synergies réellement

  • efficaces dans leur fonctionnement (management interne rationnel et cohérent, non-misogyne, non-hiérarchique et non-carriériste pour deux sous),
  • pertinentes dans leurs brainstormings, décisions et actions,
  • durables et pérennes dans le temps,
  • et innovatrices

– le tout dans le sens propre des termes employés ?

Pourrions-nous en tirer des leçons en les appliquant aux entreprises classiques tiraillées dans tous les sens par les guéguerres internes RH / syndicats / finances, et luttant perpétuellement contre la qualité du travail médiocre, l’absence d’implication et, comme conséquence, l’absentéisme, le turn-over du personnel et d’autres problèmes sociaux ?

Quels mécanismes et quelles méthodologies du fonctionnement pourraient être générés par cet incubateur de la surdouance ? Peut-être créer une formule entrepreneuriale nouvelle, structure managériale plus performante et moins « burn-out » avec un fonctionnement plus transversal et horizontal, plutôt que vertical ?

« Utopie ! » – dira la majorité. « A voir ! » – diront certains et auront raison …

Symptômes de la surdouance. C’est grave docteur ?

Les surdoués sont généralement : inhibés ou refermés sur eux-mêmes, asociaux, perdus dans leurs réflexions ou leurs rêveries ; très exigeants (envers eux-mêmes, mais aussi envers les autres), agressifs, parfois méprisants, insupportables. Ces phénomènes se manifestent partout – dans le milieu familial et professionnel.

Commentaire par Ronan de Surdouement dans L’Express :

 

C’est facile de reconnaître les surdoués, surtout non détectés (non-diagnostiqués). C’est celui qui réussit tout seul en autodidacte. C’est celui qui, quand il est bon ou nul, l’est encore plus que tous les autres et se distingue par ça. C’est celui qui, où qu’il aille et quoi qu’il fasse, remonte toujours à la surface. C’est l’employé de base qui fait le boulot de 4, a les prérogatives de responsable et fini par burn-out ou licencié. C’est celui qui bosse dans la santé, l’environnement, l’administration et qui tient à bout de bras la machine. C’est l’entrepreneur qui n’est parti de rien et a réussi tout seul à aller loin. C’est celui qui traverse 4 catégories socio-professionnelles. 

 

C’est l’artiste – le grand artiste accompli ou le grand raté. C’est le super-citoyen, le super-papa, la super-maman, le super-employé, le super-patriote (pour les américains), dont le seul but dans la vie est de se fondre dans la masse… sans jamais y arriver ! C’est celui qui est épuisant à écouter quand il parle et qui déborde sur tout et tout le temps. C’est celui qui ne parle plus à personne pour se protéger des moqueries par un mutisme et un retrait social très net. C’est l’expert de son domaine qui vit comme un ermite. C’est celui qui veut changer le monde et l’entreprise… encore à 40 ans.

Et il y en a beaucoup …

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Comment mieux intégrer les surdoués dans l’entreprise

En France, ils seraient 1,2 million. Surdoués, avec un QI supérieur à 130, contre une moyenne de 100 et des qualités impressionnantes. A commencer par l’intelligence et la rapidité d’exécution, ou encore, pêle-mêle, des capacités d’autonomie, d’enthousiasme, de curiosité, de créativité, de motivation, de mémoire… De quoi, sur le papier, séduire plus d’un DRH.

Et pourtant ! « Les surdoués ne sont pas toujours des cas de réussite professionnelle », observe Michel Prudhomme, président du cabinet L’Espace Dirigeants. D’ailleurs, un tiers d’entre eux sortent du système scolaire sans bagage. A l’instar de Steve Jobs, emblématique fondateur d’Apple et de Pixar, qui abandonna, par ennui, ses études à l’université de Reed. D’autres accumulent les diplômes. Le palmarès de Christiane Warrot-d’Adhémar, ex-dirigeante notamment chez Lafarge, en témoigne : hypokhâgne, études d’économie, troisième cycle d’informatique et de gestion, diplôme d’ingénieur, master en histoire de l’art…

Car ces êtres hors norme ont des profils hétéroclites, variant au gré de leurs dons, de leur éducation ou de leur vécu. Mais tous ont un point commun : ils peinent à se fondre dans la masse. Pis ! « En entreprise, l eurs atouts leur sont souvent reprochés par une hiérarchie qu’ils déroutent car le regard qu’ils portent sur le monde les rend différents », affirme la psychologue clinicienne et psychanalyste Monique de Kermadec, auteur de « L’Adulte surdoué, apprendre à faire simple quand on est compliqué » (Albin Michel).

