Il a passé plus de 30 ans de sa vie sans être au courant de sa douance

Benoît Philie // Agence QMI // 

Au lieu de jouer avec des blocs Lego et des figurines de Batman, Vincent Carrier programmait des ordinateurs à l’âge de 9 ans.

Bien qu’il se soit toujours trouvé différent des autres, le trentenaire vient tout juste d’apprendre qu’il est doué.

«Quand j’étais jeune, je suppliais mon père, qui est informaticien, pour qu’il me montre à programmer. Il me disait : tu ne vas pas comprendre… Alors j’ai piqué ses livres en anglais, que je comprenais très peu, et j’ai appris par moi-même», se souvient M. Carrier.

Celui-ci a appris il y a quelques mois à peine qu’il faisait partie du 2 % de la population avec un quotient intellectuel de plus de 130, la moyenne étant de 100. C’est un «surdoué», selon le diagnostic d’un psychologue.

Dîner Mensa

Le Journal l’a rencontré lors d’un dîner Mensa, un organisme mondial qui rassemble des gens avec de fortes capacités intellectuelles. Ils étaient près d’une dizaine de doués à casser la croûte au restaurant Ruben’s dans le centre-ville.

Plusieurs d’entre eux étaient discrets et peu ouverts à participer à une entrevue. D’autres ont refusé de parler ouvertement de leur douance, comme s’il s’agissait d’un sujet tabou.

Un homme d’une soixantaine d’années qui préfère taire son nom a dit avoir beaucoup de difficultés à entrer en contact avec les autres. «Je me sens surtout incompris, lance-t-il. Mais ici, je me sens bien. Nous avons le même sens de l’humour et on peut parler de n’importe quel sujet.»

Vincent Carrier ne voyait aucun inconvénient à partager ce qui se passe dans sa tête, même s’il considère que l’intelligence est un sujet qui attise les susceptibilités au Québec.

«Ça a des avantages d’être doué… je suis bon en résolution de problèmes, je comprends vite, je suis curieux et sensible, mais je suis aussi très anxieux. J’analyse tout et je vois toujours loin», admet-il.

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Une journée dans la tête d’un surdoué inépuisable

Benoît Philie // Agence QMI //

Guillaume Morrissette vient de finir d’écrire son septième roman policier en autant d’années. Il trouve aussi le temps d’enseigner les mathématiques financières à l’université, de faire de la médiation pour les couples en cours de divorce, de gratter la guitare, de faire de la comptabilité, et même… de passer du temps en famille et de voyager.

Le grand gaillard de 42 ans est un véritable touche-à-tout et son horaire est parfois «infernal», admet-il, mais il adore sa vie et ses métiers. Il se décrit lui-même comme un «polymathe», une personne qui maîtrise de nombreuses connaissances de manière approfondie.

«Il faudrait que je vive au moins 20 000 ans pour faire tout ce que je voudrais faire», lance d’emblée l’écrivain trifluvien.

C’est pourquoi il n’écoute jamais la télévision. «Jamais. Je récupère de 12 à 14 h par semaine comme ça. C’est le temps que les gens perdent en moyenne devant l’écran», dit-il.

Guillaume Morrissette fait partie du 2 % de la population considérée comme étant surdouée. Son cerveau fonctionne à mille à l’heure, dit-il. Et sans action, il s’ennuie vite.

«Aujourd’hui, je fais plein de choses différentes, parce que j’aime ça. Je m’intéresse à tout, il n’y a pas de limites à ce que je peux faire. J’ai le privilège de pouvoir apprendre tout ce que je veux si j’ai envie de le faire et de l’expliquer aux autres ensuite. C’est mon don dans la vie», dit-il, avec conviction.

Comme les autres

Dans la foule, il ressemble à une personne comme les autres. Il sacre, fait des blagues, bref, il est «cool». Mais, il suffit de passer quelques heures avec lui pour constater son intensité et son amour pour le partage des connaissances.

Que ce soit les techniques de base pour apprivoiser le fameux cube Rubik, l’histoire derrière le créateur du prix Nobel et inventeur de la dynamite, Alfred Nobel, ou encore la provenance de ses deux chats rex cornish «hypoallergènes», qui suivent leur maître partout, un peu comme des chiens… rien ne semble lui échapper.

Il transforme n’importe quel sujet en quelque chose d’unique qui mérite une attention particulière. Et ses passions, il sait comment les transmettre aux autres.

