La douance chez l’enfant encore très peu connue

 ICI.Radio-Canada.ca ///23 janvier 2019

Même s’il existe peu de recherches au sujet des élèves surdoués, des études récentes commencent à démontrer qu’il y a un coût évident pour la société lorsque ces derniers n’exploitent pas leur plein potentiel, affirme la psychologue et neuropsychologue, et auteure du livre La douance : comprendre le haut potentiel intellectuel et créatif, Marianne Bélanger.

« On sait pertinemment aujourd’hui que les enfants surdoués ont des besoins particuliers. Si ces besoins ne sont pas remplis, ils vont sous-performer, mais ils vont surtout risquer de développer des difficultés de santé psychologique », affirme Marianne Bélanger.

Selon elle, les enfants qui ne retrouvent pas ce dont ils ont besoin à l’école vont aller se nourrir à l’extérieur de l’école.

Les enfants surdoués ont des besoins sur les plans de la rapidité d’apprentissage, de la réduction de la répétition et de la qualité de l’enseignement.

« Il y a des coûts pour la société qui ont été chiffrés en France et aux États-Unis et qui ont mené à des lois sur l’éducation », ajoute l’auteure.

Mme Bélanger travaille avec les enfants surdoués depuis 15 ans. Elle indique que la population commence tout juste à parler de la douance.

« Malheureusement, c’est encore un sujet [la douance] très tabou », affirme-t-elle.

Il existe plus de recherches qu’on ne le croit sur les enfants surdoués, mais il en existe très peu en français, affirme l’auteure.

Elle explique qu’il y a une différence entre les enfants surdoués et les enfants talentueux.

« Quand on parle de douance ou de surdouance, c’est un concept multidimensionnel qui touche n’importe quel domaine chez l’être humain », ajoute-t-elle.

Elle évoque notamment les domaines intellectuel, artistique, musical et sportif.

« Un enfant doué, c’est un enfant qui présente un haut potentiel dans un de ces domaines », affirme Marianne Bélanger. Cependant, ce n’est pas tout.

Les enfants surdoués possèdent deux éléments supplémentaires : un haut niveau de créativité et un haut niveau d’engagement dans le domaine d’aptitude, selon Mme Bélanger.

« Quand on a les trois éléments qui fonctionnent ensemble, on voit naître autre chose », explique-t-elle.

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Bienvenue chez les zèbres : l’étonnant quotidien d’une famille de surdoués

Philippe Lesaffre

Le Zéphyr a rencontré Sonia et Jérôme, un couple dont la fille a été diagnostiquée “haut potentiel intellectuel”. Comme son père. Leur quotidien est loin d’être un fleuve tranquille.

Jérôme l’explique d’emblée : « C’est un peu gênant ! Pour le quidam, les médias, nos familles parfois, nous ne sommes que des génies, des enfants qui passent le bac à 14 ans, qui lisent le dico. Oui, nous avons des connexions neuronales puissantes, avec une mémoire folle, une capacité d’analyse hors normes. Mais j’en ai assez de tous ces reportages qui desservent la « cause » des hauts potentiels intellectuels (HPI), car ils ne reflètent pas la réalité. On nous présente toujours, regrette-t-il, de la même manière, comme des personnes étudiant dans des établissements élitistes. » Embêtant, car les médias démontrent ainsi que les HPI n’existent que dans les classes sociales aisées, qu’ils n’ont ni problème, ni besoin d’aides. Or, « la réalité est plus nuancée, plus empreinte de chemins tortueux », glisse-t-il.

D’abord, le seul lieu où Jérôme se sent à l’aise, c’est au sein de son foyer… A son domicile, entouré de sa famille, il n’a pas à se masquer. « A l’extérieur, en revanche, vous rencontrez la plupart du temps un sous-moi. » Le terme surprend. « Je vous donne un exemple : une soirée entre amis… classique… Discussion sur tel ou tel sujet, peu importe. Un convive donne son avis en l’étayant d’un raisonnement basé sur une information incomplète… Avant, je me mêlais à cette conversation pour rectifier l’erreur… Au mieux, je passais pour un ordinateur qui n’aime que les faits ou un puits de sciences. Au pire, on me qualifiait d’être pédant se permettant de recadrer les autres et ne cherchant qu’à montrer sa supériorité intellectuelle. » Du coup, Jérôme dit s’être adapté : « Je ne participe plus ou peu aux conversations, et laisse passer les raisonnements erronés. Je reste dans mon coin, faisant semblant de participer du bout des lèvres… Est-ce normal ? Non je ne crois pas… » Sa femme Sonia confirme : « En principe, il n’étale pas ses connaissances. Or, avec moi, il peut échanger son avis sans craindre de paraître arrogant. »

