Les femmes autistes sous diagnostiquées ? « Ça vient d’abord de notre éducation »

Marie Campistron//tempsreel.nouvelobs.com/3 août 2017
Les statistiques l’ont toujours montré : les hommes seraient davantage touchés par l’autisme que les femmes. Le ratio généralement admis serait de trois hommes pour une femme. On parle également de neuf garçons pour une fille, chez les autistes dit de haut niveau, avec une intelligence supérieure à la moyenne. Une prédominance masculine qui intrigue les scientifiques.A l’heure où le gouvernement et les associations préparent le quatrième plan autisme, le sujet revient sur la table. Plusieurs études anglo-saxonnes dont l’une des plus récentes provenant du Centre américain pour les informations biotechnologiques (NCBI), affirment que l’autisme chez les filles serait tout simplement sous-diagnostiqué. Au prix parfois de gros efforts, elles auraient tendance à camoufler leurs symptômes autistiques. Une hypothèse également défendue par l’Association francophone des femmes autistes (AFFA).

« On n’est pas dans la société, mais à côté »

Contactée par « l’Obs », Marie Rabatel, présidente de l’AFFA et elle-même autiste Asperger, explique : »L’autisme féminin et masculin ne s’expriment pas de la même manière. Cela vient d’abord de notre éducation. Les petits garçons vont pouvoir courir, faire du bruit quand les petites filles, elles, vont devoir se tenir sagement. »En masquant leurs difficultés de communication, les femmes parviendraient, beaucoup plus que les garçons, à imiter le comportement que la société attend d’elles. Et comme les signes d’autisme sont moins flagrants aux yeux des médecins, de la famille et des amis, elles passent ainsi entre les mailles du test. Marie Rabatel résume :
« Prenez un groupe de personnes, quelqu’un va faire une blague. La personne autiste ne va pas forcément comprendre le sous-entendu mais va rire avec tout le monde. Elle imite les autres. Elle n’est pas dans la société, mais à côté. »Pourtant, si elles présentent moins d’agitation physique que les garçons autistes, les filles souffriraient plus souvent de troubles anxieux.

Des stéréotypes persistants

Autre point qui pourrait fausser le diagnostic : les centres d’intérêts mal considérés par les spécialistes. L’autisme se caractérise notamment par des difficultés sociales, une hypersensibilité mais aussi parfois par des passions spécifiques. Celles des filles, plus ordinaires, attireraient moins l’intention, comme l’explique à « l’Obs » Véronique Goussé, psychologue spécialiste de l’autisme.
« On a encore beaucoup de stéréotypes. Qu’une fille, s’intéresse aux animaux ou à la psychologie ne va pas surprendre. Ce sont des activités culturellement plus valorisées par la société pour elles. A l’inverse, un garçon passionné par l’informatique ou l’astronomie peut paraître comme ‘bizarre' ».

Historiquement, l’autisme a d’abord été considéré comme un trouble ne touchant que très rarement le sexe féminin. Une fausse idée, issue de l’étude pionnière menée en 1943 par le psychiatre Leo Kanner qui l’a décrite le premier. Celle-ci a été renforcée par l’approche psychanalytique qui a longtemps prévalu, comme l’indiquait chez Slate, Fabienne Cazalis, neuroscientifique.

« Elles se croient folles »

C’est donc sur une population de garçons que se sont construits les critères définissant les symptômes autistiques. Plus tard, les recherches scientifiques dans l’étude de l’autisme ont été menées sur des groupes d’enfants de sexe masculin. Ce qui a pu réduire les chances de définir et reconnaître les manifestations de l’autisme chez les filles.Aujourd’hui elles seraient nombreuses à découvrir ce trouble du développement sur le tard. Ce qui n’est pas sans conséquence sur leur vie professionnelle comme personnelle. « Le risque c’est ce sentiment de culpabilité », juge Véronique Goussé.
« Elles n’arrivent pas à s’insérer dans la société et se croient folles. Ces personnes ont de très bonnes capacités mais n’arrivent pas à avancer. Beaucoup ne comprennent pas cette situation et peuvent tomber en dépression. »

Pour Marie Rabatel, les risques peuvent être encore plus graves, comme celui « d’être victimes d’abus sexuels ». Une question que la présidente de l’association a soulevé en juillet dernier à l’Elysée lors du lancement du quatrième plan autisme.

