Douance, perfectionnisme et TDP

par | 18 Août 2014

Le perfectionnisme constitue une force puissante qui peut immobiliser ou devenir source d’énergie, suivant la manière dont est mobilisée l’attention. Les perfectionnistes ont des critères personnels très élevés et ne pas les atteindre peut être cause de grande peine. Ils sont alors assiégés par la honte et la culpabilité, ce que peu de personnes peuvent comprendre. Même lorsqu’ils sont félicités, ils se sentent souvent misérables, conscients de leur éloignement par rapport à leurs aspirations. Ils ont l’impression de mystifier les autres en n’utilisant pas pleinement leurs capacités. Ceux qui s’auto-critiquent ainsi en permanence ne sont jamais satisfait et sont à l’origine de la mauvaise presse du perfectionnisme.

Douance et perfectionnisme

Les surdoués visent souvent des valeurs irréalistes, se battent contre des moulins à vent, persistent quand les autres abandonnent et envisagent les possibilités même face à l’imminence d’une catastrophe. Ils se poussent à dépasser le caractère raisonnable de leurs propres limites pour atteindre leur but, ce qui leur semble important. Cet idéalisme, alors même qu’il semble incompréhensible pour un observateur extérieur, porte en lui le potentiel de changer le monde.
La douance et le perfectionnisme sont des âmes-sœurs. Le perfectionnisme est un concept abstrait. Il nécessite un esprit abstrait afin de l’appréhender et de caresser l’idée d’une vision qui n’existe pas dans ce monde concret – aspirer à ce qui devrait être. La facilité par rapport à l’abstraction constitue un sine qua non de la douance.
Le développement asynchrone des surdoués engendre le perfectionnisme. Les enfants précoces ont des standards qui correspondent à leur âge mental et non à leur âge biologique. Dès leur plus jeune âge, les enfants surdoués possèdent des capacités cognitives leur permettant de prédire leurs actions ; de fait, ils ont plus de chance que les autres enfants de réussir dès leurs premières tentatives et d’éviter les échecs, quelle que soit la difficulté.
L’école exacerbe les tendances perfectionnistes des enfants précoces. En donnant le même travail aux enfants, sans tenir compte de leurs capacités, on habitue l’enfant surdoué à avoir toujours les meilleures notes, ce qui peut entraîner une dépendance aux meilleures notes. Le manque de challenge et de stimulation peut aussi entraîner un autre type de perfectionnisme. Si le travail scolaire est trop facile, certains enfants chercheront à corser la difficulté, jusqu’à atteindre ce qu’ils estiment être la perfection. Il n’y a aucune joie à maîtriser rapidement ce que d’autres mettent un temps long à apprendre. Des compensations, comme les meilleures notes ou des récompenses sont alors recherchées et conduisent à un perfectionnisme négatif.

Dans le contexte de la théorie de Dabrowski, le perfectionnisme prend une nouvelle signification. Dans les bas niveaux de développement, il s’agit d’une distorsion du désir d’auto perfection. Au service du développement cela devient une force conductrice qui imprègne la vie de l’individu de hautes valeurs. Le perfectionnisme se manifeste par de l’insatisfaction vis-à-vis de ce qui est et par une aspiration envers ce qui devrait être. Il y a une conviction intime qu’il y a davantage dans la vie que la banalité, un désir de donner du sens à sa vie en donnant le maximum de soi.

Mesurer le perfectionnisme

Le perfectionnisme constitue un champ de recherches très controversé. Il y a des chercheurs qui étudient ce trait sous un éclairage positif, et d’autres sous un éclairage négatif. Ceux qui reconnaissent des aspects positifs au perfectionnisme sont plus enclin à établir un lien avec la douance. Quand on le conceptualise comme pathologique, seules de petites évidences émergent du perfectionnisme des surdoués. Le problème provient souvent de l’instrumentation. Des biais de la part des chercheurs suintent inévitablement des instruments qu’ils conçoivent et interprètent. Ainsi des enfants surdoués font souvent exprès de se tromper pour attirer l’attention ou se faire accepter par ceux de leur classe, alors que des tests mesurant le perfectionnisme partent du principe que l’erreur entraînera une déception de la part des proches.
On retrouve ainsi mêlé sans distinction idéalisme, introversion, préoccupation envers ses propres défauts, peur de ne pas être à la hauteur des attentes des autres, aspiration à atteindre l’excellence, tenir compte des demandes abusives de autres. Tout cela conduit à de longues listes de maladies et pathologies.

