Céline, 47 ans, mère d’un enfant précoce : « On est toujours en train d’essayer de se justifier auprès des autres »

Par Romain David//  europe1.fr// 31 octobre 2018

Mère d’un enfant surdoué, Céline raconte au micro d’Olivier Delacroix, sur Europe 1, l’incompréhension d’une partie de son entourage face au comportement de son fils.

LA FRANCE BOUGE

Céline, 47 ans, est la mère de Mathis, un petit garçon de 9 ans. Longtemps, le comportement de son fils a été celui d’un enfant particulièrement turbulent, incapable de s’adapter au cadre scolaire. Lorsqu’une psychologue a diagnostiqué son haut potentiel intellectuel, Céline, elle-même sœur d’un surdoué contrarié, a commencé à se battre pour que Mathis parvienne à s’adapter malgré sa différence. Au micro d’Olivier Delacroix sur Europe 1, cette mère raconte son parcours face aux préjugés sur les surdoués :

« Mathis était un petit garçon curieux de tout, qui posait plein de questions et qui apprenait très vite. À la garderie, ça se passait très bien, il avait hâte d’aller à l’école car on lui disait qu’il apprendrait plein de choses, et il était très content d’enfin pouvoir ‘apprendre le monde’. Quand il est arrivé à l’école, il a été rapidement déçu. Il s’attendait à avoir des réponses existentielles sur les questions qu’il nous posait : la vie, la mort, le corps humain, les planètes, l’univers…

[…]

Quand il s’est rendu compte qu’on apprenait à compter – ce qu’il savait déjà plus ou moins faire -, que l’on apprenait à dessiner – ce qu’il n’aimait pas du tout faire -, et qu’on ne lui répondait pas, ça a été une grosse frustration pour lui et pour la maîtresse aussi, parce qu’il posait plein de questions qui n’avaient aucun rapport avec le cours qu’elle avait préparé.

À mesure que la frustration du petit garçon augmente, son comportement changeIl était très agité, il n’arrivait pas à dormir le soir. Dès qu’on lui faisait une réflexion qu’il n’aimait pas, qu’on lui demandait de faire quelque chose qu’il n’aimait pas ou que l’on faisait une transition entre une activité et une autre, il n’y allait pas. À la moindre contrariété, quand on n’avait pas la réponse à quelque chose, il faisait des crises à retourner sa chambre, à lancer des objets. Dans un centre commercial, si on ne voulait pas lui acheter quelque chose, il pouvait se rouler par terre.

Très rapidement, le regard des gens se pose sur nous, sur notre façon d’élever un enfant, sur le fait qu’il soit différent. […] On se remet beaucoup en question. On nous disait que l’on n’était pas assez sévère. Mais quand on était sévère avec lui, ça ne marchait pas du tout. Il bloquait.

Si Céline finit par prendre conscience du potentiel de son fils, elle peine à sensibiliser son entourage

À quatre ans, on a décidé de l’emmener voir une psychologue, pour savoir pourquoi il faisait autant de crises, pourquoi il ne trouvait pas sa place, ne voulait pas aller à l’école. La psychologue nous a conseillé d’aller faire un test en disant : ‘Mathis, a priori, va bien psychologiquement, mais je sens qu’il a un haut potentiel, qu’il est surdoué’. Avec son papa, on ne savait pas du tout ce que c’était. On a pris conscience que ça existait, que peut-être notre enfant était différent, et que ça n’était pas notre façon de l’éduquer qui l’avait rendu comme ça.

On a essayé de faire comprendre à notre famille, à ses grands-parents, à l’école que si Mathis posait autant de questions, été parfois dans la défiance ou se renfermait, ce n’est pas parce qu’il était mal élevé ou caractériel, mais parce qu’il avait un fonctionnement différent. On s’est rendu compte que les gens ne comprenaient pas. […] En tant que parent d’un enfant différent, on est toujours en train d’essayer de se justifier auprès des autres personnes. On a l’image d’un enfant surdoué comme d’un génie. Mais ça n’est pas vrai. […] Il ne s’adapte pas, c’est un enfant qui ne peut pas rester assis pendant des heures pour écouter quelqu’un, il doit bouger pour apprendre. […] C’est un fonctionnement compliqué à comprendre.