« On a le sentiment d’être compris »

Poser des mots sur le trouble de l’autisme peut s’avérer rassurant. « On a le sentiment d’être compris », souligne Véronique Goussé qui voit défiler dans son cabinet des patientes « rassurées de le savoir ». Le diagnostic doit donc s’établir le plus tôt possible.Mais les délais d’attente peuvent être pour le moins décourageants, comme le déplore la psychologue :
« En France, on peut attendre plus d’un an pour avoir son premier rendez-vous. C’est interminable. Du coup, certains vont même consulter en Belgique. »

Paradoxe de la situation : selon la spécialiste, beaucoup de femmes se croyant autistes auraient une vision erronée d’elles-mêmes. Véronique Goussé voit passer dans son cabinet des jeunes femmes « persuadées d’avoir le syndrome d’Asperger » [forme d’autisme NDLR] alors qu’elles n’ont rien ». La faute, selon elle, à une mauvaise représentation de ce trouble dans les médias ou la culture populaire. Car l’autisme ne se résume pas aux problèmes relationnels, rappelle-t-elle.Je suis Asperger: ni singe savant, ni « débile mental », je m’en suis sorti. Et j’en ai bavé
Ce qui pourrait changer les choses ? « D’abord avoir simplement une meilleure connaissance de l’autisme« , explique Marie Rabatel pour qui la France reste encore terriblement en retard sur le sujet. Et pourquoi pas s’inspirer des pratiques menées à l’étranger : « Les Etats-Unis commencent eux, à modifier leurs tests de diagnostics. »Et de conclure : « Les chercheurs ont bien conscience que les petites filles et les petits garçons ne sont pas pareils… Au moins de par leur éducation. »

Marie Campistron

Pourquoi les surdoués peuvent-ils se sentir malheureux ?

Clara Crochemore//mariefrance.fr//28 juillet 2017

Il n’est pas rare de trouver des personnes surdouées souffrant d’un véritable mal-être. Pourquoi est-ce que de nombreux surdoués se disent malheureux et comment y remédier ? La réponse de Monique de Kermadec, psychologue et psychanalyste.

La question peut surprendre… On pourrait penser qu’ayant un QI au-dessus de la moyenne, une personne surdouée a plus de facilité et que tout lui arrive plus simplement, sans avoir à traverser d’épreuves. Pourtant, comme le souligne Monique de Kermadec, spécialiste sur les questions de douance, on constate qu’un grand nombre d’adultes surdoués sont en souffrance. Un haut potentiel peut ressentir un mal-être et ce, même en réussissant sans la moindre barrière sur son chemin et en paraissant tout à fait heureux. Mais alors, quelle est la cause de cette souffrance ?

Des difficultés à trouver sa place

A l’origine de ce mal-être présent chez bon nombre de surdoué, on retrouve en fait la difficulté à trouver sa place. Un surdoué, qu’il soit un homme, une femme ou un enfant, a tendance à rechercher dans ses relations une intensité, une profondeur de la relation que l’autre n’est pas toujours à même de donner. Selon Monique de Kermadec, on ne peut toutefois pas conclure qu’un haut potentiel est malheureux à cause de son QI plus élevé que la moyenne. Le QI a plutôt un impact sur la manière dont une personne voit le monde et entre en relation avec lui. Et la manière dont on appréhende le monde peut rendre les relations amoureuses et amicales très simples comme elle peut les rendre très compliquées. Dans ce cas, la personne peut se mettre en retrait, s’isoler et connaître une solitude particulièrement difficile à vivre qui mérite de consulter un spécialiste. Il ne faut surtout pas accepter cette souffrance comme une fatalité, il est tout à fait possible d’être aidé par un psychologue ou un spécialiste pour démonter les causes de cette souffrance qui ne sont pas universelles. Chaque être est unique, il n’y a pas deux personnes surdouées qui soient exactement pareilles ! Comme l’explique Monique de Kermadec, comprendre les causes de sa propre souffrance est fondamentale, ceci est possible et elle peut être dépassée.

 

Les talents surdoués, des potentiels pour l’innovation digitale et la transformation des rapports humains

Publié le 22 septembre 2016: Carrière & Leadership

Souvent, tout se déroule pour le mieux pour un talent surdoué et son équipe lors de ses premiers mois ou même lors de ses premières années au sein d’une organisation. Et il se passe quelque chose. Il propose une idée, une autre manière de voir les enjeux. Cela fait plus ou moins de bruit. En tant que DRH ou dirigeant, vous en entendez parler comme d’un malentendu, vite résolu parfois, et tout rentre dans l’ordre. Une innovation majeure a été évitée de justesse !