« J’amène la normalité »

Assistante sociale, elle n’est pas une HPI, et avoue n’avoir rien décelé quand elle a rencontré son futur époux. Et pour cause… « Depuis, son enfance, il a été habitué à se camoufler pour ne pas agacer les autres. » Rapidement, Sonia s’est rendu compte de sa capacité à retenir toutes sortes d’infos, même celles qui « ne servent à rien ». Cela fait partie de lui. Certes. Mais ce n’est que « la partie émergée de l’iceberg » pour reprendre la formule de Jérôme, qui passe en apparence pour un être dénué d’émotion, froid et distant.

On imagine la difficulté au quotidien. Elle sourit. « Il y a eu des malentendus, des incompréhensions, des quiproquos, des disputes… C’est comme si on parlait des langues différentes. » Et de poursuivre, assurant que leur différence est aussi une force : « Mon mari dit que j’amène la normalité, les codes sociaux, les relations. Je suis le point d’équilibre avec le monde extérieur. Un HPI réfléchit, lui, avec son cerveau, c’est le savoir, la stratégie, la logique, la méthode. Le risque, c’est l’isolement, le repli sur soi, un monde où seul le cerveau domine. » Les deux apprennent néanmoins à mieux se déchiffrer, à tenir compte de leurs particularités respectives. « On fait des choses sans toujours en comprendre réellement le sens… »

Capable du meilleur comme du pire

Jérôme n’a longtemps pas su mettre de mot sur ce qu’il était. Ses parents, issus d’un milieu bourgeois, n’ont jamais remarqué sa différence et ne se sont jamais vraiment interrogés sur ses comportements. Ils ne sauront d’ailleurs jamais que leur enfant a repris ses études après avoir passé quelques années au sein de l’armée, qui lui a détecté « un QI élevé », sans en dire plus. Lui-même s’est même demandé si son père et sa mère étaient ses parents biologiques vu le décalage intellectuel qu’il ressentait.

A l’école, ce garçon pouvait être capable du meilleur, comme du pire. Le jeune homme a bien saisi que quelque chose clochait, sans déchiffrer quoi que ce soit. « Il se trouvait bizarre, n’avait pas d’ami et n’en cherchait pas. » On l’a envoyé en pension chez les jésuites à partir de la 4e, et il s’est réfugié dans les livres, a dévoré les grands classiques. Il s’est également construit grâce à son grand-père paternel. Bienveillant, cet auteur acceptait qu’il vienne dans son bureau bouquiner et lui donnait l’exclusivité de ses écrits. « Récemment, nous avons compris, souffle Sonia, que ce Monsieur était sans doute aussi HPI… »

De père en fille

Une histoire de famille… qui se transmet presque de génération en génération. Car Jérôme a détecté ce qu’il est – à savoir HPI à tendance sociopathe (« Pas tueur, juste dénué de sentiments et ne maîtrisant pas les codes sociaux« , ironise-t-il) – quand le diagnostic est tombé… pour sa propre fille (qu’on appellera Pauline, un prénom d’emprunt) : on a établi chez elle les caractéristiques d’un haut potentiel intellectuel, cette fois avec des traits autistiques. On parle également de zèbre, un terme utilisé par la psychothérapeute Jeanne Siaud-Facchin, qui entend prouver que tous les HPI n’ont pas les mêmes rayures, que tout dépend de l’environnement familial ou social.

Si le père n’a “rien vu d’anormal”, la mère s’est vite rendue compte que Pauline était différente. Sonia parle d’un enfant qui, à 2 ans, parle déjà et s’exprime avec beaucoup de vocabulaire, d’humour, de répartie. Pauline progresse à vitesse grand V, parvient à marcher sans le passage du quatre pattes. Curieuse, elle pose sans cesse des questions d’adulte. Pourquoi vote-on ? C’est quoi un syndicat ? A quoi sert une assurance ? Ses interrogations surprennent. Et il faut prendre le temps de lui répondre, dans le but de la satisfaire et qu’elle s’endorme, apaisée.

