2010 : comment j’ai découvert que j’étais aspie (syndrome d’Asperger)

21 décembre 2013 12H41 | par Magali Pignard:  the-autist

Mars 2010 : un jour, ma mère me remet à ma place, faisant une réflexion qui me fait comprendre que mon comportement n’est pas adapté. Démoralisée, me sentant inférieure, incapable, irresponsable, j’écris en 2 minutes une petite note sur facebook « Inadaptée » dans lequel je décris ce ressenti, ce décalage qui fait que quoi que je fasse, je ne rentre pas dans le moule.

Surprise, à la suite de cette note, une jeune femme qui a le syndrome d’Asperger me répond : elle pense, est même certaine, que j’ai le syndrome d’Asperger, se reconnaît dans ce que j’écris. Je suis surprise : je doute beaucoup pour son explication : j’ai lu rapidement la description de ce syndrome dans les livres que j’ai lu consacrés à l’autisme. Rapidement car Julien (mon fils, autiste typique) n’est pas concerné. Et je ne pensais pas un seul instant à moi dans ces descriptions.

Par contre je suis contente qu’on réponde à mon désarroi, qu’on s’intéresse à moi, et je commence à correspondre un peu avec cette jeune femme.

Puis, quelques jours plus tard, vers la fin mars, ayant un peu oublié cette piste, je navigue sur facebook à la recherche de sujets sur l’autisme. Je tombe sur un groupe, le « club asperger » et, me souvenant de cette piste, je m’intéresse à ce qui se dit. Je vois qu’une femme, C. poste régulièrement dessus. Je la demande en amie et lui envoie un petit message. On commence à échanger, et elle me dit qu’elle a une petite fille Asperger (on dit aussi « aspie »), et qu’elle-même l’est sans doute aussi. Je suis interloquée : cette femme s’exprime bien, elle a de l’imagination… Est-ce qu’elle parle normalement ? Oui sans doute. Dans ma tête, les autistes ont de grosses difficultés, s’expriment difficilement, ne peuvent pas être autonomes, faire leur vie comme tout le monde.

Je lui parle de moi, je me retrouve beaucoup dans ce qu’elle dit : une complicité s’installe entre nous. On parle du syndrome d’Asperger, je lui dis qu’une femme pense que je le suis, je lui pose énormément de questions, sur elle, ses ressentis, émotions. J’essaye de me mettre à sa place. C’est la première fois depuis bien longtemps que je me penche sur moi, mon fonctionnement, de manière consciente, que je m’analyse. J’ai l’impression de me redécouvrir avec elle. Puis, elle m’invite à voir une conférence que son association organise : une jeune femme asperger témoignera de son parcours ; cela m’intéresse beaucoup et comme cela j’aurai l’occasion de rencontrer ma nouvelle amie.

Je doute toujours que je suis asperger, car je suis très sociable, communicante ; en fait dans mon couple, c’est M. (mon conjoint) que je soupçonne d’être autiste !

Elle me fait connaître sur facebook A., un jeune homme de son association, Asperger lui aussi, avec lequel je sympathise immédiatement, et nous passons des heures à parler sur skype.

Un jour, cet ami me donne le lien vers un test en ligne sur ce syndrome, l’ « aspiequiz » : 150 questions personnelles, qui donnent un score sur 200 qui évalue le degré d’autisme de la personne. Plus le score est élevé plus la personne a un fonctionnement plutôt autiste. Je fais ce test sans trop le prendre au sérieux, mais j’essaye d’être le plus objective. Pas mal de questions m’interpellent, comme si elles étaient posées pour moi. Au final, mon score est de 132/200 : selon ce test, je suis probablement Asperger. Je suis un peu interloquée, mais je me dis que ce n’est qu’un test en ligne…. Quand même il me fait beaucoup réfléchir… Et si j’étais vraiment aspie ? C’est le début d’une prise de conscience pour moi. Je remonte certaines étapes de mon passé, je repense à ces moqueries, au fait que oui j’étais souvent à l’écart au collège, en colonie, centre aéré… Et oui, c’est épuisant les relations sociales, mais c’est normal non ? C’est comme ça pour tout le monde j’imagine… Ces remontées dans le temps me bouleversent, et pendant cette période je pleure beaucoup, sans savoir pourquoi, de tristesse, de nostalgie, comme si je me rappelais qui j’étais, et ce que j’ai voulu fuir, oublier à tout prix : ce passé négatif, enfoui dans ma mémoire. Je réalise que je me suis mentie à moi-même en voulant effacer tout cela. Effacer cette tentative de suicide et ces semaines passées en hôpital pour adolescents en difficulté. Effacer ces périodes de prostration, ces années sans chercher à plaire, sans avoir conscience des autres, de leur regard, sans me soucier de mon apparence physique, faisant des grimaces, marchant de manière saccadée, tête baissée, voutée. Sans chercher à parler. Simplement rester dans un coin, ou bien suivre machinalement un groupe comme un pot de colle, c’était mon surnom d’ailleurs. Je réalise que je me suis mentie à moi-même en voulant imiter les gens lorsque j’ai enfin compris ce qu’on attendait de moi, faire absolument ce que les autres faisaient. Je ne me suis pas respectée.

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