Une innovation majeure a été évitée de justesse !

Même le talent atypique peut l’avoir oubliée et garde simplement au fond de lui une frustration, quelques chose de pas fini, l’impression d’une aventure manquée pour ses équipes.

Et parfois, dans les bureaux de la tour d’en face, chez le concurrent, l’innovation est là, immatérielle, insaisissable, elle habite son Big Data, ses logiciels, voir la manière que les collaborateurs ont d’interagir entre eux. Cela ne se voit pas, ce n’est pas encore dans les chiffres. Et pourtant ici, dans ces locaux mêmes, on se trompe, on se perd, et on ne le sait pas.

On se trompe, non pour la simple raison que l’on aurait pas écouté un seul talent, mais parce que le manque d’écoute de ce talent est symptomatique d’un manque d’écoute des idées innovantes. C’est là que cela fait sens de parler de la douance et c’est pour cela que ce sujet nous concerne tous.

Le surdoué est un détecteur sensible des enjeux de fond de son organisation. Ce que tout un chacun vit intérieurement, son hypersensibilité l’amène à l’extérioriser, à crier, malgré lui, les vérités qui dérangent et auxquelles il faudra un jour se confronter !

> Ainsi, à un moment clé, au sein d’une organisation, le talent surdoué va proposer une innovation majeure qui va vous glisser entre les doigts, pourquoi ?

Les talents surdoués (Cf. annexe – b), à leur poste, ressentent les incohérences dans les processus comme dans les rapports humains avec une grande intensité. Et beaucoup de leurs histoires se rejoignent sur un point : à un moment donné, ils vont difficilement résister à proposer des solutions neuves et efficientes à des problèmes apparemment insolubles. Désintéressés des jeux politiques qui traversent leur structure, focalisés sur leur besoin d’innover, seuls ou avec une équipe motivée, ils sont très vite tentés de créer une plateforme collaborative ultra-efficiente, un logiciel d’automatisation de tout un service simplement basé sur Excel, une nouvelle organisation, ou tout autre approche qui rend le travail plus cohérent, plus élégant, plus humain, plus performant.

L’histoire du fichier Excel qui aurait rapporté 10 M€ et que le Comex ne verra jamais

Les managers me rapportent très souvent l’histoire d’un collaborateur qui en quelques jours met en place un logiciel qui aurait par ailleurs demandé le travail d’une équipe sur plusieurs mois, ou réalise une modélisation financière sur Excel qui défraye la chronique et met en danger bien des egos.

Et à ce moment précis, tout le système a proximité immédiate du surdoué, plus ou moins affolé, parfois persuadé qu’il n’a proposé une telle innovation que pour se mettre en valeur, va phagocyter ses propositions ou son projet, se l’approprier, et bien souvent, lui faire perdre toute sa substance.

Pourquoi ? Parce qu’il ne s’agit pas en réalité d’une simple innovation technique, malgré les apparences. Cette innovation demande, ou intègre même dans son idée, des rapports humains plus bienveillants, plus authentiques, plus efficients.

Si certaines de leurs innovations pouvaient parler, elle demanderaient : « laissons tomber les masques et mettons-nous vraiment au travail ! »

Si certaines de leurs innovations pouvaient parler, elle demanderaient : « laissons tomber les masques et mettons-nous vraiment au travail ! »

Mais l’innovation fait peur. Elle demanderait parfois de ne plus se cacher derrière un poste ou derrière la fatalité, mais d’oser s’engager, se faire confiance, et changer en soi pour changer l’organisation.

Mais les propositions sont ignorées, tout le monde est rassuré, et l’entreprise a évité de justesse une évolution dans ses rapports humains et / ou dans son rapport au digital ! Si le coût d’opportunité manqué pouvait être calculé…

Pourquoi nous sommes tous coresponsables de cette situation ?

Dans le secteur public comme privé, ces histoires se répètent et se ressemblent. Dans ces pièces de théâtre qui se jouent et se rejouent encore, chacun est coresponsable, pour des raisons qu’il convient de comprendre avec bienveillance :

  • Le talent surdoué lui-même, souvent, par peur d’être jugé, pour qui les émotions sont déjà lourdes à porter dans les contextes non conflictuels, n’ose pas se mettre en valeur, rechigne à faire le juste nécessaire en terme de politique, refuse de mettre un peu de pouvoir dans son leadership d’influence, alors même que ces légers changements de curseurs auraient des conséquences bénéfiques pour tous
  • Le service RH et le management n’osent pas voir l’occasion d’une transformation globale de la politique de management, même si tout au fond d’eux-mêmes, ils ont cette intuition

> D’accord, tout le monde bénéficierait d’une écoute des surdoués adaptée à leurs spécificités, mais concrètement, quel serait le tout premier pas à réaliser pour ne plus rater ces innovations ?