Cataclysme émotionnel

Mais elle n’est pas juste une gamine surdouée. A l’instar de son père, elle a du mal avec certains bruits qui l’agressent, comme les claquements de porte. Sa mère : « Imaginez que vos yeux sont comme des microscopes où vous voyez tous les détails, que vos oreilles entendent tous les bruits, que vous ressentez les odeurs de façon agressive, que vous ressentez en permanence sur votre corps comme des chatouillis, des frottements… c’est le quotidien d’une personne zèbre. Notre fille est, en permanence, assaillie par ces sensations. »

La moindre broutille peut déclencher un cataclysme émotionnel. La petite gère assez mal les situations inconnues, certaines peuvent la mettre dans un état de sidération. Ces “tempêtes”, comme dit Sonia, se traduisent souvent de la même façon : en fin de journée, elle se réfugie dans sa chambre et pleure en silence. Ses parents imaginent qu’elle joue. Mais le ton monte, elle vocifère, jette des objets contre le mur. « On ne peut alors l’approcher, il faut attendre qu’elle vienne à nous. »

Épuisée, elle n’arrive pas à isoler l’élément déclencheur de la crise. « Patiemment, délicatement, je l’aide alors à refaire le film de la journée. Chaque minute est passée au crible, pour essayer de retrouver l’événement qui a mis le feu aux poudres… » Et cela peut être n’importe quoi, selon sa mère : « Un jour, sur un cheval d’un carrousel, à côté d’une fillette de son âge qui gesticulait, je l’ai vue se raidir et chercher mon regard à chaque tour. A la fin du tour, elle m’a dit : « Elle m’a gâché mon plaisir, elle me parlait alors que je ne la connais pas, elle voulait aller sur mon cheval. » »

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La douance, une chance?

Annie Nonyme //tonpetitlook.com // 16 novembre, 2018

Ce matin, j’étais un peu sous le choc de lire le texte de Patrick Lagacé dans La Presse. Il raconte l’histoire d’une jeune fille atteinte de douance et de son destin tragique.

J’étais choquée, car c’est un sujet tabou, peu répandu et malheureusement, toujours méconnu. Je me suis intéressée à la douance lors de mes études, surtout par curiosité. Je me demandais quel destin était réservé à ces enfants doués sur les bancs d’école, croyant simplement qu’ils étaient destinés à s’ennuyer. J’ai été incroyablement surprise par tout ce que j’ai lu.

La réalité c’est qu’une personne douée a un QI aussi loin de la normale qu’une personne ayant une déficience intellectuelle. En ce sens, son écart avec le « reste du monde » est aussi grand. En suit une incompréhension du reste du monde, une incapacité à comprendre et aussi une hypersensibilité autant physique qu’émotionnelle. Les personnes douées ressentent tout en amplifié et ont une empathie hors pair, ce qui rend chaque petite émotion comme une tempête.

Leur écart avec la réalité est souvent la cause de nombreux échecs scolaires, mêlé à l’ennui qu’ils ressentent en classe. En effet, rares sont ceux qui ont des résultats scolaires plus élevés que la moyenne et ainsi, rares sont ceux qui sont diagnostiqués dans leur parcours scolaire. Et malgré leur diagnostic, on croit souvent que c’est un « faux problème ».

J’ai obtenu mon diagnostic à la suite des recherches dont je parlais plus haut. Au beau milieu d’un travail scolaire, je me suis arrêtée en larmes au beau milieu d’un documentaire. Ils parlaient de moi! Je comprenais enfin. À quel point mes relations sociales avaient été vouées à l’échec toute ma vie, cette incompréhension du monde extérieur, cette difficulté d’adaptation constante et cette difficulté à surmonter les tout petits détails de la vie. J’avais compris, enfin!

