Comment intégrer les personnes à haut potentiel en entreprise?

‘AGEFI

Un vendredi à Genève, il est 12h30 et je déjeune avec une amie de longue date. Elle est responsable de la communication d’une grande entreprise. Elle me raconte qu’elle se demande si elle n’est pas en train de faire un burn-out. C’est un phénomène très courant en ce moment. Elle me relate que sa vie professionnelle est vide de sens. Tous les détails qu’elle me rapporte sont si nombreux et précis que j’ai une autre intuition. Je la sais extrêmement douée, je sais qu’elle travaille énormément et elle était première de classe. Je suppose qu’elle est une personne à haut potentiel et qu’il est difficile pour elle de s’intégrer dans l’entreprise ou vice-versa!

Rares sont les sociétés qui se préoccupent de ces cas de surdoués. Or, une personne avec de la douance est une chance exceptionnelle pour l’entreprise. Elles voient les choses différemment, sous un autre angle, de manière plus large, elles comprennent les choses dans leur ensemble et peuvent répondre avec des solutions très innovantes. Elles peuvent aussi buter sur des choses très simples car elles n’en voient pas le sens. De plus, ces personnes sont ultra-sensorielles. Elles entendent plus de choses que les autres et nous les retrouvons notamment dans certains métiers du son. Les grands «nez» chez les parfumeurs possèdent souvent ces caractéristiques. D’autres fois, ces individus deviennent de grands cuisiniers ou des architectes. Une personne à haut potentiel ne se définit plus comme à l’époque avec uniquement un QI élevé, mais c’est une combinaison d’un certain nombre de caractéristiques. La super sensorialité des cinq sens en fait partie. Le besoin accru de trouver du sens à ce que l’on fait aussi. Ces personnes pensent autrement. Elles voient souvent plus loin et peuvent apparaître bizarres aux yeux des autres.

Dès lors, les valoriser et les garder au sein d’une entreprise est un vrai challenge. Chez l’homme, cette faculté est visible dès l’enfance déjà, car il va avoir tendance à beaucoup – trop – bouger. Les jeunes filles vont développer une faculté d’adaptation énorme, ce qui fait que non reconnue et conscientisée, cette surdouance va souvent se transformer en profond mal-être et dépression. Les femmes spécialement vont souvent créer leur propre entreprise pour répondre à cette différence ou souffrance de ne pas cadrer ou rentrer dans le moule.

Alors comment les garder? Plutôt que de montrer du doigt leurs différences, il est essentiel de les solliciter sur leurs facultés et aptitudes exceptionnelles en cultivant du respect au sein de tous les collaborateurs et du fair-play. En effet, leur cerveau fonctionne différemment et ces personnes peuvent sembler «s’encoubler» sur leur intelligence comme on le dit si élégamment en suisse allemand. Ces personnes peuvent paraître incongrues alors qu’elles voient autre chose que les autres ne peuvent – pas encore – apercevoir. L’expression artistique est un outil essentiel et vital pour ces personnes-là, d’ailleurs pour tous les humains. Focaliser sur ces aspects-là est essentiel. Les intégrer avec leur hypersensibilité est un grand cadeau et une immense source d’opportunité.

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La double face de la douance

lapresse.ca// Isabelle Morin// 3mars 2019

La conversation à peine amorcée, la jeune femme de 32 ans entre dans le vif sujet. Elle n’est pas très douée pour parler de tout et de rien, mais les humains la fascinent. « Quand je rencontre quelqu’un, je veux tout savoir de sa vie et de ses passions, sans nécessairement créer de liens. J’aime aller au fond des choses. »

Tandis qu’elle tente de classer ses idées par priorité, ses phrases se chevauchent. Son cerveau, s’excuse-t-elle, génère plus de pensées qu’elle n’a la capacité d’en exprimer, comme sur une autoroute où plusieurs voies convergent vers un seul tunnel, dit-elle. Pour se « déconnecter » et ne penser à rien d’autre, Tanya garde son cube de Rubik à portée de la main. « J’ai besoin d’être occupée tout le temps. Je suis devenue folle durant mon congé de maternité. C’est là que j’ai décidé d’aller consulter. » Là que, dans un premier temps, on a cru qu’elle souffrait de schizophrénie paranoïde, puis d’un trouble obsessionnel compulsif, avant de lui faire enfin passer un test de QI.