Les personnes surdouées ont tendance à travailler dur pour atteindre des objectifs difficiles. Elles peuvent s’immerger pendant des années dans une quête. Idéalistes, elles sont souvent déçues quand elles découvrent que les autres ne partagent pas leurs valeurs. Beaucoup ne sont satisfaites que lorsqu’elles ont donné le meilleur d’elles-mêmes.

10 ans après la parution de l’échelle de mesure de Burn (1980) ont été mises au point des échelles multidimensionnelles de mesure du perfectionnisme. Les deux les plus usités dans les études sur les surdoués portent le même nom : The Multidimensional Perfectionism Scale (FMPS et HMPS), avec respectivement 35 et 45 items (celle de Burn n’en comprend que 10). Toutefois les deux échelles sont également basées sur une vision négative du perfectionnisme.
Il faut attendre 10 années de plus pour voir apparaître, en 2001, une échelle qui prenne en compte les différents aspects. Almost Perfect Scale – Revised (APS – R) est composée de questions permettant de savoir si le perfectionnisme est adaptatif ou non.
La plus récente échelle de mesure, Positive and Negative Perfectionism Scale (PNPS-12) a été développée par David Chan (2007). Dans sa conceptualisation, le perfectionnisme peut être positif et bon pour la santé quand il se focalise sur les valeurs élevées de l’individu et des aspirations réalistes à l’excellence. Il peut être négatif et mauvais pour la santé quand il se focalise sur une adhésion rigide à des principes personnels, comme le fait de ne surtout faire aucune erreur.

Recherches sur le perfectionnisme et la douance

Des études ont été menées dans des écoles pour surdoués afin de valider les tests et de déterminer si les surdoués sont plus perfectionnistes que le reste de la population, et si ce trait est adaptatif ou non. Les résultats sont équivoques mais les surdoués semblent davantage concernés. La façon dont est abordé et définit le perfectionnisme joue un rôle critique dans l’obtention des résultats. Burn précise ainsi qu’il faut distinguer la poursuite saine de l’excellence chez celles et ceux qui aspirent à de hautes valeurs, de celles et ceux qui cherchent compulsivement à atteindre des buts impossibles et qui mesurent leur propre valeur en fonction de leur productivité et de leurs accomplissements. La définition proposée par Frost & al. est une « mise en place de valeurs élevées de performance qui s’accompagnent d’auto-évaluations critiques ».
Hamachek (1978) semble avoir été le premier à suggérer un double aspect du perfectionnisme : l’aspect sain et l’aspect névrotique. Il explique que les perfectionnistes « normaux » tirent du plaisir à accomplir des tâches difficiles tandis que les perfectionnistes névrotiques estimeront toujours que ce qu’ils ont fait n’est pas assez bien. Plusieurs recherches vont dans le sens d’un perfectionnisme sain chez les surdoués.
(Une étude réalisée sur 400 élèves surdoués laisse apparaître 32,8% de non perfectionnistes, 41,7% de perfectionnistes sains et 25,5% de perfectionnistes « dysfonctionnels »).
Une autre étude (Schuler 1997, 2000) permet de mieux définir les traits caractéristiques des deux tendances de perfectionnisme. Les perfectionnistes sains ont un fort besoin d’ordre et d’organisation, ils acceptent les erreurs, ils apprécient le fait que leurs parents attendent beaucoup d’eux, ils trouvent des façons positives de gérer leur perfectionnisme, prennent comme modèle des adultes qui donnent le meilleur d’eux-mêmes et perçoivent les efforts comme une part importante de leur perfectionnisme.
Les perfectionnistes « dysfonctionnels » sont continuellement anxieux à l’idée de faire des erreurs, ils ont des critères extrêmement élevés envers eux-mêmes, ils ont l’impression que les autres ont pour eux des attentes disproportionnées, ils intériorisent les remarques négatives des autres, questionnent leurs propres jugements et exhibent un constant besoin d’approbation.

Les niveaux de Dabrowski conçus comme modèle

La théorie de Dabrowski permet d’aborder avec un éclairage différent le perfectionnisme chez la population surdouée, ce dernier se présentant différemment en fonction des niveaux de développement.