L’enseignant

Jeudi matin. Guillaume Morrissette enfile son costume de chargé de cours, comme il le fait deux à trois fois par semaine depuis qu’il a terminé sa maîtrise en administration à l’Université de Sherbrooke, au début des années 2000.

Aujourd’hui, il enseigne les mathématiques financières au campus de Drummondville de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Un domaine qui le passionne, mais qui peut être lourd pour monsieur et madame tout le monde.

«J’ai tellement eu un prof plate dans cette matière-là quand j’étudiais que j’ai décidé de rendre ça intéressant. J’enseigne les maths d’une manière particulière, avec des dessins. Tu vas voir, mon cours c’est comme une secte», dit-il, imposant dès lors le suspense.

Quelques minutes avant d’entrer en classe, il reçoit un message d’une étudiante sur son téléphone. Elle ne pourra assister au cours et s’inquiète, car le prochain examen approche à grands pas.

«Donne-moi une minute, je vais l’appeler. Ça va la rassurer. Je suis ce genre de prof là», dit-il en posant son téléphone sur son oreille.

Il reçoit ensuite un appel d’un avocat avec qui il fait affaire pour des contrats de médiation dans des causes de divorce. Cette fois-ci, le couple vaut plusieurs millions de dollars. M. Morrissette est celui qui calcule la manière dont la fortune doit être divisée entre les amoureux déchus.

Midi. C’est l’heure du cours.

Malgré les nombreuses formules mathématiques inscrites au tableau, les étudiants sont captivés par le prof qui mêle avec aisance les chiffres et l’humour depuis le début de son cours.

La matière défile vite.

Une étudiante lève la main : «c’est peut-être parce que je ne suis pas intelligente, mais je pense que je ne comprends pas», dit-elle.

Le prof rétorque aussitôt : «qu’est-ce que vous avez votre génération à toujours commencer par dire : je suis peut-être con de ne pas comprendre, mais… Vous avez le droit de ne pas comprendre!» lance-t-il, en voyant le visage incrédule de plusieurs étudiants devant le problème au tableau.

Devant les jeunes, Morrissette est dans son élément. Il les fait rire sans arrêt. Pourtant, la matière, elle, n’a rien de drôle.

Le prof a été désigné comme chargé de cours de l’année à l’UQTR en 2013. Un hommage qu’il doit aux étudiants.

«Mais certains de mes collègues plus traditionnels ne sont pas toujours d’accord avec mes méthodes pédagogiques, disons», explique-t-il.

La douance

Jeune, M. Morrissette réussissait bien à l’école et avait une facilité particulière pour l’apprentissage. «J’étais le p’tit vite», dit-il. Il a été envoyé en première année après quelques mois à la maternelle.

Encore là, le rythme était trop lent pour lui et pour contrer l’ennui quotidien, il dérangeait pendant les cours parce qu’il «s’emmerdait».

«Si tu rentres dans une classe de première année et que tu dis aux élèves : aujourd’hui, on apprend dans quelle ville on reste. Ben moi, tu me perds complètement. Je le sais depuis longtemps dans quelle ville je reste. Parle-moi d’autres choses. Et là, on me disait : Guillaume tu déranges», se souvient-il.

Ce n’est qu’en rentrant au secondaire qu’un enseignant lui a suggéré d’aller passer un test de douance. L’enseignant avait vu juste.

M. Morrissette a alors compris pourquoi il n’en avait jamais assez d’apprendre, mais aussi de partager ses connaissances, au risque d’ennuyer ses pairs.

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Un parcours tumultueux parce qu’elle était douée

Benoît Philie // Agence QMI //

Brillante et passionnée, mais longtemps incapable de conserver ses emplois et de se sentir bien parmi les autres dans le monde professionnel… Émilie Rouaud a passé des années à se demander ce qui n’allait pas avec elle. Jusqu’au jour où elle a appris qu’elle était douée et a décidé d’aider ses jeunes semblables.

«Il y a vraiment eu trois, quatre ans au début de ma vingtaine où tout piquait… Je me demandais : qu’est-ce que je ne fais pas correctement ? Qu’est-ce que je ne comprends pas? Puis, un jour, j’ai découvert la douance, et c’est devenu ma passion», évoque la Française de 28 ans.

Le Journal de Montréal racontait samedi l’histoire de deux jeunes doués au parcours scolaire en dents de scie qui ne trouvent pas leur compte sur les bancs d’école.