Dans un premier temps, il s’agit d’actualiser ses croyances autour du talent à haut potentiel intellectuel. Par exemple, en règle générale, un surdoué ne propose pas une innovation pour prendre la place de son responsable, innover constitue un besoin presque physique pour lui !

Ils aiment automatiser les tâches qui ne valorisent pas l’humain, relier les processus, les services, les domaines de compétences, les personnes

Ils aiment automatiser les tâches qui ne valorisent pas l’humain, relier les processus, les services, les domaines de compétences, les personnes, bref, participer à transformer leur structure aux silos souvent bien solides et mal reliés en un véritable système vivant élégant et flexible.

Souvent, les surdoués voient naturellement les problématiques à la fois sous l’angle de l’humain et sous l’angle du numérique sans filtre de perception. Ils résistent difficilement à proposer l’idée absolument fondamentale pour la structure qui dérangera tout le monde ! Et pas toujours avec les méthodes et la communication les plus adaptées…

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La légende noire des surdoués

larecherche.fr// Nicolas Gauvrit //Franck Ramus, chercheurs en psychologie dans// mars 2017

Une intelligence supérieure est-elle source de problèmes? Cette vision largement répandue est véhiculée par des études qui oublient de tenir compte des surdoués qui vont bien.

Inadaptés, hypersensibles, anxieux, dépressifs, dyslexiques, en échec scolaire… À en croire ce qu’on lit sur Internet ou dans les livres spécialisés, les enfants surdoués sont les véritables damnés de la Terre. Comment est-ce possible, alors que le sens commun suggère au contraire que ces enfants, dont le quotient intellectuel (QI) dépasse 130, ont les meilleures chances de réussite dans tous les domaines ? En fait, la plupart de ces allégations, sinon toutes, sont des mythes.

Parmi ces préjugés, celui qui a sans doute le mieux essaimé est l’idée selon laquelle les enfants surdoués, aussi qualifiés de « précoces » ou « à haut potentiel intellectuel », auraient un mode de pensée qualitativement différent de celui des enfants ordinaires. Plus précisément, le raisonnement des personnes « normales » serait « linéaire » ou « séquentiel », passant d’une idée à l’autre dans un enchaînement unidirectionnel. À l’inverse, les enfants surdoués auraient une pensée « en arborescence », où chaque idée donne naissance à plusieurs autres qui, à leur tour, engendrent une multitude de concepts. Ainsi, lors de la résolution d’un problème mathématique, l’élève moyen avancerait pas à pas de l’énoncé à la solution, droit vers son but, tandis que les enfants surdoués exploreraient de nombreuses pistes simultanément, créant une arborescence d’idées parfois trop foisonnante pour être gérée.

Une conséquence prévisible d’un tel mode de pensée des enfants surdoués est l’échec ou la difficulté scolaire. Si les enfants précoces pensent de manière singulière, l’enseignement courant ne saurait leur convenir, leur don les plaçant ainsi en danger. Paradoxalement, trop d’intelligence provoquerait des problèmes scolaires et les enfants les plus prometteurs se retrouveraient ainsi souvent exclus du système éducatif. À l’appui de ce mythe, des chiffres simples et frappants : un tiers des élèves surdoués seraient en échec scolaire, un autre tiers dans la moyenne, et seul le dernier tiers serait en réussite. Repris sans aucune vérification par de nombreux médias et « experts » du haut potentiel, ces chiffres ont entretenu la rumeur. Certains vont même jusqu’à annoncer 50 %, voire 70 % d’échec scolaire chez les surdoués selon Le Figaro.fr étudiant. C’est là sans doute l’un des mythes qui résiste le mieux à une contradiction pourtant bien étayée.