Niveau 1
Au premier niveau, l’individu est seulement concerné par lui-même. Au service de l’égocentrisme, les perfectionnistes deviennent tyranniques. Ils ne perçoivent pas leurs propres imperfections et se focalisent sur celles des autres. Une personne du premier niveau se servira des autres pour s’autogratifier et se surestimer. Les besoins des autres ne sont jamais pris en compte, seule l’image qu’ils leur permettent de renvoyer à de l’importance.
La devise du niveau 1 serait « je suis parfait, mais pas vous ».

Niveau 2
Le champ de la psychologie perçoit généralement le perfectionnisme comme un trouble névrotique. La plupart des formes névrotiques du perfectionnisme sont issues du 2ème niveau. Au niveau 2, les individus sont à la merci du groupe social. Ils se demandent constamment ce que les autres vont penser d’eux si… Ils expérimentent les sentiments d’insécurité et d’infériorité envers les autres. C’est le niveau du tout ou rien.
Les perfectionnistes de ce niveau essaient d’être à la hauteur des attentes des autres ou de ce qu’ils pensent être leurs attentes. Ces valeurs qu’ils intériorisent et font leur sont toujours dictées par la famille, les amis, les médias, les groupes religieux, etc. Ils focalisent leur attention sur les propres imperfections et perçoivent leur vie à travers un miroir déformant, rarement à leur avantage. L’auto dépréciation constitue un aspect débilitant du perfectionnisme.
La devise du niveau 2 serait « je ne suis pas assez bon. Je ne serai jamais assez bon ».

Niveau 3
Les formes plus saines du perfectionnisme émergent dans les hauts niveaux de développement. Au 3ème niveau, l’individu devient un « chercheur d’autoperfection ». Au lieu de se sentir inférieur par rapport aux autres ou d’avoir l’impression de ne pas être en adéquation avec les attentes des autres, la personne devient consciente de son potentiel à devenir humain et sent que son action n’est pas à la hauteur de ce potentiel. Apercevoir en soi ces possibilités d’intégrité, d’empathie, de sagesse et d’harmonie constitue une formidable incitation à grandir. Commence un long chemin de reconnaissance et de transformation des instincts les plus bas.
Toutefois, si l’individu du niveau 3 perçoit cette réalité, il est le plus souvent incapable de la trouver. Il en résulte que l’individu du niveau 3 vit intérieurement une tension verticale entre ce qui est et ce qui devrait être.
La devise du niveau 3 serait « je vois où je veux aller, mais je ne vois pas de route pour y arriver ».

Les dynamismes de ce niveau marquent clairement une expérience déplaisante:
– Hiérarchisation (perception critique et évaluation de ses propres valeurs)
– Insatisfaction personnelle (frustration et colère face à ce qui est)
– Sentiment d’infériorité (frustration et inadéquation personnelle)
– Stupéfaction vis à vis de soi-même (surprise et choc face à ce qui est)
– Honte (embarras face à ses propres déficiences)
– Culpabilité (angoisse à propos de ses fautes morales)
– Inadéquation positive (antagonisme entre l’opinion sociale et la protestation découlant des violation des principes moraux intrinsèques).
(Dabrowski, 1977, p 44).

Ces forces servent de catalyseur à une transformation intérieure : les hauts niveaux de réalité exercent une force beaucoup plus puissante sur l’individu du niveau 3 que les bas niveaux de réalité.
Une personne qui expérimente ces sentiments intenses peut facilement ne pas être comprise par un thérapeute pour qui le concept de perfectionnisme se limite aux manifestations que l’on retrouve au niveau 2.

Niveau 4
Au niveau 4, l’individu est capable de s’engager sur une vie assujettie à ses idéaux. Il gagne une grande capacité à l’autoréflexion, à l’acceptation des autres et de lui-même. Il y a davantage d’autorégulation. Au lieu d’être contrôlé par des désirs basiques, comme la possession ou les envies de contrôler les autres, il accède facilement à la compassion et à la compréhension des conditions des autres.
Le perfectionnisme à ce niveau est global et la vie est appréciée pour sa perfection inhérente.
La devise du niveau 4 serait  » ce qui devrait être sera, je le ferai advenir ».

Niveau 5
Le dernier niveau représente la perfection de la personnalité. C’est une vie sans conflits, dirigée par des principes directeurs très élevés. À ce stade du développement humain, l’individu devient un professeur, un guide, un exemple pour les autres. Il vit sa vie au service de l’humanité, et non au service de son ego.
La devise du niveau 5 serait « tout est amour ».