Un secret de famille a poussé Céline à se battre pour que son fils « trouve sa place »

Au moment où j’ai appris que mon fils était surdoué, j’en ai parlé à mes parents […], et j’ai découvert que mon frère avait aussi été testé précoce, à 10 ans. Il avait eu les mêmes difficultés, est allé d’échec scolaire en échec personnel et professionnel, et a fini par se suicider. J’ai eu une énorme peur par rapport à mon fils. C’est là que le combat est arrivé, en me disant que mon frère, qui avait ce profil-là, ne s’en était pas sorti. Il fallait que l’on trouve une solution pour que mon fils n’ait pas la même fin.

[…]

L’école n’a pas voulu nous écouter, n’a pas voulu faire de saut de classe, n’a pas réussi à mettre en place quelque chose de plus adapté à Mathis, même si on a tout fait pour les sensibiliser. Ça n’a pas fonctionné. On a cherché toutes les solutions possibles et, heureusement, dans notre ville, il y avait un système alternatif qui est l’école Montessori. Il a trouvé une place, il a trouvé sa place. Il est plus heureux. Il fait moins de crise, il s’adapte mieux. C’est vivable à la maison. Enfin, il rentre de l’école en nous disant : ‘j’ai fait quelque chose.' »

l’intégralité du témoignage de Céline
Le lien

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Surdoués : les défis de la vie en couple

Mathilde de Robien | 25 octobre 2018// fr.aleteia.org

Les difficultés rencontrées par les personnes surdouées dans leur vie affective sont insoupçonnables. Certaines caractéristiques communes à un grand nombre de hauts-potentiels génèrent, en effet, des comportements qui ne facilitent pas leur vie amoureuse. Pistes pour les identifier, et y remédier.

Hypersensibilité, besoin intense de sécurité, impatience, insatisfaction chronique, fonctionnement cérébral complexe, introversion. Ces traits caractéristiques des personnes surdouées peuvent être des freins ou des obstacles dans leur vie amoureuse. Bien entendu, tous les hauts potentiels ne présentent pas nécessairement l’ensemble de ces caractéristiques, mais la plupart sont communes à un grand nombre d’entre eux. Aleteia a interrogé à ce sujet Clothilde Colin, fondatrice du cabinet Ysilde Conseil, spécialisé dans l’accompagnement individuel des enfants précoces et des adultes à haut potentiel, conférencière, et membre de l’association Mensa International.

Une sensibilité exacerbée

« Il m’a dit : je t’offre mon cœur sur un plateau, et moi, au lieu de me réjouir de cette merveilleuse déclaration d’amour, ça m’a donné la nausée, je voyais un cœur sanguinolent et palpitant devant moi ! » Clothilde Colin raconte souvent cette anecdote pendant ses conférences. Elle illustre un comportement en décalage par rapport à celui auquel on s’attend dans une telle situation. Les personnes surdouées perçoivent le monde avec une acuité telle que les conséquences sont parfois extrêmes. L’hypersensibilité consiste à ressentir les émotions de manière intense, amplifiée et sans filtre. Ici, l’étroite association entre le mot et l’image est telle qu’elle cause un malaise physique.

Autre exemple qui peut s’avérer handicapant dans une vie de couple : l’hypersensibilité au toucher. Certains surdoués n’aiment pas qu’on les touche, ils supportent avec peine le frottement des vêtements sur la peau ou un lavage de cheveux chez le coiffeur. Cela suppose donc, de la part d’un éventuel conjoint, une patience et une douceur extrêmes !

Une tendance à l’auto-sabotage

L’amour suppose de prendre des risques : risque d’être éconduit, humilié, blessé… Or la personne surdouée a un immense besoin de se sentir en sécurité dans ce monde qui l’assaille de toutes parts, et par conséquent, elle déteste prendre des risques. Tisser une relation amoureuse, c’est mettre en péril son équilibre, c’est être menacé, en cas d’échec, d’un naufrage émotionnel dont elle sait qu’elle aura du mal à se remettre. « C’est pourquoi elle a tendance à rester dans sa zone de confort, parce que dans la vie affective, son équilibre et sa sécurité sont menacés », explique Clothilde Colin.