Aux yeux de cette spécialiste des surdoués, ils en souffrent. D’autant que leurs singularités engendrent des idées erronées. « Croire qu’un surdoué est omniscient, qu’il surmontera les problèmes avec le temps, qu’il a une image positive de lui-même ou qu’il comprend ce qu’être surdoué signifie, sont autant d’idées fausses qui les freinent, alors qu’ils pourraient être des collaborateurs précieux et innovants », poursuit-elle.

Des fragilités 
C’est tout le paradoxe. Car leurs dons sont assortis de fragilités : « T out, dans ces profils, est décuplé », commente Thierry Brunel, porte-parole de l’association Mensa, qui fédère 140.000 surdoués dans le monde. Quête de sens, intensité, originalité, sensibilité (y compris aux odeurs ou aux couleurs), émotivité… sont exacerbées. Leur intelligence accroît aussi leur aptitude à percevoir les failles, générant perfectionnisme et doutes. « Ce sont de superbes mécaniques cérébrales, mais ils peuvent souffrir, par exemple, d’un excès d’analyse, qui se traduit par une difficulté à décider », remarque Michel Prudhomme. De même, leurs atouts sont parfois source d’instabilité professionnelle : beaucoup quittent leur poste par ennui ou faute d’avoir été écoutés par leur hiérarchie. « Tant que l’entreprise leur confie des défis complexes, ça va. Mais ces tâches à peine résolues, ils peuvent devenir un problème », ajoute Michel Prudhomme.

Car « l’entreprise est d’abord une communauté. L’action y est toujours collective », estime Hervé Dufoix, DRH de l’Afpa. Le regard des autres est sans concession. Dans une équipe, les surdoués sont souvent perçus comme décalés, voire « ingérables ».« Un brillant bosseur ira parfois beaucoup plus loin qu’un surdoué », résume Thierry Brunel.

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Laurance N’kaoua
Les Echos.fr

Trop intelligents pour être heureux ? Ces souffrances qu’endurent les surdoués

Et s’il fallait non pas considérer les aptitudes supérieures des « surdoués » mais plutôt se demander ce qui inhibe l’intelligence « normale » ? Et s’il n’y avait pas de « dons » particuliers, mais un type de positionnement psychique, un certain rapport au monde, qui produirait des résultats remarquables sans relever pour autant d’une faculté cérébrale ? En bout de ligne, que signifie vraiment « être intelligent » ? Extrait de « Intelligents, trop intelligents »
de Carlos Tinoco, publié aux éditions JC Lattès (2/2).

Tous les grands peintres ne se coupent pas l’oreille, tous les grands compositeurs n’assassinent pas leur femme et tous les grands mathématiciens ne laissent pas leur peau dans un duel perdu d’avance1. Pour les « surdoués », il en va de même : certains sont heureux, et beaucoup ne sont pas plus malheureux que la moyenne (ce qui, notamment à notre époque, n’est pas pour autant synonyme de bonheur). Évidemment, ceux que je reçois dans mon cabinet arrivent avec leur mal- être. C’est la loi du genre et, quand on est psy, il faut toujours conserver à l’esprit que la lentille à travers laquelle on voit le monde est trompeuse. 

Le « surdouement » charrie cependant son lot de souffrances spécifiques. D’ailleurs, un des ouvrages notables de ces dernières années sur le sujet s’intitule : Trop intelligent pour être heureux ?

Beaucoup de « surdoués » expriment la certitude que leur difficulté à vivre provient de leur différence, de l’acuité de leur regard qui les condamnerait à la souffrance. Même si la fréquence de ce ressenti subjectif ne peut être prise pour preuve, il faut du moins l’interroger. 

Quand ils parlent de leur malaise, que disent- ils ? Ce qui revient d’abord, c’est une moindre résistance à l’ennui. Avoir l’impression que le temps file sans raison, surtout quand cela leur est imposé, semble pour eux intolérable. Se mettent alors en place des stratégies, conscientes ou non, pour échapper à ce qui constitue une vraie angoisse. Le problème, c’est que certaines de ces stratégies ont elles- mêmes des répercussions coûteuses au sein des institutions qu’ils fréquentent, école ou entreprise.

La maîtresse de Gabriel n’avait jamais pu l’observer en dehors de l’école. Un jour, parce qu’elle est très appréciée par les parents de l’enfant, elle est conviée chez eux pour une fête. Là, Gabriel, tout fier de lui montrer son univers, sort son hautbois et joue pour elle. Interloquée, elle se tourne vers le père et murmure : « En un an et demi, c’est la première fois que je le vois se poser ! » À l’école, le corps tressaute, nerveusement. Parfois Gabriel détruit compulsivement ses crayons ou sa gomme.

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Extrait de « Intelligents, trop intelligents« ,  de Carlos Tinoco, publié aux éditions JC Lattès, 2014.
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