La confirmation de sa douance est tombé il y a un an et demi. Six mois plus tard, elle sortait un livre sur le sujet (Univers surdoué : la douance, un potentiel fragile), premier ouvrage québécois dans lequel quelqu’un ose en témoigner. Le sujet est méconnu et encore tabou : comment s’ouvrir sur cette différence sans paraître prétentieux ou sans générer des attentes impossibles à combler ? Ce jugement, estime-t-elle, relève d’une incompréhension.

« Quand c’est nommé, tu te dis : « Enfin, je ne suis pas folle. Il y en a d’autres comme moi. » »

– Tanya Izquierdo Prindle

Un potentiel qui n’est pas gage de succès

La douance ne se résume pas à l’intelligence. On estime que de 2 à 5 % de la population serait dotée d’un haut potentiel, c’est-à-dire d’une créativité élevée, d’un haut niveau de motivation et d’aptitudes élevées dans un ou plusieurs secteurs d’activité, comme l’a défini le psychologue Joseph Renzulli. On estime qu’au moins 20 000 à 30 000 élèves pourraient être doublement exceptionnels au Québec, mais seule une minorité aurait été repérée. Dans ces cas, la douance s’accompagne d’un trouble comme le déficit de l’attention ou l’autisme, qu’ils compensent en partie grâce à leur douance.

Ces personnes sont intenses, passionnées quand un sujet les captive. Aussi passionnément désintéressées quand ce n’est pas le cas. D’ailleurs, de 5 à 10 % des enfants doués seraient probablement en situation d’échec scolaire. D’autres passent entre les mailles du système sans qu’on reconnaisse et qu’on crée les conditions propices à leur développement. De ces derniers, plusieurs – surtout des filles – s’adaptent en se conformant aux normes.

Tanya, elle, était une enfant généralement sans problèmes, qui pouvait être difficile par moments. « Il m’arrivait de péter les plombs parce que je voulais tout faire par moi-même. » Elle se rappelle, par exemple, la sensation exaspérante des coutures de ses bas sur sa peau ou s’être mise en colère vers l’âge de 2 ou 3 ans parce qu’elle n’arrivait pas à attacher ses souliers. Elle s’était alors acharnée jusqu’à ce qu’elle y arrive.

Le perfectionnisme, l’exigence élevée envers soi et envers les autres, vient souvent de pair avec la douance. L’hypersensibilité sensorielle ou à l’environnement, l’anxiété, l’intolérance à l’injustice, l’idéalisme et l’opposition aussi. « Je passais pour quelqu’un de dramatique, qui fait des montagnes avec un rien, qui est trop intense, trop émotif. C’est l’étiquette qui m’a le plus blessée. »

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Les 10 signes qui prouvent que vous avez un haut potentiel intellectuel

par Armelle Camelin//www.neonmag.fr// 6mars 19

Vous vous sentez en décalage ? Vous avez une grande richesse intérieure et en permanence le besoin de savoir pourquoi ? Vous êtes peut-être surdoué. Daisy Lorenzi, journaliste indépendante, publie un livre sur le haut potentiel intellectuel dans lequel elle nous apprend à le détecter et à le comprendre.

« Qu’est-ce que cela peut bien changer d’avoir un QI supérieur à la moyenne ? » Dès les premières lignes de son livre Singuliers et ordinaires, Parcours d’adultes à haut potentiel intellectuel (éd. Enrick B.), Daisy Lorenzi met les pieds dans le plat. Journaliste indépendante, elle s’intéresse depuis des années aux personnes dites “surdouées”. C’est d’ailleurs en travaillant sur le sujet qu’elle s’est aperçue, à 30 ans, qu’elle faisait elle-même partie de cette catégorie de personnes. Elle a accepté de répondre à quelques questions et de nous aider à débusquer la douance qui est peut-être tapie en nous.

NEON, magazine pas doué : Pourquoi as-tu eu envie d’écrire ce livre ?