 

Le perfectionnisme sain

Alors que pour beaucoup la conception d’un aspect sain du perfectionnisme semble être un oxymore, il est important de reconnaître que pour les surdoués les « rêves impossibles » peuvent être à portée de main. Viser des critères élevés constitue un aspect positif du perfectionnisme, en particulier quand il s’accompagne de la croyance en cette possibilité à atteindre ces buts.
À partir du moment où le perfectionnisme ressort si souvent chez les surdoués on peut envisager la possibilité que ce trait fasse partie intégrante de la personnalité du surdoué et qu’il doit donc apprendre à se l’approprier. Le perfectionnisme, à ce stade, ne peut ni être généré ni soigné. Il apparaît comme naturel.
Et si ce trait n’est pas guérissable, il importe d’apprendre à canaliser cette énergie afin qu’elle ne soit pas source de paralysie.

 

Canaliser le perfectionnisme

Pour les thérapeutes
Maslow (1971) encourage le zèle perfectionnisme : immergé dans ses projets, dans l’instant présent, l’individu oublie toutes ses défenses, sa tristesse.
Robinson (1996) perçoit également le perfectionnisme chez les surdoués comme un élément sain et exhorte les thérapeutes à développer ce perfectionnisme positif.
En se basant sur les études sur le perfectionnisme, Perrone et al. (2007) arrivent à la même conclusion.

Pour les enseignants
Il est important de fournir assez de travail nécessitant de faire des efforts aux enfants surdoués afin qu’ils expérimentent des difficultés à apprendre. Dweck (2006) recommande de féliciter les enfants pour les efforts fournis plutôt que pour le résultat. Les enfants sont ainsi encouragés à essayer des choses nouvelles, à prendre des risques, à comprendre et apprendre de leurs erreurs.

Pour les parents
Traditionnellement, le perfectionnisme est perçu comme une conséquence de trop fortes attentes parentales. L’enfant sert de faire-valoir, il est utilisé pour remonter l’estime qu’ont les parents d’eux mêmes. Les études sur les enfants surdoués montrent que les parents ne sont aucunement la cause de ce perfectionnisme, et que ce dernier tient davantage à un besoin inné d’ordre, d’une aversion au chaos.
L’étude de Schuler (2000) rapporte que les perfectionnistes « sains » se perçoivent plus perfectionnistes que leurs propres parents, tandis que c’est le contraire qui se passe pour les perfectionnistes « dysfonctionnels ».
En règle générale, les perfectionnistes engagés sur une voie saine, auto-orientée, ont des parents qui n’attendent nullement la perfection chez leurs enfants mais qui leur procurent un amour et un soutient inconditionnel.

Pour vous
– Appréciez le trait et comprenez qu’il peut servir un but utile. Les idéaux et valeurs élevées sont importants, même si cela vous remue quand vous cherchez à les atteindre.
– Envisagez les erreurs comme des sources d’expériences, comme des informations permettant de se rapprocher de vos buts. Ce sont les choses qui nous paraissent mauvaises, erronées, qui nous font prendre conscience de ce qui est bon et juste.
– Établissez des priorités. Autorisez-vous à être perfectionniste dans les activités qui ont une réelle importance pour vous, et non dans tous les domaines. On ne peut être parfait partout, il faut établir des choix certes difficiles mais nécessaires.
– Commencez un projet plutôt que de procrastiner. Commencer une tâche est souvent le plus difficile, ensuite le perfectionnisme travaillera pour vous. Si l’échéance est cause de stress et de paralysie, agissez en amont et commencez plus tôt votre projet.
– Maintenez des valeurs élevées pour vous-mêmes mais ne les imposez pas aux autres.
– Gardez espoir, même si les premiers résultats ne sont pas à la hauteur de vos espérances. C’est par la pratique qu’on se rapproche petit à petit de ses buts. Lisez les biographies de personnes célèbres qui ont connu d’intenses frustrations et ont dépassé ces obstacles grâce à leur persistance.
– Ne vous flagellez pas pour vos manquements. Focalisez votre énergie sur vos futurs succès. Ne vous dites pas « j’aurais pu mieux faire », dites-vous « la prochaine fois, je procéderai différemment ».
– Portez vos idéaux et croyez en votre capacité à les atteindre.
– Reconnaissez qu’il existe des aspects positifs et négatifs dans le perfectionnisme. Vous pouvez choisir comment vous souhaitez utiliser votre perfectionnisme.
– La peine peut accompagner le perfectionnisme. Reconnaissez-le et ne laissez pas cette peur vous bloquer. C’est une bonne souffrance car mise au service de vos aspirations. Si vous ne pouvez pas l’éviter, vous pouvez la surmonter.