Toute jeune, Mme Rouaud était elle aussi plus rapide que les autres et s’ennuyait en classe. Elle a appris à lire et à écrire plus vite que les camarades de son âge et a dû sauter la sixième année, car elle n’apprenait pas à faire d’efforts.

En 2006, dès l’âge de 16 ans, elle est venue au Québec pour faire un baccalauréat en études internationales à l’Université de Montréal (UdeM).

«Je me disais que j’étais simplement en avance. Pour moi, c’était normal et jusque-là, tout allait bien», se souvient la jeune femme.

Une catastrophe

Puis, début vingtaine, elle a décidé de rentrer en France pour travailler.

«Ça a été la catastrophe. Je ne savais plus quoi faire de ma vie, je ne savais plus qui j’étais et ce que je voulais. Dans mon pays, le système est très hiérarchique et ça ne fonctionnait pas avec moi. Je me sentais comme un ovni», dit-elle.

Elle est passée d’un emploi à l’autre, en communication, en restauration, en immobilier et a aussi tenté un retour aux études. Chaque fois, elle se butait à des difficultés.

«Je sentais toujours que je n’étais pas à ma place et que quelque chose n’allait pas, soit avec les patrons, les collègues ou l’environnement de travail», ajoute Mme Rouaud.

Elle avait beaucoup de mal à accepter l’ordre établi, surtout lorsque les choses étaient faites de manières inefficaces à ses yeux, comme les horaires de travail.

Puis, un jour, sa mère lui a offert le livre Différence et souffrance de l’adulte surdoué, de l’auteure Cécile Bost.

«Je me suis sentie concernée et j’ai commencé à me dire que c’était peut-être moi le problème, mais je n’ai pas été plus loin», dit-elle.

En 2014, elle a décroché un emploi dans un camp d’été pour enfants doués en France, sans trop savoir où cela la mènerait.

«Ç’a été la plus belle expérience de ma vie. Tout à coup, j’étais dans mon élément, j’aimais tout le monde, il y avait une reconnaissance immédiate avec les enfants doués… je les trouve passionnants, intéressants, profonds et authentiques», assure-t-elle avec enthousiasme.

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Le syndrome d’Asperger : un trouble plus difficile à déceler chez les femmes

femmes-medecins.com// Alexandra CAPUANO//20/01/2018

Le syndrome d’Asperger reste un sujet méconnu. Ce trouble du spectre autistique (TSA) n’empêche pas de mener une vie sociale mais peut beaucoup la compliquer. Les femmes atteintes passant plus facilement « sous le radar » que les hommes, elles sont diagnostiquées tardivement. Quels signes pourraient vous mettre la puce à l’oreille ?

« Quand j’ai appris que j’avais le syndrome d’Asperger, ou SA, tout s’est assemblé d’un coup dans ma tête, comme un immense puzzle », témoigne Elodie, 37 ans, diagnostiquée en mai 2016 après plusieurs années d’errance et de questionnements. « Enfin, j’ai pu mettre un mot sur des maux que je ressentais depuis ma jeunesse : ma maladresse verbale et physique en société, ma propension à interpréter les choses au pied de la lettre… Tout prenait un sens ! ». Situé à une extrémité du spectre des troubles autistiques (TSA), le syndrome d’Asperger en demeure le « parent pauvre ». D’ailleurs, il n’est reconnu par l’OMS que depuis les années 90 alors que l’autisme « classique » l’est depuis les années 40. Contrairement à d’autres formes de TSA, ce syndrome ne s’accompagne pas d’un retard intellectuel : au contraire, « il touche des personnes avec un niveau intellectuel normal, voire supérieur à la moyenne », précise le Dr Valérie Chapaux, médecin généraliste en Belgique et atteinte de ce trouble. Le SA n’empêche pas non plus les « Aspies », comme ces personnes se désignent entre elles, de mener une vie en apparence normale. C’est particulièrement vrai pour les femmes : certaines sont mariées, mères de famille, ont un travail, conduisent… et pourtant se sentent différentes, « décalées », depuis leur enfance. Elles vivent alors l’annonce de leur trouble, généralement diagnostiqué après la trentaine, comme un soulagement, une délivrance. « Je me croyais folle, ou dépressive, avant d’apprendre que je suis tout simplement Aspie », sourit Elodie.

