Outremont: les «bollés» courtisés par une école publique

Entourée des collèges privés les plus prestigieux de Montréal, l’école secondaire publique Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont prend les grands moyens pour attirer sa part de «p’tits vites»: la direction a conçu un programme destiné aux élèves doués, a appris La Presse.

Fin du mois de mars. Le soleil du printemps illumine le local 243, au deuxième étage. Les rayons rebondissement sur les six tableaux blancs interactifs accrochés aux murs.

C’est dans cette classe que l’école Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont, communément appelée PGLO, veut accueillir 28 élèves doués de 1re secondaire en septembre prochain.

Depuis six mois, la direction met sur pied le programme «Douance/Excellence». Presque toutes les commissions scolaires de la province offrent des programmes d’enrichissement, mais très peu s’adressent expressément aux élèves «doués» sur le plan intellectuel, ces jeunes qui possèdent des habiletés intellectuelles nettement au-dessus de la moyenne. La classe vise aussi les jeunes qui, sans être nécessairement «doués», sont talentueux à l’école.

 

Les programmes de base du ministère de l’Éducation seront condensés dans les deux tiers du temps. Le reste sera consacré à divers projets: création d’un film en partenariat avec l’Office national du film dans le cours de français, impression d’objets en trois dimensions en sciences, initiation à la programmation et à la robotique en maths, etc.

«Toutes les ressources qui sont mises à contribution pour cette classe-là, à l’interne comme à l’externe, c’est du jamais vu», indique le directeur adjoint au service des ressources éducatives de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, Sébastien Tardif.

Les candidats devront passer un examen écrit et une entrevue. Contrairement aux programmes de douance en Ontario ou en Alberta, ils ne seront pas sélectionnés uniquement en fonction de leur quotient intellectuel. La direction veut évaluer leur aptitude aux études, mais aussi leur créativité et leur motivation. Ils devront avoir un point en commun: la capacité d’apprendre rapidement.

L’objectif n’est pas d’imposer aux élèves un fardeau de travail supplémentaire, précise d’emblée la directrice de PGLO, Gaetane Marquis. «On ne veut pas leur en donner plus: on veut leur en donner différemment et leur faire vivre d’autres expériences», dit-elle.

Les besoins des doués

Des élèves doués peuvent bien fonctionner dans un groupe où le rythme d’apprentissage est en deçà de leurs capacités. Pour un certain nombre d’entre eux, toutefois, le fait de s’ennuyer à l’école peut causer des problèmes.

«Des jeunes ont vraiment l’impression de perdre leur temps en classe, souligne Line Massé, professeure de psychoéducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Au secondaire, des jeunes, particulièrement chez les garçons, vont faire le clown en classe parce qu’ils s’emmerdent.»

«Des élèves peuvent se démotiver rapidement si on ne nourrit pas leur douance», estime Sébastien Tardif. Ces jeunes peuvent déranger le professeur ou, au contraire, devenir apathiques. Selon certains chercheurs, cette démotivation peut parfois mener à la sous-performance et à l’abandon scolaires.

Sébastien Tardif estime que l’école publique doit répondre aux besoins des élèves doués, au même titre qu’à ceux des élèves ayant d’autres besoins particuliers. «Socialement, dit-il, notre but est d’amener tous les élèves à leur plein potentiel.»

La direction de l’école PGLO soutient avoir créé son programme de douance pour répondre aux besoins des parents du secteur. Dans un sondage mené auprès d’eux l’automne dernier, ils ont exprimé le désir d’avoir des programmes d’enrichissement pour leurs enfants.

En plus de réunir des élèves doués actuellement répartis sur le territoire de la commission scolaire, PGLO croit pouvoir attirer des jeunes qui, autrement, se seraient tournés vers un collège privé. La compétition est féroce dans le secteur, où l’on trouve des collèges réputés comme Brébeuf et Notre-Dame.

«Les programmes de douance sont toujours nés, dans le milieu public, d’un désir de garder ou de récupérer la clientèle de douance qui allait dans les écoles privées», rappelle Line Massé, de l’UQTR.

La direction de PGLO tiendra une réunion d’information le mercredi 23 avril à 18h30 à l’intention des parents de toute la région métropolitaine.

l’article du journal
CATHERINE HANDFIELD
La Presse

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