Mon profil s’est révélé hétérogène, c’est-à-dire que je n’ai pas un QI de plus de 130 dans toutes les sphères. Cela explique l’insuccès scolaire que j’ai vécu et aussi, l’absence de diagnostic avant l’âge adulte. J’ai attendu un an avant de parler de ma douance et même aujourd’hui, peu de gens de mon entourage sont au courant. Pourquoi? Parce qu’alors que je perçois cela principalement comme un défi dans mon quotidien, alors que je sais que ce sera toujours pour moi une épreuve de m’adapter socialement, je sais que les autres diraient « Tu es chanceuse, tu es intelligente! » La douance, ce n’est pas seulement l’intelligence et je ressens à 110% les sentiments de la jeune qui s’est suicidée. Elle a la chance d’avoir été diagnostiquée jeune, mais encore aurait-il fallu que les ressources soient mises en place pour l’aider. Parce qu’elle n’était pas « chanceuse d’être intelligente », elle en était tellement malheureuse qu’elle a voulu mourir. Je souhaite que cette situation réveille les autorités et permette d’éviter d’autres situations du genre. Je souhaite réellement que des programmes scolaires et autres pullulent, se développent et s’améliorent et permettent à ces jeunes d’apprendre à s’adapter à la société et aux autres autour. Parce que, comme le dit si bien Olivier Revol, un expert du domaine, plus tard, ils n’habiteront pas un village d’adultes doués!
L’article

Céline, 47 ans, mère d’un enfant précoce : « On est toujours en train d’essayer de se justifier auprès des autres »

Par Romain David//  europe1.fr// 31 octobre 2018

Mère d’un enfant surdoué, Céline raconte au micro d’Olivier Delacroix, sur Europe 1, l’incompréhension d’une partie de son entourage face au comportement de son fils.

LA FRANCE BOUGE

Céline, 47 ans, est la mère de Mathis, un petit garçon de 9 ans. Longtemps, le comportement de son fils a été celui d’un enfant particulièrement turbulent, incapable de s’adapter au cadre scolaire. Lorsqu’une psychologue a diagnostiqué son haut potentiel intellectuel, Céline, elle-même sœur d’un surdoué contrarié, a commencé à se battre pour que Mathis parvienne à s’adapter malgré sa différence. Au micro d’Olivier Delacroix sur Europe 1, cette mère raconte son parcours face aux préjugés sur les surdoués :

« Mathis était un petit garçon curieux de tout, qui posait plein de questions et qui apprenait très vite. À la garderie, ça se passait très bien, il avait hâte d’aller à l’école car on lui disait qu’il apprendrait plein de choses, et il était très content d’enfin pouvoir ‘apprendre le monde’. Quand il est arrivé à l’école, il a été rapidement déçu. Il s’attendait à avoir des réponses existentielles sur les questions qu’il nous posait : la vie, la mort, le corps humain, les planètes, l’univers…

[…]

Quand il s’est rendu compte qu’on apprenait à compter – ce qu’il savait déjà plus ou moins faire -, que l’on apprenait à dessiner – ce qu’il n’aimait pas du tout faire -, et qu’on ne lui répondait pas, ça a été une grosse frustration pour lui et pour la maîtresse aussi, parce qu’il posait plein de questions qui n’avaient aucun rapport avec le cours qu’elle avait préparé.

À mesure que la frustration du petit garçon augmente, son comportement changeIl était très agité, il n’arrivait pas à dormir le soir. Dès qu’on lui faisait une réflexion qu’il n’aimait pas, qu’on lui demandait de faire quelque chose qu’il n’aimait pas ou que l’on faisait une transition entre une activité et une autre, il n’y allait pas. À la moindre contrariété, quand on n’avait pas la réponse à quelque chose, il faisait des crises à retourner sa chambre, à lancer des objets. Dans un centre commercial, si on ne voulait pas lui acheter quelque chose, il pouvait se rouler par terre.

Très rapidement, le regard des gens se pose sur nous, sur notre façon d’élever un enfant, sur le fait qu’il soit différent. […] On se remet beaucoup en question. On nous disait que l’on n’était pas assez sévère. Mais quand on était sévère avec lui, ça ne marchait pas du tout. Il bloquait.

Si Céline finit par prendre conscience du potentiel de son fils, elle peine à sensibiliser son entourage

À quatre ans, on a décidé de l’emmener voir une psychologue, pour savoir pourquoi il faisait autant de crises, pourquoi il ne trouvait pas sa place, ne voulait pas aller à l’école. La psychologue nous a conseillé d’aller faire un test en disant : ‘Mathis, a priori, va bien psychologiquement, mais je sens qu’il a un haut potentiel, qu’il est surdoué’. Avec son papa, on ne savait pas du tout ce que c’était. On a pris conscience que ça existait, que peut-être notre enfant était différent, et que ça n’était pas notre façon de l’éduquer qui l’avait rendu comme ça.