Les femmes Asperger, des caméléons sociaux

Si les hommes Asperger sont généralement diagnostiqués assez tôt, il en va autrement chez les femmes. La raison en est essentiellement sociale : les filles apprennent très tôt ce que la société pose comme étant acceptable ou non et sont plus douées pour imiter les comportements de leurs congénères. Elles ont également plus tendance que les garçons à intérioriser, voire dissimuler, leurs troubles sensoriels. « Au travail, pour ne pas entendre le brouhaha ambiant, j’écoute du bruit rose au casque. Mes collègues croient que je suis une mélomane, je ne les détrompe pas », témoigne Sophie, diagnostiquée à 27 ans. « Les femmes TSA ont une façon d’exprimer leurs troubles plus légère, plus fine, que les hommes », précise Alexandra Raynaud*, diagnostiquée SA à l’âge de 32 ans. « Il faut un oeil plus affûté pour les repérer. Elles sont plus sensibles à répondre à une attente sociétale et à se fondre dans la masse. On passe aussi à côté parce que ce syndrome a toujours été détaillé à partir d’exemples masculins. Et enfin parce qu’en France, on a encore de l’autisme une vision psychanalytique ! Or c’est un trouble neurobiologique, pas une maladie mentale. » La France s’est dotée de centres de ressources sur l’autisme (CRA). Leur mission : diagnostiquer un TSA chez des personnes potentiellement atteintes ou leurs enfants. Mais la démarche est basée sur le volontariat des patients et l’obtention d’un rendez-vous est très longue. « Il m’a fallu attendre quasiment trois ans pour que mon diagnostic soit posé ! J’ai eu l’impression que cela durerait éternellement », se souvient Alexandra Reynaud.

Épuisement, dépression : des arbres qui cachent la forêt

Même pour celles qui se sont le mieux adaptées aux normes sociales, le malaise reste profond. « Plus on avance en âge et plus les exigences sont importantes », raconte Julie Dachez sur son blog**. « Dans le monde du travail, il faut être en interaction avec les autres, savoir communiquer, être visible, réseauter… Tout ce dont on a besoin dans cette société pour réussir, c’est ce qu’on n’a pas, c’est notre point faible. » En résultent des difficultés relationnelles répétées, une évolution atypique ou inexistante, la nécessité de changer souvent de travail dans l’espoir que « ça ira mieux ailleurs », mais aussi une grande fatigabilité. « Un trouble relationnel peut ainsi rester caché longtemps, d’autant que les femmes Asperger trouvent souvent des aménagements provisoires à leurs difficultés, tant relationnelles que sensorielles », précise le Dr Chapaux. « Cependant, cette compensation avec les moyens du bord est coûteuse en énergie car elle requiert de se contrôler, ce qui a ses limites. » Elodie confirme : « C’est épuisant de faire comme si de rien n’était : quand je dois aller à un dîner, par exemple, je sais qu’une fois rentrée, pour me recharger en énergie, il me faudra au moins autant de temps au calme, allongée dans mon lit, chambre noire, boules Quiès dans les oreilles, que celui que j’aurai consacré à socialiser durant la soirée. »
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Ils sont trop intelligents pour l’école régulière

journaldemontreal.com// Benoît Philie//20 janvier 2018

Ils ont appris à lire, compter et écrire avant même d’entrer à la maternelle et enchaînent les projets. Pourtant, plusieurs enfants surdoués sont mis de côté sur les bancs d’école au Québec et leurs parents sont à bout de ressources pour les aider.

« Pour ceux qui disent que je suis chanceuse… eh bien, ils ne savent pas c’est quoi », assure Marie-Claude Nantel, la maman de Manolo Poirier-Nantel, 10 ans.

« Je suis moi-même éducatrice spécialisée, et je suis à bout de ressources pour lui, j’ai besoin d’aide. Et de l’aide lorsqu’on a un enfant haut potentiel… eh bien, il n’y en a pas », explique Mme Nantel, qui habite sur la Rive-Sud de Montréal.

Au Québec, plus de 20 000 jeunes seraient considérés comme étant doués.

Le Journal a rencontré des enfants et des adultes qui ont reçu ce diagnostic afin de dresser le portrait de la situation au Québec, où il n’existe pas de politique éducative spécifique à la douance.

Anxiété

La mère de Manolo a compris très tôt que son fils n’était pas comme les autres. « À la garderie, les employées me disaient qu’il comprenait plus vite que ses amis et qu’il s’ennuyait. »

« À la maternelle, pour son premier projet, il a écrit une petite histoire. Je ne savais même pas qu’il pouvait écrire », raconte Mme Nantel, en lançant un sourire à son garçon, assis à ses côtés.