Recherche partenaire bienveillant et pas trop susceptible

Fréquenter ou vivre avec une personne surdouée n’est pas de tout repos. Il faut avoir le « cœur » bien accroché. En effet, il faut suivre les trajectoires inhabituelles que prend la pensée de son partenaire, et comprendre rapidement, car le surdoué n’est pas très patient et déteste s’ennuyer. Il a besoin de répondant, d’être stimulé, de trouver matière à réflexion dans ses discussions.

La suite de l’article

Ces jeunes extraordinaires à supporter en contexte scolaire

Les surdoués sont-ils atteints d’autisme?

Repéré par Charlotte Pudlowski //Slate// 2016 // NewYork Time//By Kimberly Stephens and Joanne Ruthsatz

Nombre de parents peuvent se souvenir de s’être émerveillés devant les prouesses de leur enfant, voire de s’être demandé s’il n’était pas surdoué. Mais les surdoués sont rares, et si l’on connaît le critère pour en diagnostiquer un (un préadolescent capable des mêmes performances qu’un adulte professionnel dans un domaine donné), nous ne savons toujours pas ce qui fait qu’un enfant a en lui, ou non ce prodige: nul test sanguin ni génétique pour le déterminer. Nulle possibilité de dire, non plus, comment un enfant de 18 mois peut réciter l’alphabet à l’envers ou un pré-ado de réussir des examens faits pour des étudiants de fac.

Mais le découvrir pourrait être d’une grande importance, explique le New York Times, car cela pourrait aider à comprendre l’autisme. «Certains aspects de l’autisme et des surdoués se superposent» explique le quotidien américain: une passion insatiable pour leur centre d’interêt, une mémoire phénoménale, et un sens du détail très développé. Nombre d’enfants surdoués ont aussi des membres de leur famille souffrant d’autisme.

Mais il pourrait surtout y avoir «des preuves d’un lien génétique entre les deux états» précise le NYT. Dans une étude de 2015 publiée dans Human Heredity, le Dr. Ruthsatz, professeure de psychologie et co-auteure de The Prodigy’s Cousin: The Family Link Between Autism and Extraordinary Talent et ses collègues ont étudié l’ADN de surdoués et de membres autistes de leurs familles. «Ils ont découvert que le surdoué et le membre autiste de leur famille semblaient chaque fois tous deux avoir subi une mutation génétique ou des mutations sur le bras court du Chromosome 1, mutations non partagées par leurs parents neurotypiques

Les surdoués pourraient avoir une forme d’autisme très spécifique: être doté des atouts de l’autisme, mais très peu de ses désavantages. «Ce qui fait des surdoués des éléments importants pas seulement pour la recherche sur leur talent, mais aussi pour la recherche sur l’autisme».

By Kimberly Stephens and Joanne Ruthsatz

MANY parents remember a moment when their toddler astounded them. Maybe he outpaced his playgroup at mastering a song. Maybe she knew an esoteric fact about outer space. They might quietly wonder: Is my child a prodigy?

Probably not. A prodigy is defined as a preadolescent child who performs at an adult professional level in a demanding field. True prodigies are incredibly rare. For every Joey Alexander lighting up the Grammys, there are thousands of talented but not prodigious child musicians.

We’ve known about child prodigies for a long time. In the 1700s, a young Mozart was composing symphonies and dazzling audiences. Academic investigations of prodigies go back at least 90 years.

But we still don’t know what makes for a true prodigy. There’s no prodigy blood test or genetics screen. Nor do we know how they do it. How does an 8-year-old ace college courses? How can an 18-month-old recite the alphabet backward? This might not seem like a big deal. Whether a child is “officially” a prodigy has little impact on her life. Parents don’t typically seek treatment for a child because she is achieving too much.

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But what if understanding prodigies would help us understand a seemingly unrelated condition, like autism?

No link has yet been proved between autism and prodigy. Prodigies aren’t typically autistic (unlike savants, in whom extraordinary abilities and autism often coincide), and they don’t have the social or communication challenges that characterize autism. But some aspects of prodigy and autism do overlap.

Prodigies, like many autistic people, have a nearly insatiable passion for their area of interest. Lauren Voiers, an art prodigy from the Cleveland area, painted well into the night as a teenager; sometimes she didn’t sleep at all before school began. That sounds a lot like the “highly restricted, fixated interests” that are part of autism’s diagnostic criteria.

