La gentillesse des enfants doués

 15/06/17// Arielle ADDA// journaldesfemmes

Elle constitue une qualité incontestable des enfants doués, ce qui ne signifie pas qu’ils soient toujours faciles à vivre, par exemple quand ils ont une idée en tête et que son objet est impératif, vital, essentiel et doit, de préférence, être satisfait dans la seconde, et même avant…

La raison de cette gentillesse spécifique est évidente : un enfant doué, doté d’une empathie particulière serait incapable de faire du mal à quelqu’un. Il risquerait d’en souffrir encore bien plus que celui qui aurait été vexé, blessé, heurté par des paroles trop dures. D’ailleurs ce dernier ne possède sans doute pas cette sensibilité exacerbée, mais l’enfant doué, meurtri à sa place, ne peut pas le savoir, chacun pense que les autres lui ressemblent.

 C’est pourquoi  l’enfant doué attaque rarement, il lui en coûte même de se défendre, il doit se forcer pour suivre les conseils de son entourage : «  tu dois te défendre, tu es dans ton droit, on t’a attaqué… ». Il se montre même souvent maladroit dans cet exercice à  cause de ses réticences à faire du mal, mais il a vaguement l’impression qu’il trahirait ses parents s’il ne réagissait pas. Ses parents pensaient avoir un enfant hardi et courageux et ils voient un enfant qui ne sait même pas riposter quand on l’attaque.

Toujours à cause de cette gentillesse qui apparaît maintenant de plus en plus comme une faiblesse, l’enfant doué n’aime pas la compétition, puisque ce serait chercher à être le meilleur, les autres étant alors « inférieurs ».  C’est une position insupportable pour un enfant trop sensible, sauf s’il porte les couleurs d’un groupe : tous les espoirs reposent sur ses épaules, il a un devoir à remplir, il ne doit pas décevoir, ce n’est pas lui en personne qui doit gagner, c’est le groupe tout entier dont il sent l’ardente énergie le soutenir.

En revanche « terrasser » un adversaire, le mettre à terre  au sens propre, est inconcevable. Il aura du mal à refréner l’impulsion qui le poussera à le réconforter, il serait même prêt à lui offrir sa victoire pour cesser de souffrir à sa place.  Par expérience, il sait dans quels abîmes il peut sombrer après un échec inattendu, se pensant perdu à jamais parce que ses dons l’auraient abandonné, il est alors tout naturellement persuadé que les autres lui ressemblent et plongent dans un marasme semblable. En réalité, les autres se disent avec un bel optimisme, « ce n’est pas grave » et ils continuent leur existence sereine en pensant qu’ils feront mieux la prochaine fois. Il faut beaucoup de temps à un enfant doué pour parvenir à se rassurer de la sorte en y croyant réellement.

Pour un enfant doué, il est impensable de faire souffrir un autre être, qui peut aussi bien être un animal, une plante ; il chercherait plutôt à consoler, à réparer ce qui est abîmé, à apaiser une douleur physique ou morale en faisant tout son possible pour rétablir l’harmonie rompue.

Une souffrance, quelle qu’elle soit, le heurte aussi douloureusement que le ferait une fausse note pour l’oreille absolue d’un musicien. L’ordre du monde est perturbé.

Ce mécanisme ne reflète pas seulement cette sensibilité spécifique des personnes douées, il les touche plus profondément encore, la souffrance qu’elles prêtent aux autres serait d’une intensité décuplée puisqu’elles n’ont pas pu recourir aux mécanismes de défense déclenchés automatiquement chez les victimes d’une attaque ou  d’une blessure, qu’elles soient réelles ou d’amour propre.

Leur imagination, qui amplifie au-delà de toute mesure les conséquences d’une souffrance,  physique ou morale, les  pousse à envisager le pire, leur effroi n’est pas feint, il reflète l’enchaînement des catastrophes  possibles,  probables même, déclenché par la fêlure première : une douleur n’est jamais anodine pour un enfant doué dès lors qu’elle touche une personne de son entourage, y compris un entourage pas forcément très amical.

il s’agit là d’événements jalonnant le quotidien : un enfant doué peut hurler à la suite d’un bobo bénin, mais il se montrera d’un courage admirable s’il est vraiment très malade. Il ne veut pas aggraver encore l’angoisse qu’il perçoit chez ses parents.