Daisy Lorenzi, journaliste brillante : J’ai eu envie d’écrire ce livre suite aux réactions de l’article que j’ai publié sur 8e étage, dans lequel je décris le haut potentiel à la première personne, via le vécu de mon cousin. De nombreuses personnes m’ont écrit pour me dire que la lecture de cet article leur avait beaucoup apporté, qu’ils s’y étaient reconnu, que ça les avait soulagés… C’est la première fois qu’un de mes articles suscitait une telle réaction. Je me suis alors dit qu’il y avait un vrai besoin de parler de ce sujet, de le faire connaître, de le démystifier, et aussi une vraie envie de la part des personnes concernées de pouvoir enfin s’exprimer.

A qui s’adresse ton livre ?
A mes yeux, il s’adresse avant tout aux personnes à haut potentiel qui s’ignorent. Celles et ceux qui se reconnaissent vaguement dans ces caractéristiques de décalage, d’émotions débordantes, de curiosité insatiable, etc… mais sans avoir jamais vraiment donné un sens à tout cela. Il s’adresse également à ceux qui viennent de poser un nom sur leur différence comme à ceux qui les entourent, pour mieux comprendre ce dont il s’agit.

Tu es toi-même surdouée, comment l’as-tu appris ?
Après l’écriture de cet article sur le haut potentiel, j’avais refermé ce chapitre, et pas une seconde je n’ai pensé que cela pouvait me concerner. En me lançant dans l’écriture de ce livre, mes premières lectures m’ont fait un choc, car je me suis vraiment reconnue, sans m’y attendre. Quelques mois plus tard, je passais un test pour avoir une « confirmation » que je trouvais nécessaire pour accepter cette idée.

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Apprendre que je suis surdouée à 34 ans a bouleversé ma vie

05/02/2019// Le HuffPost// Virginie Cotel

C’était un soir de janvier, il faisait nuit alors qu’il n’était que 18h, j’entrais dans le cabinet de la psy complètement stressée, j’osais à peine laisser battre mon cœur tellement j’attendais de connaître les résultats de ce test. J’avais 34 ans quand j’ai découvert que j’étais surdouée.

Dans cet article, je souhaite vous partager la façon dont je l’ai vécu et par quelles interrogations je suis passée. A l’époque, je cherchais désespérément ce type de témoignage pour me donner du courage.

Que ce mot est difficile: « Surdoué·e ». Comme sa représentation dans la société est à côté de la plaque. A l’instar de beaucoup de monde, il y a encore 2 ans lorsqu’on me parlait de surdoués, j’imaginais: des enfants surtout, et des enfants phénomènes de foire qui savent répondre à toutes les questions et qui font des choses bizarres comme collectionner des coléoptères… Je pensais au petit génie, à Einstein. Bref, des gens qui vivent dans un autre monde que le mien, des gens bien supérieurs à moi car « méga-intelligents ».

C’est si loin de la réalité.

Et j’ai découvert la douance

La douance est un terme emprunté à nos cousins québécois pour désigner les surdoués. Je l’aime bien ce mot, je le trouve doux et un peu mystérieux. Je le trouve beaucoup moins péremptoire que surdoué.

C’est en lisant l’article de Béatrice Duka que j’ai découvert ce que vivait un adulte surdoué au travail. Lire que ces adultes surdoués avaient une boulimie d’apprentissage, qu’ils étaient capables de percevoir ce qui va de travers dans un processus même très complexe, le syndrome de Cassandre (deviner comment les choses vont se réaliser sans être en capacité de l’expliquer et donc être compris), la difficulté à travailler sur des choses répétitives, le besoin de stimulation permanent, les stratégies d’adaptation pour se fondre dans le moule, la sensation de décalage par rapport aux autres… Tout cela a été une révélation pour moi. Je l’ai vécu comme une véritable illumination: ainsi tous ces différents « symptômes » que j’ai ressentis depuis mon enfance avaient une explication logique?

Et pourtant, ma première réaction a été: mais je ne suis pas intelligente! Je veux dire par là: je ne suis pas « méga-intelligente ». Certes, j’ai fait une école d’ingénieur mais j’ai eu des difficultés, je ne l’ai pas fait en dilettante.

Je me suis demandé s’il était possible de ressentir tous ses symptômes et ne pas être surdouée?

Redécouvrir son passé

Après cette découverte, que j’ai vécue à l’image de l’ouverture d’une porte sur un tout nouvel univers, j’ai fait une boulimie d’informations.