Mais très vite, Manolo est devenu anxieux à l’idée d’aller à l’école et il a dû changer d’établissement à plusieurs reprises.

C’est aussi le cas de Fabrice Déry, 13 ans, de Saguenay, qui, malgré ses connaissances et ses intérêts variés, a dû être retiré de l’école à quelques reprises afin de faire ses classes à la maison.

Extrêmement brillants, mais hypersensibles, ces enfants n’entrent pas dans le moule de l’école « normale ».

« Dans les sports, aussitôt qu’une personne se démarque, on lui offre la possibilité de progresser à son rythme. Dans les arts, c’est pareil. On veut en faire des virtuoses. Mais au niveau intellectuel, on force tous les enfants à faire la même chose. C’est une énorme erreur et une perte de potentiel pour la société », déplore le psychologue à la retraite Françoys Gagné.

Selon la psychologue spécialisée en douance Marianne Bélanger, la très grande majorité des enseignants, médecins et psychologues ne sont d’ailleurs pas au fait des connaissances scientifiques en douance et n’ont pas été formés pour les dépister et les évaluer.

« Jusqu’à ce jour, la plupart des jeunes doués ont donc été oubliés », estime Mme Bélanger, qui a aussi fondé l’Association québécoise de la douance.

Le Québec se tire dans le pied en privant ses élèves surdoués d’avoir accès à des programmes scolaires accélérés et adaptés à leurs besoins, disent des experts qui déplorent que l’intelligence soit un sujet aussi tabou dans la province.

« On a tendance à vouloir aider ceux qui tirent le plus de la patte, ce qui est tout à fait normal, mais on oublie l’autre extrême. Les surdoués ont aussi de grands besoins et le système scolaire conçu pour tous ne leur convient pas », déplore Sylvie Régnier, présidente de Haut potentiel Québec, un organisme créé en 2012 et voué à sensibiliser les Québécois à la douance.

Elle estime que l’intelligence est un sujet qui fait peur aux Québécois. Un avis partagé par Huguette Lamontagne, membre du regroupement de personnes surdouées Mensa Canada. « C’est comme si ce n’était pas une bonne chose de dégager la masse, surtout intellectuellement », explique la dame, qui est elle-même surdouée.

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Surdouée, moi ?

1 décembre 2017//Claire-Marie Germain// FéminiBio

Au-delà de 135 de QI, on entre dans un autre monde, celui des gens avec une petite étincelle en plus. Nous les avons rencontrés pour comprendre leurs interrogations et leur parcours de vie dans une société qui ne reconnaît que trop peu leur différence.

Je suis une cancre. C’est ainsi que Lisa se présente, le sourire aux lèvres. J’ai toujours été nulle en cours, je trichais pour me maintenir à niveau. » Cinquante ans plus tard, cette ancienne dyslexique semble apaisée, mais son combat contre le système scolaire a laissé des traces.
« J’étais enthousiaste, pleine d’énergie et j’avais envie d’apprendre. On ne m’a pas du tout accompagnée, ça a sapé ma confiance en moi. » Lisa n’a jamais passé son bac et a longtemps été hantée par ses échecs académiques. « Dans mes rêves, je revivais mon exclusion de l’école, en troisième. »

D’un geste, elle avale quelques gouttes de café et tend son visage au soleil. La vie aurait pu moins bien tourner pour cette cinquantenaire, maman de deux garçons et propriétaire d’une maison en banlieue parisienne. Mais elle s’est battue pour s’en sortir. « Je savais qu’il y avait quelque chose en moi, même si je faisais des fautes d’orthographe, même si les professeurs ne me comprenaient pas. »

L’intuition de Lisa ne l’a pas trompée. Entrée par la petite porte dans le milieu du journalisme scientifique, elle s’intéresse aux troubles de l’apprentissage et découvre qu’elle est surdouée. « J’assistais à un colloque sur les enfants à haut potentiel. Je me suis mise à pleurer. C’était mon histoire. »