Conclusion

Le perfectionnisme appliqué à soi-même peut aider à accomplir de grandes choses, alors qu’appliqué aux autres il entraine attentes, déceptions et ressentiment. Le perfectionnisme transcrit comme le fait d’essayer encore et encore conduit au succès, tandis que le perfectionnisme qui résulte de la paralysie, de l’évitement, de l’anxiété conduit à l’échec.
L’important est de comprendre comment établir des priorités.
Cela demande un courage considérable de vivre le grand écart entre « ce qui est » et « ce qui devrait être » et d’essayer de le réduire. Le désir d’autoperfection conduit à la souffrance, et tout le monde n’est pas prêt à l’endurer. C’est ce qui sépare une personne adulte portée par un engagement moral élevé d’une personne apathique qui s’est adaptée aux limitations qui existent couramment en chacun de soi et dans le monde.
En tant que thérapeutes, parents et enseignants, notre rôle n’est pas de protéger les enfants surdoués de la souffrance, mais de leur assurer qu’ils possèdent en eux la force suffisante pour mettre cette souffrance au service de leur développement personnel.

 

Linda Kreger Silverman. –  » Petunias, Perfectionism and Level of Development « . In : Susan Daniels & Michael M. Piechowski, Living with Intensity, Scottdale, Great Potential Press, 2009, pp 145-164

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«Doués et oubliés»: la douance, pas toujours un cadeau

Qu’est-ce qu’une maman doit répondre à sa fillette de cinq ans qui lui reproche de l’envoyer à l’école en alléguant qu’il s’agit là d’une «insulte à son intelligence»? Comment un parent peut-il motiver son garçonnet musicien, qui rêve de devenir paléontologue et violoncelliste, mais qui peine à trouver des amis qui partagent les mêmes intérêts que lui à la récréation? Doit-on s’inquiéter si notre bout de chou récite l’alphabet à 18 mois et sait lire le tube de dentifrice à trois ans? Est-il sain d’envisager une entrée au secondaire à 10 ans pour un enfant apte à «sauter» des niveaux scolaires?

On parle souvent et abondamment des bambins qui souffrent de difficultés d’apprentissage, mais beaucoup plus rarement des jeunes surdoués qui s’ennuient en classe parce que trop en avance intellectuellement sur le reste du groupe.

Souvent laissés pour compte, avec des symptômes qui s’apparentent fréquemment à ceux du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) – hypersensibilité, impulsivité et incompréhension de leur entourage -, les enfants surdoués ou «à haut potentiel» sont autant à risque de prendre une mauvaise tangente, de décrocher ou de faire une dépression que ne le sont les gamins qui ont du mal à apprendre, car le rythme d’enseignement à l’école traditionnelle est trop lent ou inadapté à leurs capacités. L’absence de défis et, donc, de motivation, affecte l’estime de soi de l’enfant, qui aura de surcroît du mal à connecter avec les camarades de son âge.
En revanche, excellents dans leur champ d’activité, brillants et articulés, ces petits bouts d’hommes et de femmes pourraient donner des complexes à bien des adultes à l’intelligence dite «normale».

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La douance, un concept encore méconnu au Québec

DOUANCE. Aux États-Unis, on les appelle des «gifted child», en France, on parle d’eux comme ayant un haut potentiel intellectuel, et au Québec, on emploie le terme «douance» lorsqu’il est question de ces enfants dont le quotient intellectuel est de 130 ou plus. La section Lanaudière-Laurentides de l’Association Haut Potentiel Québec (HPQ) propose une séance d’information, le 6 avril à Mascouche, sur cet enjeu qui touche près de 2% de la population.

Le manque d’informations et de ressources sur la douance au Québec est flagrant, selon Julie Fortin, enseignante au niveau primaire et membre responsable des activités pour la branche lanaudoise de l’Association.
– Être surdoué amène souvent un autre diagnostic, tel qu’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) ou de la dyslexie par exemple
– Julie Fortin, membre responsable des activités pour la branche lanaudoise de l’Association

« C’est un concept méconnu et récent au Québec et il faut qu’il fasse son chemin. Certaines commissions scolaires québécoises ont des politiques pour enfants doués ou talentueux depuis plusieurs années, mais ce n’est pas uniforme à l’ensemble de la province », remarque-t-elle en ajoutant que même la communauté scientifique ne semble pas creuser la question.Même s’il n’existe pas une seule façon de définir le concept de douance, selon l’Association québécoise des neurologues, les spécialistes s’entendent pour dire qu’il est inné et qu’il comprend trois sphères d’habileté en interaction, soit la composante de l’aptitude intellectuelle élevée (intelligence), de la créativité et de l’implication.