J’ai commencé à rechercher tous les articles sur internet qui parlent des adultes surdoués, qui permettent de se dire si oui ou non vous êtes surdoués. J’ai regardé des vidéos, des interviews, découvert des blogs.

Ce qui m’aurait aidée à ce moment-là, cela aurait été de lire un livre sur le sujet mais je ne me l’autorisais pas encore. Vous imaginez? L’arrogance que c’est de penser que l’on est supérieur aux autres: surdouée? Moi, qui doute en permanence, qui n’arrivais pas à trouver un job qui me plaise plus de 2 ans?

Plus je lisais sur l’hypersensibilité, l’hyperesthésie, le déficit d’inhibition latente, le besoin de stimulation, les doutes, la lucidité des personnes surdouées, etc. plus je revivais des moments de mon enfance et plus je les voyais maintenant sous un autre angle. J’ai cherché tous les indices qui auraient pu me prouver que c’était possible que je fasse partie des 2,5% de la population avec un QI supérieur à 130 mais au final, j’avais toujours ce doute. Et ce doute m’occupait l’esprit en continu. J’avais besoin de savoir, d’avoir des réponses. Cela pouvait expliquer tellement de choses sur mon parcours, les souffrances vécues.

Passer le test

Un jour, j’ai pris mon courage à 2 mains et j’ai appelé 3 ou 4 psy spécialisés dans la douance pour faire passer le test de QI. J’ai pris le temps de parler avec eux au téléphone pour sentir si c’était la bonne personne à qui j’allais confier mes doutes. Je me sentais vulnérable et je voulais avoir un oreille attentive.

J’ai fait un premier entretien avec la personne qui m’a parue la plus à l’écoute. J’ai raconté mes doutes sur ma douance, les indices que j’avais pu glaner jusque là. Elle m’a demandée si je me sentais en décalage. J’ai répondu que j’avais toujours senti une forme de différence à l’autre, comme une barrière entre nous. J’avais surtout senti que mes émotions me débordaient et qu’elles gênaient en entreprise particulièrement. J’ai eu l’impression de « jouer » à la surdouée après tout ce que j’avais lu pour être enfin reconnue.

Dans un second rendez-vous, j’ai passé le « fameux » test de QI. J’avoue qu’entre-temps j’avais cherché à me préparer en essayant des tests sur Internet. Personnellement, je les trouve complètement bidons et peut-être heureusement car le pire serait d’être vraiment préparé à ce test et de biaiser les résultats.

Au final, on ne réussit ou n’échoue pas à ce test. Ce n’est pas un examen, c’est un test qui doit permettre de révéler la façon dont fonctionne notre cerveau. Il y a tout intérêt à l’aborder de façon authentique. Étonnamment, j’étais assez sereine pour le passer ce test, qu’il allait répondre à mes milliers d’interrogations. J’étais dans cette optique de faire ce dont j’étais capable et puis on verrait ensuite ce que cela signifie.

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La douance chez l’enfant encore très peu connue

 ICI.Radio-Canada.ca ///23 janvier 2019

Même s’il existe peu de recherches au sujet des élèves surdoués, des études récentes commencent à démontrer qu’il y a un coût évident pour la société lorsque ces derniers n’exploitent pas leur plein potentiel, affirme la psychologue et neuropsychologue, et auteure du livre La douance : comprendre le haut potentiel intellectuel et créatif, Marianne Bélanger.

« On sait pertinemment aujourd’hui que les enfants surdoués ont des besoins particuliers. Si ces besoins ne sont pas remplis, ils vont sous-performer, mais ils vont surtout risquer de développer des difficultés de santé psychologique », affirme Marianne Bélanger.

Selon elle, les enfants qui ne retrouvent pas ce dont ils ont besoin à l’école vont aller se nourrir à l’extérieur de l’école.

Les enfants surdoués ont des besoins sur les plans de la rapidité d’apprentissage, de la réduction de la répétition et de la qualité de l’enseignement.

« Il y a des coûts pour la société qui ont été chiffrés en France et aux États-Unis et qui ont mené à des lois sur l’éducation », ajoute l’auteure.