On a essayé de faire comprendre à notre famille, à ses grands-parents, à l’école que si Mathis posait autant de questions, été parfois dans la défiance ou se renfermait, ce n’est pas parce qu’il était mal élevé ou caractériel, mais parce qu’il avait un fonctionnement différent. On s’est rendu compte que les gens ne comprenaient pas. […] En tant que parent d’un enfant différent, on est toujours en train d’essayer de se justifier auprès des autres personnes. On a l’image d’un enfant surdoué comme d’un génie. Mais ça n’est pas vrai. […] Il ne s’adapte pas, c’est un enfant qui ne peut pas rester assis pendant des heures pour écouter quelqu’un, il doit bouger pour apprendre. […] C’est un fonctionnement compliqué à comprendre.

Un secret de famille a poussé Céline à se battre pour que son fils « trouve sa place »

Au moment où j’ai appris que mon fils était surdoué, j’en ai parlé à mes parents […], et j’ai découvert que mon frère avait aussi été testé précoce, à 10 ans. Il avait eu les mêmes difficultés, est allé d’échec scolaire en échec personnel et professionnel, et a fini par se suicider. J’ai eu une énorme peur par rapport à mon fils. C’est là que le combat est arrivé, en me disant que mon frère, qui avait ce profil-là, ne s’en était pas sorti. Il fallait que l’on trouve une solution pour que mon fils n’ait pas la même fin.

[…]

L’école n’a pas voulu nous écouter, n’a pas voulu faire de saut de classe, n’a pas réussi à mettre en place quelque chose de plus adapté à Mathis, même si on a tout fait pour les sensibiliser. Ça n’a pas fonctionné. On a cherché toutes les solutions possibles et, heureusement, dans notre ville, il y avait un système alternatif qui est l’école Montessori. Il a trouvé une place, il a trouvé sa place. Il est plus heureux. Il fait moins de crise, il s’adapte mieux. C’est vivable à la maison. Enfin, il rentre de l’école en nous disant : ‘j’ai fait quelque chose.' »

l’intégralité du témoignage de Céline
Le lien

Surdoués : les défis de la vie en couple

Mathilde de Robien | 25 octobre 2018// fr.aleteia.org

Les difficultés rencontrées par les personnes surdouées dans leur vie affective sont insoupçonnables. Certaines caractéristiques communes à un grand nombre de hauts-potentiels génèrent, en effet, des comportements qui ne facilitent pas leur vie amoureuse. Pistes pour les identifier, et y remédier.

Hypersensibilité, besoin intense de sécurité, impatience, insatisfaction chronique, fonctionnement cérébral complexe, introversion. Ces traits caractéristiques des personnes surdouées peuvent être des freins ou des obstacles dans leur vie amoureuse. Bien entendu, tous les hauts potentiels ne présentent pas nécessairement l’ensemble de ces caractéristiques, mais la plupart sont communes à un grand nombre d’entre eux. Aleteia a interrogé à ce sujet Clothilde Colin, fondatrice du cabinet Ysilde Conseil, spécialisé dans l’accompagnement individuel des enfants précoces et des adultes à haut potentiel, conférencière, et membre de l’association Mensa International.

Une sensibilité exacerbée

« Il m’a dit : je t’offre mon cœur sur un plateau, et moi, au lieu de me réjouir de cette merveilleuse déclaration d’amour, ça m’a donné la nausée, je voyais un cœur sanguinolent et palpitant devant moi ! » Clothilde Colin raconte souvent cette anecdote pendant ses conférences. Elle illustre un comportement en décalage par rapport à celui auquel on s’attend dans une telle situation. Les personnes surdouées perçoivent le monde avec une acuité telle que les conséquences sont parfois extrêmes. L’hypersensibilité consiste à ressentir les émotions de manière intense, amplifiée et sans filtre. Ici, l’étroite association entre le mot et l’image est telle qu’elle cause un malaise physique.

Autre exemple qui peut s’avérer handicapant dans une vie de couple : l’hypersensibilité au toucher. Certains surdoués n’aiment pas qu’on les touche, ils supportent avec peine le frottement des vêtements sur la peau ou un lavage de cheveux chez le coiffeur. Cela suppose donc, de la part d’un éventuel conjoint, une patience et une douceur extrêmes !