Pensée en arborescence

De fait, la notion même de « pensée en arborescence » est inconnue du monde scientifique. S’il existe bien une notion de « pensée divergente » en psychologie, évoquant celle de la pensée en arborescence, elle en diffère sur un point essentiel : elle n’est pas un mode de pensée spécifique, mais une des composantes du raisonnement normal. Cette composante peut être évaluée par différents tests dans lesquels il faut faire preuve d’imagination et trouver de nombreuses idées à partir d’un point de départ unique, comme trouver le plus grand nombre d’utilisations possibles d’un objet, ou le plus de manières possibles de terminer une ébauche de dessin. S’il est vrai que les enfants surdoués obtiennent en moyenne les meilleurs scores dans ces épreuves, les autres enfants produisent eux aussi de nombreuses idées. Ils en ont simplement, en moyenne, un peu moins (1). L’idée que les élèves ordinaires raisonnent sans bifurquer, de manière linéaire, est donc fausse. Tout comme est fausse l’hypothèse que les enfants surdoués produisent un foisonnement d’idées incontrôlable, qualitativement différent de ce que font les autres enfants.

Quant au préjugé selon lequel la précocité entraîne des échecs scolaires, encore une fois, de nombreuses études se portent en faux contre cette idée. En effet, depuis l’invention des tests d’intelligence il y a plus d’un siècle, les psychologues se sont évertués à tester dans quelle mesure les scores de quotient intellectuel prédisent divers aspects de la vie de l’individu. Résultat : plus les enfants ont des QI élevés, mieux ils réussissent scolairement (2), plus ils atteignent un niveau de diplôme élevé, plus ils obtiennent des revenus élevés, plus leur employeur est satisfait, meilleure est leur santé et plus leur espérance de vie est longue.

Sans nier le fait que la relation entre QI et réussite scolaire (ou autre) est globalement positive, certains experts pensent malgré tout que cette tendance positive pourrait s’inverser au-delà d’un certain score du QI. En cause ? Les particularités des individus surdoués. Encore une fois, cette hypothèse s’est révélée fausse. De nombreuses études internationales menées sur plusieurs décennies montrent sans ambiguïtés que l’effet positif du QI ne s’inverse pas au-delà d’un certain score (3). En France, des données récentes de l’Éducation nationale, recueillies auprès d’environ 16 000 élèves de 3e, ont amené à la même conclusion. On peut donc dire sans risque de se tromper que, même si le QI n’est pas le seul déterminant de la réussite scolaire et s’il peut bien sûr exister des surdoués en échec scolaire, l’idée selon laquelle ils le sont de manière générale n’a pas de fondement rationnel.

Une enquête récente fait apparaître une autre idée répandue, selon laquelle les surdoués sont souvent émotionnellement instables (4). On les imagine hypersensibles, anxieux, dépressifs… A priori, deux hypothèses sont raisonnables. L’une consiste à penser que les surdoués, grâce à leur intelligence, sont capables de mieux gérer leurs émotions et développent des compétences socio-émotionnelles les rendant plus heureux et mieux adaptés, réduisant notamment l’anxiété. L’autre est que, conséquence du décalage avec leurs pairs, ils sont socialement inadaptés, ce qui peut entraîner plus d’anxiété et de mal-être. Si ces spéculations sont a priori logiques, seule l’étude des faits pourra nous renseigner sur la réalité de manière fiable. Or, nous avons dénombré au moins 14 études effectuées dans différents pays (France, États-Unis, Canada, Israël, Pologne, Lettonie) et deux méta-analyses aboutissant toutes à la même conclusion : les enfants précoces ne sont pas plus anxieux que les autres en moyenne (5). Bien que les preuves soient moins solides, ils semblent ne pas être plus dépressifs ou stressés que les autres non plus.

À cette idée reçue s’ajoute un dernier mythe courant selon lequel les enfants surdoués seraient plus sujets aux troubles des apprentissages, au trouble de l’attention, avec ou sans hyperactivité, ou encore aux troubles autistiques. S’il est vrai que ces troubles ne sont pas incompatibles avec une intelligence supérieure, c’est tout autre chose d’affirmer qu’ils sont plus fréquents chez ces enfants que dans le reste de la population. Là encore, aucune donnée épidémiologique n’est jamais fournie à l’appui des affirmations.

Comment de tels mythes ont-ils pu infuser, même auprès d’experts, professionnels de santé ? L’idée que les enfants surdoués sont émotionnellement instables, souvent dyslexiques ou dyspraxiques, statistiquement plus malheureux que les autres, provient sans doute d’une hypothèse défendue à la fin du XIXe siècle par le médecin italien Cesare Lombroso qui prétendait avoir mis au jour un lien entre la folie et le génie dans son ouvrage Genio e follia (1877). Aucun fait tangible n’est venu étayer cette intuition, mais l’idée était séduisante et fut reprise par de nombreux auteurs. Le génie s’accompagnerait généralement de folie, et l’intelligence de désespoir.