Prodigies also have exceptional working memories. In a 2012 study led by one of us, Dr. Ruthsatz, all eight of the prodigies examined scored in the 99th percentile in this area. As the child physicist Jacob Barnett once put it during an interview on “60 Minutes,” “Every number or math problem I ever hear, I have permanently remembered.” Extreme memory has long been linked to autism as well. Dr. Leo Kanner, one of the scientists credited with identifying autism in the 1940s, noted that the autistic children he saw could recite “an inordinate number of nursery rhymes, prayers, lists of animals, the roster of presidents, the alphabet forward and backward.” A study on talent and autism published in 2015 in The Journal of Autism and Developmental Disorders found that over half of the more than 200 autistic subjects had unusually good memories.

Finally, both prodigies and autistic people have excellent eyes for detail. Simon Baron-Cohen, an autism researcher, and his colleagues have described an excellent eye for detail as “a universal feature of the autistic brain.” It’s one of the categories on the Autism-Spectrum Quotient, a self-administered test Dr. Baron-Cohen helped develop that measures autistic traits. The prodigies in Dr. Ruthsatz’s 2012 study got high marks in this trait on the test. One of the subjects, Jonathan Russell, a 20-year-old music prodigy who lives in New York, described how startled he gets when the chimes on the subway are slightly off key.

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Beyond the cognitive similarities, many child prodigies have autistic relatives. In the 2012 study, half of the prodigies had an autistic relative at least as close as a niece or grandparent. Three had received a diagnosis of autism themselves when young, which they seemed to have since grown out of.

There might even be evidence of a genetic link between the conditions. In a 2015 study published in Human Heredity, Dr. Ruthsatz and her colleagues examined the DNA of prodigies and their families. They found that the prodigies and their autistic relatives both seemed to have a genetic mutation or mutations on the short arm of Chromosome 1 that were not shared by their neurotypical relatives. Despite a small sample size (the finding rested on five extended prodigy families), the data was statistically significant.

Perhaps prodigies have a very specific and unusual form of autism: They have many of the strengths associated with the condition, but few of the difficulties. This makes prodigies potentially important not just for talent research but also for autism research.

Autism is, of course, notoriously heterogeneous, and an autism diagnosis doesn’t necessarily signify any single underlying biological anomaly. Even autistic siblings often have different genetic risk factors for autism. Some researchers have thus taken to referring to autism not in the singular, but in the plural, as “the autisms.”

We don’t want to give false hope. The potential connection between autism and prodigy does not mean that people with autism are actually all geniuses. Rather, the prodigies may be people who were at risk of having this condition, yet don’t.

Scientists have revolutionized several areas of medicine by identifying “resilience genes” — mutations that protect against specific diseases. Researchers studying H.I.V., heart disease and Type 2 diabetes have turned conventional methodology on its head: Instead of focusing solely on those who have a particular disease, they have investigated high-risk individuals who remained healthy.

In theory, a similar approach could work in the study of prodigy and autism. Prodigies could act as the “high risk” but unaffected group that could advance our understanding of autism. It does not mean we could develop a treatment or cure, but it could offer major insights.

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Scientists are making some progress in untangling the underlying biology of brain disorders. The National Institute of Mental Health, for example, has started the Research Domain Criteria initiative, an effort that ignores the current Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders categories. It instead focuses on integrating data from genetics, cognitive science, behavioral studies and other sources to build a new research framework for brain disorders. As Sarah Morris, the acting director of the project, said, “Ultimately the goal is that with better diagnosis you can get better treatment.”

Pinning down whether the child rattling off outer space trivia is a little advanced for her age or an actual prodigy may be about more than bragging rights. It could help us tackle part of the mystery of autism.

Kimberly Stephens, a writer, and Joanne Ruthsatz, an assistant professor of psychology at Ohio State, are the authors of “The Prodigy’s Cousin: The Family Link Between Autism and Extraordinary Talent.”

A version of this article appears in print on , on Page SR10 of the New York edition with the headline: What Prodigies Could Teach Us About Autism.