« Ce sont des enfants très sensibles aux stimuli, comme aux intensités de lumière, aux sons et aux textures, décrit Mme Fortin. Ce ne sont pas des caprices, parce qu’ils ressentent mille fois ce que nous ressentons. Ils sont bombardés d’informations, d’où leur grand besoin d’être rassurés. »

Un vocabulaire élaboré et une belle syntaxe avant l’âge, une grande empathie ainsi qu’une mémoire phénoménale sont aussi des indices possibles de douance. Mais qui dit enfants doués ne dit pas nécessairement réussite exemplaire en classe, selon l’enseignante et membre de HPQ.
Quand douance rime avec TDA/H
« Être surdoué amène souvent un autre diagnostic, tel qu’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) ou de la dyslexie par exemple », cite-t-elle.
Que ce soit parce que l’enfant s’ennuie en classe, parce qu’il a de la difficulté à contrôler ses émotions ou parce que ses pensées défilent à la vitesse de l’éclair dans sa tête, Julie Fortin espère mobiliser les représentants de la Commission scolaire des Affluents (CSA) autour de l’éducation entourant les enfants à haut potentiel intellectuel.
« À la CSA, il n’y a rien d’officiellement mis en place pour ces enfants. Dans les classes régulières, les enseignants font de leur mieux, mais les groupes sont très hétérogènes et il est difficile de répondre aux besoins de tous les élèves. Mon but serait de les regrouper dans une même classe », affirme-t-elle.
En tant que responsable des activités pour la section lanaudoise de HPQ, Mme Fortin a ainsi pu constater les effets bénéfiques des rencontres entre les enfants doués. « C’est impressionnant de voir comment ils interagissent entre eux. C’est comme s’ils parlaient le même langage et on dirait qu’ils n’ont même pas besoin de se parler pour se comprendre.»

Préjugés et manque de valorisation
C’est en 2012 que des parents d’enfants doués fondent l’Association Haut Potentiel Québec et ce n’est que l’automne dernier qu’une branche s’implante dans notre région. « Nous ne considérons pas que nos enfants font partie d’une élite ou sont exceptionnels, ce sont simplement des enfants au fonctionnement cognitif et émotionnel différent », partagent les fondateurs sur le site Web de l’Association.
Une phrase qui reflète les préjugés associés à la douance et auxquels doivent faire face les parents ainsi que leurs enfants présentant un haut potentiel intellectuel. « C’est comme si on était vantards: on valorise les athlètes, les artistes, mais les génies, on leur accole des préjugés négatifs alors que nous devrions les mettre en valeur », croit Mme Fortin.
Pour elle, les enfants doués d’aujourd’hui sont de futurs adultes qui, si leur potentiel est exploité adéquatement, peuvent réaliser de grandes choses. « Ils aiment aller au fond des choses et sont créatifs. Ils peuvent ainsi faire avancer la recherche », conclut-elle.
La conférence à Mascouche se veut ainsi une rencontre entre les parents d’enfants à haut potentiel intellectuel et les acteurs du milieu, soit des professionnels de l’éducation ou du domaine de la santé, afin d’amorcer un travail et une réflexion pour mieux accompagner ces enfants.
La soirée d’information de Haut Potentiel Québec se tiendra le jeudi 6 avril de 19h à 21h au 575, montée Masson à Mascouche, au Syndicat de l’Enseignement de la région des Moulins, salle Laure-Gaudreault. Pour information: lanaudiere@hautpotentielquebec.org

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Surdoués, douance, précocité : 8 idées reçues

On les croit sûrs d’eux, forcément heureux, supérieurs… Pourtant la réalité des adultes surdoués est toute autre. En cause ? Une incompréhension et surtout, une méconnaissance de ces personnes différentes, hors normes. Le point, avec Monique de Kermadec, psychanalyste et spécialiste des surdoués, sur huit fausses croyances.     Margaux Rambert