Mme Bélanger travaille avec les enfants surdoués depuis 15 ans. Elle indique que la population commence tout juste à parler de la douance.

« Malheureusement, c’est encore un sujet [la douance] très tabou », affirme-t-elle.

Il existe plus de recherches qu’on ne le croit sur les enfants surdoués, mais il en existe très peu en français, affirme l’auteure.

Elle explique qu’il y a une différence entre les enfants surdoués et les enfants talentueux.

« Quand on parle de douance ou de surdouance, c’est un concept multidimensionnel qui touche n’importe quel domaine chez l’être humain », ajoute-t-elle.

Elle évoque notamment les domaines intellectuel, artistique, musical et sportif.

« Un enfant doué, c’est un enfant qui présente un haut potentiel dans un de ces domaines », affirme Marianne Bélanger. Cependant, ce n’est pas tout.

Les enfants surdoués possèdent deux éléments supplémentaires : un haut niveau de créativité et un haut niveau d’engagement dans le domaine d’aptitude, selon Mme Bélanger.

« Quand on a les trois éléments qui fonctionnent ensemble, on voit naître autre chose », explique-t-elle.

Bienvenue chez les zèbres : l’étonnant quotidien d’une famille de surdoués

Philippe Lesaffre

Le Zéphyr a rencontré Sonia et Jérôme, un couple dont la fille a été diagnostiquée “haut potentiel intellectuel”. Comme son père. Leur quotidien est loin d’être un fleuve tranquille.

Jérôme l’explique d’emblée : « C’est un peu gênant ! Pour le quidam, les médias, nos familles parfois, nous ne sommes que des génies, des enfants qui passent le bac à 14 ans, qui lisent le dico. Oui, nous avons des connexions neuronales puissantes, avec une mémoire folle, une capacité d’analyse hors normes. Mais j’en ai assez de tous ces reportages qui desservent la « cause » des hauts potentiels intellectuels (HPI), car ils ne reflètent pas la réalité. On nous présente toujours, regrette-t-il, de la même manière, comme des personnes étudiant dans des établissements élitistes. » Embêtant, car les médias démontrent ainsi que les HPI n’existent que dans les classes sociales aisées, qu’ils n’ont ni problème, ni besoin d’aides. Or, « la réalité est plus nuancée, plus empreinte de chemins tortueux », glisse-t-il.

D’abord, le seul lieu où Jérôme se sent à l’aise, c’est au sein de son foyer… A son domicile, entouré de sa famille, il n’a pas à se masquer. « A l’extérieur, en revanche, vous rencontrez la plupart du temps un sous-moi. » Le terme surprend. « Je vous donne un exemple : une soirée entre amis… classique… Discussion sur tel ou tel sujet, peu importe. Un convive donne son avis en l’étayant d’un raisonnement basé sur une information incomplète… Avant, je me mêlais à cette conversation pour rectifier l’erreur… Au mieux, je passais pour un ordinateur qui n’aime que les faits ou un puits de sciences. Au pire, on me qualifiait d’être pédant se permettant de recadrer les autres et ne cherchant qu’à montrer sa supériorité intellectuelle. » Du coup, Jérôme dit s’être adapté : « Je ne participe plus ou peu aux conversations, et laisse passer les raisonnements erronés. Je reste dans mon coin, faisant semblant de participer du bout des lèvres… Est-ce normal ? Non je ne crois pas… » Sa femme Sonia confirme : « En principe, il n’étale pas ses connaissances. Or, avec moi, il peut échanger son avis sans craindre de paraître arrogant. »

« J’amène la normalité »

Assistante sociale, elle n’est pas une HPI, et avoue n’avoir rien décelé quand elle a rencontré son futur époux. Et pour cause… « Depuis, son enfance, il a été habitué à se camoufler pour ne pas agacer les autres. » Rapidement, Sonia s’est rendu compte de sa capacité à retenir toutes sortes d’infos, même celles qui « ne servent à rien ». Cela fait partie de lui. Certes. Mais ce n’est que « la partie émergée de l’iceberg » pour reprendre la formule de Jérôme, qui passe en apparence pour un être dénué d’émotion, froid et distant.