 

Antoine, surdoué : « Avant d’être détecté, j’étais dans un train avec des vitres fermées »

Derrière les milliers de data qui envahissent nos vies, il y a des femmes et des hommes. NEON leur donne la parole. Antoine nous raconte comment naviguer avec un « haut potentiel » dans un monde moyen.

Bavarder avec Antoine s’apparente à une expédition aux frontières de l’intelligence ordinaire, une déambulation au pays de la « douance » et des drôles de zigues qui le peuplent. Doté d’un QI hors norme, dont il juge « inutile » de préciser le niveau, ce grand brun au débit mitraillette a été diagnostiqué « haut potentiel » voilà cinq ans. Il avait 32 ans et en a « conçu un vrai soulagement » sur l’air de « Ah, je ne suis pas fou, juste surdoué ! » A trop chercher le pourquoi de son comment, il venait d’être « séché par un burn-out ». « Depuis toujours, j’étais plus grand que le moule mais je m’épuisais à m’y fondre avec brio. » Prépa, école d’ingénieur… Antoine n’affiche pas le CV fracturé de nombre d’enfants précoces. Reste que « jusqu’à la détection de ma particularité, j’étais comme dans un train avec des vitres fermées. Je suis passé à côté de mon propre voyage. Je pensais différemment mais je le taisais de peur de ne plus être aimé. En fait, j’étais seul et décalé à m’en consumer. »

A la ribambelle de sigles (HP pour haut potentiel, HQI pour haut quotient intellectuel…) censés désigner les individus à la comprenette agile, Antoine préfère les métaphores animalières, « plus pertinentes » : « D’aucuns nous comparent à des zèbres pour pointer notre atypisme, d’autres à des albatros car nos ailes de géants nous entravent, ou parfois à des guépards fulgurants mais vulnérables. »

« Je déteste l’ostentation et je me refuse à renvoyer les autres à la banalité de leur structure mentale. »

Poli, ce père de deux enfants s’ingénie à dissimuler son impatience dans les échanges : « Je sais illico où mes interlocuteurs veulent en venir. Dans l’ONG où j’officie, les réunions m’ennuient tant les conclusions m’apparaissent évidentes, mais je déteste l’ostentation et je me refuse à renvoyer les autres à la banalité de leur structure mentale, détaille-t-il sans forfanterie. Dans mon cerveau, les connexions sont plus nombreuses et l’info circule très vite, c’est tout. » Plus vite, plus haut, plus fort. « Je focalise toujours sur plusieurs choses à la fois. Si je partage un apéro avec des copains, les conversations ne me suffisent pas, je vais en même temps cogiter sur le matériau du verre dans lequel nous buvons, la chaîne de fabrication des vêtements du serveur… J’ai cinq niveaux de vigilance simultanés. Maintenant, je sais comment gérer les infos qui m’assaillent. » Et Antoine d’appeler un préfixe à la rescousse : « “hyper”, voilà ce que nous sommes, des “hypers” ! Nos perceptions sont démultipliées. Emotionnellement, nous alternons détresse et optimisme à toute vitesse. Cela aussi, j’ai appris à l’encaisser : quand je me sens très bien, je stocke les bonnes ondes pour éclairer des lendemains plus sombres ».

Antoine assure que « le secret tient au diagnostic et à son acceptation. A nous ensuite de ne pas nous laisser vampiriser par notre bonus intellectuel. Moi, je médite pour m’obliger à ralentir et canaliser mes pensées turbulentes. En France, le concept de la douance [néologisme québécois désignant toute personne dont les capacités intellectuelles dépassent la norme établie, ndlr] a été confisqué par les psychologues qui l’abordent sous le seul angle de la souffrance. Or, l’épanouissement est possible si tu as le mode d’emploi. » Pour en témoigner, Antoine a créé Oh Zé ! – Aux Zèbres heureux, un blog qui relaie les itinéraires zigzagants mais joyeux de ses congénères et qui introduit le « Comment ça va ? » Pour Antoine, ça va bien, merci.

 

Des chiffres

• On est considéré surdoué avec un QI d’au moins 130.
• L’intelligence moyenne se situe entre 90 et 110.
• La fiabilité des tests de QI est estimée 70 %.
• Le QI reste généralement stable toute une vie durant.