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LE TEST DE QI, UNE MESURE FIABLE DE L’INTELLIGENCE GÉNÉRALE
Dans tous les domaines cognitifs (langage, perception, orientation spatiale, mémoire, arithmétique…), les performances sont reliées entre elles : les personnes performantes dans un domaine cognitif le sont souvent dans les autres, et inversement. Ces multiples corrélations ont conduit à l’idée qu’il existe un facteur commun à toutes les fonctions cognitives : l’intelligence générale. Ce facteur se calcule comme une moyenne pondérée des performances dans les différents domaines cognitifs. Le quotient intellectuel (QI) est une manière de rapporter ces scores sur une échelle commune, relative à l’ensemble de la population d’une classe d’âge donnée. Par définition, la moyenne de la population est fixée à 100 plus ou moins 15. Les surdoués, eux, sont définis comme les individus dont le QI est supérieur à 130. D’autres définitions existent, ajoutant au QI des critères positifs comme la créativité, ou des critères négatifs comme le fait d’être en difficulté. Pour autant, ces critères ne font pas l’objet de consensus. C’est pour sa plus grande objectivité et sa neutralité que la définition fondée strictement sur le QI est généralement considérée comme la plus valide. En effet, plus d’un siècle d’observations et des millions de données personnelles ont démontré sa fiabilité (les scores de QI sont très stables tout au long de la vie de l’individu) et sa validité (le QI est le meilleur prédicteur de la réussite scolaire et professionnelle). Il serait cependant utile d’élargir les domaines cognitifs évalués, aux compétences sociales notamment.

La gentillesse des enfants doués

 15/06/17// Arielle ADDA// journaldesfemmes

Elle constitue une qualité incontestable des enfants doués, ce qui ne signifie pas qu’ils soient toujours faciles à vivre, par exemple quand ils ont une idée en tête et que son objet est impératif, vital, essentiel et doit, de préférence, être satisfait dans la seconde, et même avant…

La raison de cette gentillesse spécifique est évidente : un enfant doué, doté d’une empathie particulière serait incapable de faire du mal à quelqu’un. Il risquerait d’en souffrir encore bien plus que celui qui aurait été vexé, blessé, heurté par des paroles trop dures. D’ailleurs ce dernier ne possède sans doute pas cette sensibilité exacerbée, mais l’enfant doué, meurtri à sa place, ne peut pas le savoir, chacun pense que les autres lui ressemblent.

 C’est pourquoi  l’enfant doué attaque rarement, il lui en coûte même de se défendre, il doit se forcer pour suivre les conseils de son entourage : «  tu dois te défendre, tu es dans ton droit, on t’a attaqué… ». Il se montre même souvent maladroit dans cet exercice à  cause de ses réticences à faire du mal, mais il a vaguement l’impression qu’il trahirait ses parents s’il ne réagissait pas. Ses parents pensaient avoir un enfant hardi et courageux et ils voient un enfant qui ne sait même pas riposter quand on l’attaque.

Toujours à cause de cette gentillesse qui apparaît maintenant de plus en plus comme une faiblesse, l’enfant doué n’aime pas la compétition, puisque ce serait chercher à être le meilleur, les autres étant alors « inférieurs ».  C’est une position insupportable pour un enfant trop sensible, sauf s’il porte les couleurs d’un groupe : tous les espoirs reposent sur ses épaules, il a un devoir à remplir, il ne doit pas décevoir, ce n’est pas lui en personne qui doit gagner, c’est le groupe tout entier dont il sent l’ardente énergie le soutenir.

En revanche « terrasser » un adversaire, le mettre à terre  au sens propre, est inconcevable. Il aura du mal à refréner l’impulsion qui le poussera à le réconforter, il serait même prêt à lui offrir sa victoire pour cesser de souffrir à sa place.  Par expérience, il sait dans quels abîmes il peut sombrer après un échec inattendu, se pensant perdu à jamais parce que ses dons l’auraient abandonné, il est alors tout naturellement persuadé que les autres lui ressemblent et plongent dans un marasme semblable. En réalité, les autres se disent avec un bel optimisme, « ce n’est pas grave » et ils continuent leur existence sereine en pensant qu’ils feront mieux la prochaine fois. Il faut beaucoup de temps à un enfant doué pour parvenir à se rassurer de la sorte en y croyant réellement.