Etre surdoué, c’est avoir un QI supérieur à 130

La réponse de Monique de Kermadec : « En France, on considère effectivement qu’une personne est surdouée si elle a un QI supérieur à 130. Mais une danseuse étoile à l’opéra, un champion de natation ou encore un vendeur exceptionnel ont par exemple un talent qui les sort nettement de la norme. Est-ce que ces personnes ne méritent pas, elles aussi, d’être appelées surdouées ? La douance ne concerne pas que l’intelligence cognitive, mais aussi les intelligences relationnelles et émotionnelles. Une personne surdouée porte un regard spécial sur le monde. Elle possède une manière particulière de le décoder, d’entrer en relation avec lui. »

La douance disparaît avec l’âge

La réponse de Monique de Kermadec : « C’est faux. La douance ne diminue pas avec l’âge, pas plus qu’elle n’apparaitrait subitement à l’âge adulte. La précocité d’une personne est congénitale. Autre point fondamental : on en parle toujours comme de quelque chose de statique. Mais en réalité, la douance prend des formes et des tonalités différentes en fonction des âges de la vie. C’est un processus, quelque chose qui évolue. On ne va pas vivre de la manière ses dons quand on a 10, 20, 40, ou 60 ans. »

Les personnes surdouées sont heureuses

Etre surdoué : un atout ou une faiblesse ? Un grand nombre d’adultes surdoués souffrent de leurs aptitudes pourtant exceptionnelles, qu’ils vivent parfois même comme un handicap. Les explications de Monique de Kermadec (…).

Laréponse de Monique de Kermadec : « Enréalité, beaucoup souffrent deleur différence, mal vécue ou mal comprise parleur entourage, et sesententmarginalisées.Certainessontvictimes de discriminations. Etnombre d’entreelleséprouvent unmanque deconfiance enelles,sont en situation d’échec social, sentimental, ouprofessionnel, et ont du mal à s’intégrer dans lasociété ».Les personnes surdouées se sentent supérieures

La réponse de Monique de Kermadec : « On croit souvent que les personnes surdouées ont une grande confiance en elles et se sentent supérieures aux autres. C’est totalement faux. Je n’ai jamais vu des personnes douter autant d’elles-mêmes : elles sont les premières à percevoir leurs limites et sont toujours à la recherche de mieux faire. Elles voient toujours ce qui manque, la faille. Leur perfectionnisme n’est d’ailleurs pas toujours supporté par leur entourage, qui les juge critiques, voire pessimistes. »

Les personnes surdouées sont admirées et se font facilement des amis

La réponse de Monique de Kermadec :« Certains surdoués sont admirés, mais je ne suis pas sûre que l’admiration aide nécessairement à se faire des amis. Elle suppose toujours une part d’envie, de jalousie. Par contre, il est vrai que les adultes surdoués issus de familles qui ont encouragé leurs intelligences émotionnelle et relationnelle savent se faire des amis, sont charismatiques, deviennent des leaders. Mais beaucoup d’autres ont du mal à entrer en relation avec les autres, avec le monde extérieur. »

Les personnes surdouées sont toujours motivées

La réponse de Monique de Kermadec : « Pour un sujet ou une cause qui leur tient à coeur, il n’y a pas plus motivé qu’elles. Ce sont des gens qui ont une incroyable capacité à se passionner : ils ne comptent plus leur force, leur énergie. Ils deviennent alors corvéables et disponibles à 100%. En revanche, si un sujet ne les intéresse pas, ils ont beaucoup de mal à s’y mettre. Leur motivation n’est pas universelle, mais ciblée. »

Les personnes surdouées savent résoudre tous leurs problèmes

La réponse de Monique de Kermadec : « Les surdoués ont une pensée rapide, des aptitudes de raisonnement, qui vont les amener à trouver rapidement une solution originale. Mais attention, ce n’est pas parce qu’on est intelligent, que l’on va pouvoir tout résoudre, y compris ses problèmes relationnels. »

Les personnes surdouées sont instables

La réponse de Monique de Kermadec : « Les surdoués sont parfois vues comme des personnes instables, touche-à-tout. En réalité, c’est qu’une fois qu’elles ont résolu un problème, elles ont envie d’en aborder un autre. Une fois qu’elles ont passé plusieurs mois sur un poste, l’appétit se perd par exemple. Et naît une envie d’autre chose. Elles ont un besoin de nouveauté. La répétition au quotidien est quelque chose qui leur est particulièrement difficile.