On imagine la difficulté au quotidien. Elle sourit. « Il y a eu des malentendus, des incompréhensions, des quiproquos, des disputes… C’est comme si on parlait des langues différentes. » Et de poursuivre, assurant que leur différence est aussi une force : « Mon mari dit que j’amène la normalité, les codes sociaux, les relations. Je suis le point d’équilibre avec le monde extérieur. Un HPI réfléchit, lui, avec son cerveau, c’est le savoir, la stratégie, la logique, la méthode. Le risque, c’est l’isolement, le repli sur soi, un monde où seul le cerveau domine. » Les deux apprennent néanmoins à mieux se déchiffrer, à tenir compte de leurs particularités respectives. « On fait des choses sans toujours en comprendre réellement le sens… »

Capable du meilleur comme du pire

Jérôme n’a longtemps pas su mettre de mot sur ce qu’il était. Ses parents, issus d’un milieu bourgeois, n’ont jamais remarqué sa différence et ne se sont jamais vraiment interrogés sur ses comportements. Ils ne sauront d’ailleurs jamais que leur enfant a repris ses études après avoir passé quelques années au sein de l’armée, qui lui a détecté « un QI élevé », sans en dire plus. Lui-même s’est même demandé si son père et sa mère étaient ses parents biologiques vu le décalage intellectuel qu’il ressentait.

A l’école, ce garçon pouvait être capable du meilleur, comme du pire. Le jeune homme a bien saisi que quelque chose clochait, sans déchiffrer quoi que ce soit. « Il se trouvait bizarre, n’avait pas d’ami et n’en cherchait pas. » On l’a envoyé en pension chez les jésuites à partir de la 4e, et il s’est réfugié dans les livres, a dévoré les grands classiques. Il s’est également construit grâce à son grand-père paternel. Bienveillant, cet auteur acceptait qu’il vienne dans son bureau bouquiner et lui donnait l’exclusivité de ses écrits. « Récemment, nous avons compris, souffle Sonia, que ce Monsieur était sans doute aussi HPI… »

De père en fille

Une histoire de famille… qui se transmet presque de génération en génération. Car Jérôme a détecté ce qu’il est – à savoir HPI à tendance sociopathe (« Pas tueur, juste dénué de sentiments et ne maîtrisant pas les codes sociaux« , ironise-t-il) – quand le diagnostic est tombé… pour sa propre fille (qu’on appellera Pauline, un prénom d’emprunt) : on a établi chez elle les caractéristiques d’un haut potentiel intellectuel, cette fois avec des traits autistiques. On parle également de zèbre, un terme utilisé par la psychothérapeute Jeanne Siaud-Facchin, qui entend prouver que tous les HPI n’ont pas les mêmes rayures, que tout dépend de l’environnement familial ou social.

Si le père n’a “rien vu d’anormal”, la mère s’est vite rendue compte que Pauline était différente. Sonia parle d’un enfant qui, à 2 ans, parle déjà et s’exprime avec beaucoup de vocabulaire, d’humour, de répartie. Pauline progresse à vitesse grand V, parvient à marcher sans le passage du quatre pattes. Curieuse, elle pose sans cesse des questions d’adulte. Pourquoi vote-on ? C’est quoi un syndicat ? A quoi sert une assurance ? Ses interrogations surprennent. Et il faut prendre le temps de lui répondre, dans le but de la satisfaire et qu’elle s’endorme, apaisée.

Cataclysme émotionnel

Mais elle n’est pas juste une gamine surdouée. A l’instar de son père, elle a du mal avec certains bruits qui l’agressent, comme les claquements de porte. Sa mère : « Imaginez que vos yeux sont comme des microscopes où vous voyez tous les détails, que vos oreilles entendent tous les bruits, que vous ressentez les odeurs de façon agressive, que vous ressentez en permanence sur votre corps comme des chatouillis, des frottements… c’est le quotidien d’une personne zèbre. Notre fille est, en permanence, assaillie par ces sensations. »

La moindre broutille peut déclencher un cataclysme émotionnel. La petite gère assez mal les situations inconnues, certaines peuvent la mettre dans un état de sidération. Ces “tempêtes”, comme dit Sonia, se traduisent souvent de la même façon : en fin de journée, elle se réfugie dans sa chambre et pleure en silence. Ses parents imaginent qu’elle joue. Mais le ton monte, elle vocifère, jette des objets contre le mur. « On ne peut alors l’approcher, il faut attendre qu’elle vienne à nous. »