Pour un enfant doué, il est impensable de faire souffrir un autre être, qui peut aussi bien être un animal, une plante ; il chercherait plutôt à consoler, à réparer ce qui est abîmé, à apaiser une douleur physique ou morale en faisant tout son possible pour rétablir l’harmonie rompue.

Une souffrance, quelle qu’elle soit, le heurte aussi douloureusement que le ferait une fausse note pour l’oreille absolue d’un musicien. L’ordre du monde est perturbé.

Ce mécanisme ne reflète pas seulement cette sensibilité spécifique des personnes douées, il les touche plus profondément encore, la souffrance qu’elles prêtent aux autres serait d’une intensité décuplée puisqu’elles n’ont pas pu recourir aux mécanismes de défense déclenchés automatiquement chez les victimes d’une attaque ou  d’une blessure, qu’elles soient réelles ou d’amour propre.

Leur imagination, qui amplifie au-delà de toute mesure les conséquences d’une souffrance,  physique ou morale, les  pousse à envisager le pire, leur effroi n’est pas feint, il reflète l’enchaînement des catastrophes  possibles,  probables même, déclenché par la fêlure première : une douleur n’est jamais anodine pour un enfant doué dès lors qu’elle touche une personne de son entourage, y compris un entourage pas forcément très amical.

il s’agit là d’événements jalonnant le quotidien : un enfant doué peut hurler à la suite d’un bobo bénin, mais il se montrera d’un courage admirable s’il est vraiment très malade. Il ne veut pas aggraver encore l’angoisse qu’il perçoit chez ses parents.

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Les enfants surdoués incompris vivent une scolarité douloureuse

mieux-vivre-autrement.com//Fabrice Renault

Loin de l’image du premier de la classe, beaucoup d’enfants « surdoués » sont en réalité en difficulté à l’école. Parce qu’ils sont encore mal compris par les enseignants, leur parcours peut se révéler douloureux et leur précocité, au lieu d’être un atout, devient un handicap.

Comme Mozart, Michael Jackson ou Albert Einstein avant eux, 2,6% des élèves entre six et seize ans sont considérés comme des « enfants surdoués », « intellectuellement précoces » ou « à haut potentiel », selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé.

En France, ils sont quelque 300.000, soit environ un ou deux par classe.

Curieux insatiables, intuitifs et créatifs, avec un grand sens de l’humour, ces enfants se caractérisent par un quotient intellectuel supérieur à 130, un fonctionnement cérébral atypique et une très grande sensibilité. Ils présentent un développement intellectuel avancé par rapport aux enfants de leur âge, un décalage qui demande un effort pour s’adapter à leur environnement.

Véronique Guilbard, mère de deux enfants précoces, se souvient:

Pour le premier, ça se voyait dès qu’il est né. Il regardait partout » puis a vite très bien parlé (…) mais dès la maternelle, ça a posé problème. Ensuite, l’école primaire a été un enfer.

Car si la plupart des enfants surdoués sont heureux à l’école et bien dans leur peau, environ un tiers, malgré tous leurs atouts, rencontrent beaucoup de difficultés, à la fois scolaires et psychologiques. Véronique G. reprend :

On lui a fait passer un tas de tests avec des psychologues, ça a été un vrai parcours du combattant.

 

Amélie Courtinat-Camps est maître de conférences en psychologie du développement et de l’éducation. A l’occasion d’un récent colloque organisé à Evry par la direction académique et le réseau pédagogique Canopé, la psychologue expliquait:

Ils ont un rapport au savoir décalé par rapport à ce qui est enseigné dans notre système éducatif (…) Ils comprennent très vite, de manière intuitive, mais n’arrivent pas à expliquer leur méthode. Cela peut déstabiliser les équipes enseignantes.

« Un prof peut tout changer »

Par leurs réparties ou la rapidité de leurs réponses qui perturbent la classe, ils peuvent irriter les enseignants. Parfois, leur différence va entraîner le rejet des camarades de classe.

C’est notamment le cas au collège « le moment de tous les dangers »selon Alain Salzemann, principal-adjoint du collège Charcot à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne), un établissement qui accueille beaucoup d’enfants précoces :

Ils tentent très vite de se mettre dans la norme, d’inhiber leurs talents et cela peut avoir un effet destructeur, explique-t-il.