Un manque de confiance en soi

De nombreux adultes surdoués étaient considérés par leurs professeurs comme de mauvais élèves. Leurs difficultés d’apprentissage ont fini par détruire leur confiance en eux. « Ils avaient une réflexion originale et complexe, mais qui ne respectait pas les cadres donnés par l’école. Alors on leur a dit qu’ils étaient nuls. Et ils l’ont cru », soupire Monique de Kermadec, psychologue spécialisée dans la douance. D’autres étaient premiers de la classe, favoris du professeur. Mais ils n’avaient aucun ami. « Les surdoués qui s’ignorent n’arrivent pas à comprendre que l’autre ne réfléchit pas comme eux. Ils peuvent se montrer impatients et agacer par leur tendance à avoir toujours raison. »

Ce décalage se poursuit jusqu’à l’âge adulte, où certaines personnes à haut potentiel ont du mal à s’intégrer dans le monde du travail. « Difficile d’accepter ce collègue qui a réponse à tout et dont la créativité renvoie chacun à ses propres limites intellectuelles », poursuit la psychologue. Isolés, les surdoués remettent en question leur différence dont ils ignorent qu’elle peut être une force.

Dans son cabinet parisien, Monique de Kermadec reçoit les adultes qui s’interrogent sur leur douance. Un premier pas parfois compliqué, car il nécessite une certaine dose de confiance en soi. Beaucoup se doutent que l’origine de leurs problèmes est leur intelligence hors du commun. « Mais pour un dernier de la classe, le seul fait de se poser la question du ‘surdouement’ est une aberration. Les surdoués s’autocensurent presque automatiquement, par peur de passer pour prétentieux. Certains me racontent qu’ils n’osent pas acheter mes ouvrages sur le sujet car le regard de la caissière les mettrait mal à l’aise ! »

Le « surdouement » ne peut être réduit à un nombre

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La douance reste méconnue d’une grande majorité de professionnels de la santé et de l’éducation

/lecourrierdusud.ca

La douance reste méconnue d’une grande majorité de professionnels de la santé et de l’éducation
De jeunes doués en compagnie de professionnels de la santé et de l’éducation le 14 novembre à Brossard.
ÉVÉNEMENT. Des professionnels de la santé et de l’éducation se sont massés le 14 novembre à l’hôtel ALT du Quartier DIX30 afin d’assister à la toute première conférence de l’Association québécoise pour la douance (AQD), où spécialistes et avertis sensibilisaient à la réalité des enfants à haut potentiel.

Les 200 billets pour l’événement se seront écoulés en moins de 48 heures. Pour l’une des seules psychologues québécoises expertes en douance, Dre Marianne Bélanger, cet élan est le signe que les mentalités évoluent sur cette question longtemps écartée des réflexions de société.

La fondatrice d’AQD, qui regroupe différents professionnels intéressés par la douance, a d’ailleurs annoncé que cette rencontre marquerait le début d’une vague de sensibilisation auprès de la population sur la précocité intellectuelle et ses enjeux. Le but: pallier le manque de ressources et d’expertise au Québec.

 

L’écueil du mauvais diagnostic

Le désert de connaissance est tel que la majorité des cas d’enfants à haut potentiel ne sont pas diagnostiqués. Selon Dre Bélanger, 25% de ces enfants doués sont diagnostiqués TDAH et prennent des médicaments non adaptés à leur cas. Et comme la douance est «loin d’être une simple histoire de quotient intellectuel (QI), car ce dernier ne rendrait compte que de 40% des aptitudes de douance intellectuelle», plusieurs enfants passent sous le radar.

«La douance est loin de n’être qu’une histoire de quotient intellectuel (QI). Le QI ne rendrait compte que de 40% des aptitudes de douance intellectuelle.» – Dre Bélanger

«La douance est un beau cadeau de la vie, a introduit la présidente de l’Ordre des psychologues, Dre Christine Grou, en début de conférence. Mais pour ce faire, il faut s’adresser à cet aspect avec toute l’attention que cela mérite. Il y a malheureusement une véritable absence de considération pour la douance dans les diagnostics. Beaucoup de ces enfants se retrouvent marginalisés, seuls et en détresse. Ce sont aux structures et aux professionnels de proposer des arrangements et de s’adapter pour apporter des solutions», a-t-elle lancé.

Des professionnels non formés

La grande majorité des professionnels ne sont pas formés pour dépister, évaluer et répondre aux besoins de ces individus.

«Lorsque j’explique mon intérêt pour la douance, je dois le faire en mettant en avant les faits biochimiques pour capter leurs attentions. La plupart du temps, les regards sont incrédules et les sourcils se froncent, mais je crois qu’au fond cela intéresse…» – Dre Jolène Sarrazin, médecin.

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