Épuisée, elle n’arrive pas à isoler l’élément déclencheur de la crise. « Patiemment, délicatement, je l’aide alors à refaire le film de la journée. Chaque minute est passée au crible, pour essayer de retrouver l’événement qui a mis le feu aux poudres… » Et cela peut être n’importe quoi, selon sa mère : « Un jour, sur un cheval d’un carrousel, à côté d’une fillette de son âge qui gesticulait, je l’ai vue se raidir et chercher mon regard à chaque tour. A la fin du tour, elle m’a dit : « Elle m’a gâché mon plaisir, elle me parlait alors que je ne la connais pas, elle voulait aller sur mon cheval. » »

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La douance, une chance?

Annie Nonyme //tonpetitlook.com // 16 novembre, 2018

Ce matin, j’étais un peu sous le choc de lire le texte de Patrick Lagacé dans La Presse. Il raconte l’histoire d’une jeune fille atteinte de douance et de son destin tragique.

J’étais choquée, car c’est un sujet tabou, peu répandu et malheureusement, toujours méconnu. Je me suis intéressée à la douance lors de mes études, surtout par curiosité. Je me demandais quel destin était réservé à ces enfants doués sur les bancs d’école, croyant simplement qu’ils étaient destinés à s’ennuyer. J’ai été incroyablement surprise par tout ce que j’ai lu.

La réalité c’est qu’une personne douée a un QI aussi loin de la normale qu’une personne ayant une déficience intellectuelle. En ce sens, son écart avec le « reste du monde » est aussi grand. En suit une incompréhension du reste du monde, une incapacité à comprendre et aussi une hypersensibilité autant physique qu’émotionnelle. Les personnes douées ressentent tout en amplifié et ont une empathie hors pair, ce qui rend chaque petite émotion comme une tempête.

Leur écart avec la réalité est souvent la cause de nombreux échecs scolaires, mêlé à l’ennui qu’ils ressentent en classe. En effet, rares sont ceux qui ont des résultats scolaires plus élevés que la moyenne et ainsi, rares sont ceux qui sont diagnostiqués dans leur parcours scolaire. Et malgré leur diagnostic, on croit souvent que c’est un « faux problème ».

J’ai obtenu mon diagnostic à la suite des recherches dont je parlais plus haut. Au beau milieu d’un travail scolaire, je me suis arrêtée en larmes au beau milieu d’un documentaire. Ils parlaient de moi! Je comprenais enfin. À quel point mes relations sociales avaient été vouées à l’échec toute ma vie, cette incompréhension du monde extérieur, cette difficulté d’adaptation constante et cette difficulté à surmonter les tout petits détails de la vie. J’avais compris, enfin!

Mon profil s’est révélé hétérogène, c’est-à-dire que je n’ai pas un QI de plus de 130 dans toutes les sphères. Cela explique l’insuccès scolaire que j’ai vécu et aussi, l’absence de diagnostic avant l’âge adulte. J’ai attendu un an avant de parler de ma douance et même aujourd’hui, peu de gens de mon entourage sont au courant. Pourquoi? Parce qu’alors que je perçois cela principalement comme un défi dans mon quotidien, alors que je sais que ce sera toujours pour moi une épreuve de m’adapter socialement, je sais que les autres diraient « Tu es chanceuse, tu es intelligente! » La douance, ce n’est pas seulement l’intelligence et je ressens à 110% les sentiments de la jeune qui s’est suicidée. Elle a la chance d’avoir été diagnostiquée jeune, mais encore aurait-il fallu que les ressources soient mises en place pour l’aider. Parce qu’elle n’était pas « chanceuse d’être intelligente », elle en était tellement malheureuse qu’elle a voulu mourir. Je souhaite que cette situation réveille les autorités et permette d’éviter d’autres situations du genre. Je souhaite réellement que des programmes scolaires et autres pullulent, se développent et s’améliorent et permettent à ces jeunes d’apprendre à s’adapter à la société et aux autres autour. Parce que, comme le dit si bien Olivier Revol, un expert du domaine, plus tard, ils n’habiteront pas un village d’adultes doués!
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