Une tendance à l’auto-sabotage

L’amour suppose de prendre des risques : risque d’être éconduit, humilié, blessé… Or la personne surdouée a un immense besoin de se sentir en sécurité dans ce monde qui l’assaille de toutes parts, et par conséquent, elle déteste prendre des risques. Tisser une relation amoureuse, c’est mettre en péril son équilibre, c’est être menacé, en cas d’échec, d’un naufrage émotionnel dont elle sait qu’elle aura du mal à se remettre. « C’est pourquoi elle a tendance à rester dans sa zone de confort, parce que dans la vie affective, son équilibre et sa sécurité sont menacés », explique Clothilde Colin.

Recherche partenaire bienveillant et pas trop susceptible

Fréquenter ou vivre avec une personne surdouée n’est pas de tout repos. Il faut avoir le « cœur » bien accroché. En effet, il faut suivre les trajectoires inhabituelles que prend la pensée de son partenaire, et comprendre rapidement, car le surdoué n’est pas très patient et déteste s’ennuyer. Il a besoin de répondant, d’être stimulé, de trouver matière à réflexion dans ses discussions.

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Ces jeunes extraordinaires à supporter en contexte scolaire

Les surdoués sont-ils atteints d’autisme?

Repéré par Charlotte Pudlowski //Slate// 2016 // NewYork Time//By Kimberly Stephens and Joanne Ruthsatz

Nombre de parents peuvent se souvenir de s’être émerveillés devant les prouesses de leur enfant, voire de s’être demandé s’il n’était pas surdoué. Mais les surdoués sont rares, et si l’on connaît le critère pour en diagnostiquer un (un préadolescent capable des mêmes performances qu’un adulte professionnel dans un domaine donné), nous ne savons toujours pas ce qui fait qu’un enfant a en lui, ou non ce prodige: nul test sanguin ni génétique pour le déterminer. Nulle possibilité de dire, non plus, comment un enfant de 18 mois peut réciter l’alphabet à l’envers ou un pré-ado de réussir des examens faits pour des étudiants de fac.

Mais le découvrir pourrait être d’une grande importance, explique le New York Times, car cela pourrait aider à comprendre l’autisme. «Certains aspects de l’autisme et des surdoués se superposent» explique le quotidien américain: une passion insatiable pour leur centre d’interêt, une mémoire phénoménale, et un sens du détail très développé. Nombre d’enfants surdoués ont aussi des membres de leur famille souffrant d’autisme.

Mais il pourrait surtout y avoir «des preuves d’un lien génétique entre les deux états» précise le NYT. Dans une étude de 2015 publiée dans Human Heredity, le Dr. Ruthsatz, professeure de psychologie et co-auteure de The Prodigy’s Cousin: The Family Link Between Autism and Extraordinary Talent et ses collègues ont étudié l’ADN de surdoués et de membres autistes de leurs familles. «Ils ont découvert que le surdoué et le membre autiste de leur famille semblaient chaque fois tous deux avoir subi une mutation génétique ou des mutations sur le bras court du Chromosome 1, mutations non partagées par leurs parents neurotypiques

Les surdoués pourraient avoir une forme d’autisme très spécifique: être doté des atouts de l’autisme, mais très peu de ses désavantages. «Ce qui fait des surdoués des éléments importants pas seulement pour la recherche sur leur talent, mais aussi pour la recherche sur l’autisme».

By Kimberly Stephens and Joanne Ruthsatz

MANY parents remember a moment when their toddler astounded them. Maybe he outpaced his playgroup at mastering a song. Maybe she knew an esoteric fact about outer space. They might quietly wonder: Is my child a prodigy?

Probably not. A prodigy is defined as a preadolescent child who performs at an adult professional level in a demanding field. True prodigies are incredibly rare. For every Joey Alexander lighting up the Grammys, there are thousands of talented but not prodigious child musicians.

We’ve known about child prodigies for a long time. In the 1700s, a young Mozart was composing symphonies and dazzling audiences. Academic investigations of prodigies go back at least 90 years.

But we still don’t know what makes for a true prodigy. There’s no prodigy blood test or genetics screen. Nor do we know how they do it. How does an 8-year-old ace college courses? How can an 18-month-old recite the alphabet backward? This might not seem like a big deal. Whether a child is “officially” a prodigy has little impact on her life. Parents don’t typically seek treatment for a child because she is achieving too much.

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But what if understanding prodigies would help us understand a seemingly unrelated condition, like autism?

No link has yet been proved between autism and prodigy. Prodigies aren’t typically autistic (unlike savants, in whom extraordinary abilities and autism often coincide), and they don’t have the social or communication challenges that characterize autism. But some aspects of prodigy and autism do overlap.