Peuvent s’y ajouter des problèmes de dyslexie ou des troubles de l’attention. Souvent, les conséquences se font sentir sur le bulletin de notes. Florence Pâris qui est chargée de mission au rectorat de Versailles, évoque même une « maltraitance institutionnelle », elle constate que :

Comme le sujet est encore mal connu, les gens pensent souvent que les enfants précoces sont forcément brillants. Il y a de l’incompréhension et donc de la maladresse de la part des enseignants (…) L’école ne comprend pas le fonctionnement de ces enfants. Cela provoque énormément de souffrance dans les familles.

L’orthophoniste Sophie Servent révèle avoir vu :

… beaucoup d’enfants faire de vraies dépressions dès le CP. Dans ce cas, il faut être très rapide et réagir très vite, sinon on n’arrive pas à les rattraper.

Pour aider l’enfant à s’épanouir et à développer ses capacités, le comportement des enseignants est essentiel, selon elle:

Un prof peut tout changer. Il faut être le plus bienveillant possible.

Car lorsque les professeurs s’adaptent aux particularités de ces enfants, c’est l’ensemble de la classe qui en profite, soulignent les spécialistes.

 

L’adulte surdoué au travail – Rayures et Ratures

rayuresetratures.fr//24 mars 2017

A moins d’avoir une vocation depuis très jeune, il est difficile de choisir un métier pour l’avenir, surtout dans la société actuelle ou nous avons toujours plus de choix.

Alors si l’on est hypersensible, que l’injustice nous met hors de nous, et que l’on attache énormément d’importance au jugement des gens et notamment à l’approbation de notre entourage, vous imaginez bien que c’est encore plus compliqué. Souvent, on lit d’ailleurs que les zèbres sont « instables professionnellement ». Mais pourquoi ?

Le zèbre est quelqu’un d’extrêmement curieux. Il aura envie d’étudier toutes les matières qui l’intéressent, et d’essayer de nombreux métiers. Pourtant, on nous demande très tôt dans notre parcours scolaire de nous spécialiser, de choisir des matières, choisir des études, en vue de choisir une profession.

Choisir.

Pour le zèbre, choisir est vraiment difficile, d’autant plus que l’approbation de son entourage est quelque chose de très important pour lui. Alors, qu’il soit mauvais en classe, ou bon partout, il écoutera ses professeurs et ses parents le guider vers une profession qui semble lui correspondre, où il semblera être compétent.

Mais est-ce pour autant ce qu’il veut vraiment faire ?

Souvent, le zèbre est très créatif et rêve secrètement de s’orienter vers une carrière artistique, dans la peinture, la musique, l’histoire de l’art… Ou alors, il s’intéresse tellement à un sujet qu’il voudrait faire de la recherche exclusivement dans ce domaine (en archéologie par exemple). Ces voies très spécifiques étant considérées comme «bouchées», il est assez rare qu’ils soient confortés dans ce choix là. Proches et professeurs préfèreront souvent leur dire de continuer leurs études en parallèle de leurs activités artistiques ou de leurs intérêts, pour plus de sécurité et de stabilité. Parce que la sécurité, c’est aussi quelque chose que les zèbres recherchent, vous vous souvenez ?

Trouver le bon équilibre entre désir et stabilité, entre passion et raison, quand tout nous intéresse, ce n’est pas chose facile.

Surtout s’il faut ajouter au désir et à la sécurité un troisième élément : la stimulation.

Le zèbre ne supporte pas l’ennui. L’important pour lui, dans son travail (et dans sa vie en général), c’est qu’il ne s’ennuie pas, qu’il soit stimulé sans arrêt, qu’il puisse être passionné par ce qu’il fait, et surtout, qu’il n’y ait pas de tâches répétitives… Dès lors que le zèbre a l’impression de stagner, de ne plus rien apprendre, c’est le blocage, l’ennui total, la remise en cause de tout, la dépression parfois même.

En général, quand un zèbre commence à travailler dans une entreprise, ça se passe comme ça : il débute, il découvre, ça l’intéresse. Il apprend des choses.

Puis très vite, il a fait le tour, a vu comment ça fonctionnait, et c’est là que l’ennui se pointe et que les tâches perdent leur intérêt.

Alors il veut partir, démissionner, fuir.

En se disant que ce sera peut-être mieux ailleurs.

Et puis finalement, ailleurs, ça recommence.

Il découvre, il apprend, puis il maîtrise, il se lasse, et il veut repartir.

C’est un peu comme si son cerveau s’embourbait dès qu’il ne se passe plus rien de nouveau. Comme s’il s’endormait (mais sans endormir le flux constant de pensées qui n’ont rien à voir, ce serait trop simple… )

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