 

QI élevé et hypersensibilité : le débat relancé

Anne-Claire Thérizol /

Bienheureux les simples d’esprit, le royaume du bien-être est à eux ! C’est en tout cas ce que semble démontrer une étude réalisée par une équipe de chercheurs californiens qui a développé une théorie appelée « Hyper Brain – Hyper Body ». Cette théorie part du postulat que les personnes ayant un QI élevé ont une perception accrue des mille et un stress auxquels nous sommes exposés et sur-réagissent donc aux sollicitations de leur environnement. Elles pourraient, par exemple, éprouver une vraie souffrance quand leurs oreilles sont exposées à un bruit de fond que d’autres n’entendraient même pas ou atteindre des sommets d’irritation au contact de l’étiquette d’un vêtement. À l’appui de cette théorie, cette équipe de chercheurs a mené, auprès de 3 715 participants issus du Mensa, groupe américain dont les membres ont tous de façon « certifiée » un QI d’au moins 20 % supérieur à la moyenne nationale, une étude basée sur un questionnaire très complet, concernant les ressentis et les habitudes des participants. Selon ses résultats, ces personnes sont très sensiblement plus exposées que la moyenne aux troubles anxieux, au syndrome de déficit de l’attention (TDA/H) mais aussi aux troubles du spectre autistique (TSA).

Mais ce n’est pas tout. Cette sensibilité s’accompagne d’une incidence non négligeable sur leur système immunitaire avec une tendance plus marquée aux allergies, à l’asthme et aux maladies auto-immunes. Le QI élevé pourrait entraîner une sur-réponse émotionnelle et physiologique au stress, mais les auteurs n’excluent pas que l’hypersensibilité puisse être due à d’autres causes. L’auteur principal de cette étude, Ruth Karpinski, affirme en tout cas que ces résultats sont significatifs à plus d’un titre : non seulement ils participent à la recherche sur l’étude de l’intelligence mais ils entrent aussi dans le champ de la psycho-neuro-immunologie, apportant des éléments de réponse sur le questionnement concernant la communication entre cerveau et système immunitaire quand le stress entre en jeu.

« Nos résultats sont parlants parce qu’une proportion significative de ces individus souffre quotidiennement juste du fait de leur hyperexcitabilité émotionnelle et physique ». Reste qu’il ne s’agit « que » de déclaratif, que les auteurs sont en quelque sorte juges et parties et que bien des études sur ce thème se contredisent. Le match ne fait que commencer et l’on n’a pas fini de compter les points !

Karpinski, R. I., Kinase Kolb, et al (2017) ; « Hyper Brain, Hyper Body : The Trouble With High IQ », Neurosciences news.

L’article

L’entreprise et sa machine à café : enfer des autistes « Asperger »

Coline Vazquez et Bruno Lu // le 15 mai 2018 //nouvelobs.com

Impossible de louper Adrien. Cheveux noirs en bataille et doudoune rouge, ce grand mince de 26 ans piétine près du canapé bleu aux coutures défoncées. D’une voix maternelle, Miriam Sarbac le pousse vers nous. « Vas-y, Adrien ! » Il s’anime et nous alpague.

« Vous en avez pour combien de temps ? Parce que dans vingt minutes, j’ai un cours d’échecs ! »

Avec lui, l’heure c’est l’heure. Adrien court après le temps. Il nous déroule si vite son parcours qu’il en mâche ses mots. Mouline des bras, sourire forcé. Tape du poing sur la table en signe de ponctuation.

Entre l’entreprise et lui, on ne peut pas vraiment parler de love story. Il s’y sent « incompris », « pas à sa place » dans un monde qui lui est inconnu. Adrien est ce qu’on appelle un autiste de haut niveau, aussi dit « Asperger ». Un handicap invisible. Rien ne distingue Adrien des autres geeks de son âge. Mais pour lui et ses potes Adnan, Louis ou Guillaume, trouver un job est une grosse galère.

Mark Zuckerberg et Mozart

Ils se retrouvent chaque samedi au cœur de Paris, dans le cocon créé en 2010 par Miriam : l’association Asperger Amitié.

L’autisme est un trouble envahissant du développement qui se traduit par des relations sociales altérées et des centres d’intérêts restreints. La communication verbale est parfois impossible.