Prodigies, like many autistic people, have a nearly insatiable passion for their area of interest. Lauren Voiers, an art prodigy from the Cleveland area, painted well into the night as a teenager; sometimes she didn’t sleep at all before school began. That sounds a lot like the “highly restricted, fixated interests” that are part of autism’s diagnostic criteria.

Prodigies also have exceptional working memories. In a 2012 study led by one of us, Dr. Ruthsatz, all eight of the prodigies examined scored in the 99th percentile in this area. As the child physicist Jacob Barnett once put it during an interview on “60 Minutes,” “Every number or math problem I ever hear, I have permanently remembered.” Extreme memory has long been linked to autism as well. Dr. Leo Kanner, one of the scientists credited with identifying autism in the 1940s, noted that the autistic children he saw could recite “an inordinate number of nursery rhymes, prayers, lists of animals, the roster of presidents, the alphabet forward and backward.” A study on talent and autism published in 2015 in The Journal of Autism and Developmental Disorders found that over half of the more than 200 autistic subjects had unusually good memories.

Finally, both prodigies and autistic people have excellent eyes for detail. Simon Baron-Cohen, an autism researcher, and his colleagues have described an excellent eye for detail as “a universal feature of the autistic brain.” It’s one of the categories on the Autism-Spectrum Quotient, a self-administered test Dr. Baron-Cohen helped develop that measures autistic traits. The prodigies in Dr. Ruthsatz’s 2012 study got high marks in this trait on the test. One of the subjects, Jonathan Russell, a 20-year-old music prodigy who lives in New York, described how startled he gets when the chimes on the subway are slightly off key.

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Beyond the cognitive similarities, many child prodigies have autistic relatives. In the 2012 study, half of the prodigies had an autistic relative at least as close as a niece or grandparent. Three had received a diagnosis of autism themselves when young, which they seemed to have since grown out of.

There might even be evidence of a genetic link between the conditions. In a 2015 study published in Human Heredity, Dr. Ruthsatz and her colleagues examined the DNA of prodigies and their families. They found that the prodigies and their autistic relatives both seemed to have a genetic mutation or mutations on the short arm of Chromosome 1 that were not shared by their neurotypical relatives. Despite a small sample size (the finding rested on five extended prodigy families), the data was statistically significant.

Perhaps prodigies have a very specific and unusual form of autism: They have many of the strengths associated with the condition, but few of the difficulties. This makes prodigies potentially important not just for talent research but also for autism research.

Autism is, of course, notoriously heterogeneous, and an autism diagnosis doesn’t necessarily signify any single underlying biological anomaly. Even autistic siblings often have different genetic risk factors for autism. Some researchers have thus taken to referring to autism not in the singular, but in the plural, as “the autisms.”

We don’t want to give false hope. The potential connection between autism and prodigy does not mean that people with autism are actually all geniuses. Rather, the prodigies may be people who were at risk of having this condition, yet don’t.

Scientists have revolutionized several areas of medicine by identifying “resilience genes” — mutations that protect against specific diseases. Researchers studying H.I.V., heart disease and Type 2 diabetes have turned conventional methodology on its head: Instead of focusing solely on those who have a particular disease, they have investigated high-risk individuals who remained healthy.

In theory, a similar approach could work in the study of prodigy and autism. Prodigies could act as the “high risk” but unaffected group that could advance our understanding of autism. It does not mean we could develop a treatment or cure, but it could offer major insights.

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Scientists are making some progress in untangling the underlying biology of brain disorders. The National Institute of Mental Health, for example, has started the Research Domain Criteria initiative, an effort that ignores the current Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders categories. It instead focuses on integrating data from genetics, cognitive science, behavioral studies and other sources to build a new research framework for brain disorders. As Sarah Morris, the acting director of the project, said, “Ultimately the goal is that with better diagnosis you can get better treatment.”

Pinning down whether the child rattling off outer space trivia is a little advanced for her age or an actual prodigy may be about more than bragging rights. It could help us tackle part of the mystery of autism.

Kimberly Stephens, a writer, and Joanne Ruthsatz, an assistant professor of psychology at Ohio State, are the authors of “The Prodigy’s Cousin: The Family Link Between Autism and Extraordinary Talent.”

A version of this article appears in print on , on Page SR10 of the New York edition with the headline: What Prodigies Could Teach Us About Autism.