Le syndrome d’Asperger, du nom du psychiatre allemand Hans Asperger qui l’a identifié en 1941, se caractérise lui par l’absence de déficit intellectuel. Il arrive que, comme pour Adrien, ce syndrome se combine avec un haut potentiel intellectuel, ou Haut Quotient Intellectuel (HQI). D’où le mythe persistant de l’autiste surdoué, nourri par la pop culture.

Dans les années 1980, le film « Rain Man » de Barry Levinson ou, de nos jours, la popularité de Sheldon Cooper, personnage principal de la série américaine « The Big Bang Theory », en témoignent. Des grands noms — Bill Gates, Mozart ou Mark Zuckerberg — sont aussi brandis en guise de références.

À l’association, les petits génies en ont gros sur le coeur. Pour peu qu’on leur donne la parole, le vieux canapé se transforme vite en divan de consultation.

L’intégration, ça coince

« Je sais réparer trois fois d’affilée une box Internet sans faire venir de technicien », se vante Adrien. Lui a la possibilité de pouvoir travailler « en milieu ordinaire », c’est-à- dire avec les neurotypiques, personnes sans trouble autistique. Mais, mal orienté après un CAP en pâtisserie, il s’est retrouvé à bosser avec « un patron abruti ».

« Ça n’allait pas du tout ! », s’énerve-t- il. La table tremble. « Il manipulait mes horaires, me mettait sous surveillance abusive… » Son licenciement est le premier d’une longue série. Malgré les conseils d’Asperger Amitié, rien n’y fait. Adrien ne trouve pas sa place en entreprise, qu’il associe à des « complications », « complots » ou « méthodes répressives ».

La situation d’Amanda est plus stable. Cette trentenaire à l’air juvénile, cachée derrière de longs cheveux noirs, rate un BTS comptabilité à cause de sa terreur du téléphone. Puis elle écourte une formation de transformation fromagère, parce qu’elle « n’avance pas assez vite ».

Malgré ces échecs, Amanda trouve finalement sa voie. Elle qui voulait « travailler avec les animaux » a été embauchée, en mars 2013, comme technicienne de laboratoire dans un élevage de souris. Un poste réservé aux handicapés décroché par ses propres moyens et l’aide de la psychologue de l’association. Peu loquace, le regard fuyant, on imagine facilement les difficultés d’Amanda. Pas de quoi la décourager : elle s’acharne à « bien faire les choses ».

Pour la plupart des autistes Asperger, trouver un job rime avec angoisse. «Je suis en recherche d’emploi depuis près de quatre ans», soupire Ansoirdine, 28 ans. Ce roi du classement de dossiers et des tableurs a pourtant une bonne expérience du monde du travail. Dans son ancienne boîte, avant la liquidation, « tout le monde était bienveillant ». Mais depuis, vide complet. « Dans la journée, je m’ennuie. »

Il multiplie les activités : judo, tir à l’arc, peinture. Ansoirdine voudrait faire de la mise en rayon dans une grande surface. Mais rien. Aucune opportunité ne s’offre à lui. « Je n’ai pas de piste. »

La machine à café

Les associations recensent entre 100 000 et 400 000 autistes Asperger en France, tous différents. Mais le folklore du petit génie demeure. Parmi eux, combien travaillent ? Pour Elaine Hardiman- Taveau, présidente de l’association Asperger Aide France : « Très peu. Il y en a certainement beaucoup qui sont sans-abris ou enfermés chez eux. »

Pourtant, dans leur domaine de compétence, spécifique à chacun, ils peuvent être « plus forts que les autres ». Une valeur que peu d’employeurs savent reconnaître derrière les difficultés sociales.

« Les autistes Asperger n’arrivent pas à traduire ce qui est implicite et abstrait, poursuit Elaine Hardiman-Taveau. L’implicite, c’est ce qui dicte notre manière de se comporter avec la personne en face – en fonction de son sexe, de son âge, de son accent… Sans qu’on s’en rende compte, il y a un petit package qui oriente la conduite vis-à- vis de la personne. »

Les stratégies à mettre en place sont compliquées. Surtout dans l’entreprise, lieu de représentation sociale par excellence. « Les Asperger sont des aveugles sociaux », tranche-t- elle.

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