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Les enfants surdoués incompris vivent une scolarité douloureuse

mieux-vivre-autrement.com//Fabrice Renault

Loin de l’image du premier de la classe, beaucoup d’enfants « surdoués » sont en réalité en difficulté à l’école. Parce qu’ils sont encore mal compris par les enseignants, leur parcours peut se révéler douloureux et leur précocité, au lieu d’être un atout, devient un handicap.

Comme Mozart, Michael Jackson ou Albert Einstein avant eux, 2,6% des élèves entre six et seize ans sont considérés comme des « enfants surdoués », « intellectuellement précoces » ou « à haut potentiel », selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé.

En France, ils sont quelque 300.000, soit environ un ou deux par classe.

Curieux insatiables, intuitifs et créatifs, avec un grand sens de l’humour, ces enfants se caractérisent par un quotient intellectuel supérieur à 130, un fonctionnement cérébral atypique et une très grande sensibilité. Ils présentent un développement intellectuel avancé par rapport aux enfants de leur âge, un décalage qui demande un effort pour s’adapter à leur environnement.

Véronique Guilbard, mère de deux enfants précoces, se souvient:

Pour le premier, ça se voyait dès qu’il est né. Il regardait partout » puis a vite très bien parlé (…) mais dès la maternelle, ça a posé problème. Ensuite, l’école primaire a été un enfer.

Car si la plupart des enfants surdoués sont heureux à l’école et bien dans leur peau, environ un tiers, malgré tous leurs atouts, rencontrent beaucoup de difficultés, à la fois scolaires et psychologiques. Véronique G. reprend :

On lui a fait passer un tas de tests avec des psychologues, ça a été un vrai parcours du combattant.

 

Amélie Courtinat-Camps est maître de conférences en psychologie du développement et de l’éducation. A l’occasion d’un récent colloque organisé à Evry par la direction académique et le réseau pédagogique Canopé, la psychologue expliquait:

Ils ont un rapport au savoir décalé par rapport à ce qui est enseigné dans notre système éducatif (…) Ils comprennent très vite, de manière intuitive, mais n’arrivent pas à expliquer leur méthode. Cela peut déstabiliser les équipes enseignantes.

« Un prof peut tout changer »

Par leurs réparties ou la rapidité de leurs réponses qui perturbent la classe, ils peuvent irriter les enseignants. Parfois, leur différence va entraîner le rejet des camarades de classe.

C’est notamment le cas au collège « le moment de tous les dangers »selon Alain Salzemann, principal-adjoint du collège Charcot à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne), un établissement qui accueille beaucoup d’enfants précoces :

Ils tentent très vite de se mettre dans la norme, d’inhiber leurs talents et cela peut avoir un effet destructeur, explique-t-il.

Peuvent s’y ajouter des problèmes de dyslexie ou des troubles de l’attention. Souvent, les conséquences se font sentir sur le bulletin de notes. Florence Pâris qui est chargée de mission au rectorat de Versailles, évoque même une « maltraitance institutionnelle », elle constate que :

Comme le sujet est encore mal connu, les gens pensent souvent que les enfants précoces sont forcément brillants. Il y a de l’incompréhension et donc de la maladresse de la part des enseignants (…) L’école ne comprend pas le fonctionnement de ces enfants. Cela provoque énormément de souffrance dans les familles.

L’orthophoniste Sophie Servent révèle avoir vu :

… beaucoup d’enfants faire de vraies dépressions dès le CP. Dans ce cas, il faut être très rapide et réagir très vite, sinon on n’arrive pas à les rattraper.

Pour aider l’enfant à s’épanouir et à développer ses capacités, le comportement des enseignants est essentiel, selon elle:

Un prof peut tout changer. Il faut être le plus bienveillant possible.

Car lorsque les professeurs s’adaptent aux particularités de ces enfants, c’est l’ensemble de la classe qui en profite, soulignent les spécialistes.

 

L’adulte surdoué au travail – Rayures et Ratures

rayuresetratures.fr//24 mars 2017

A moins d’avoir une vocation depuis très jeune, il est difficile de choisir un métier pour l’avenir, surtout dans la société actuelle ou nous avons toujours plus de choix.

Alors si l’on est hypersensible, que l’injustice nous met hors de nous, et que l’on attache énormément d’importance au jugement des gens et notamment à l’approbation de notre entourage, vous imaginez bien que c’est encore plus compliqué. Souvent, on lit d’ailleurs que les zèbres sont « instables professionnellement ». Mais pourquoi ?

Le zèbre est quelqu’un d’extrêmement curieux. Il aura envie d’étudier toutes les matières qui l’intéressent, et d’essayer de nombreux métiers. Pourtant, on nous demande très tôt dans notre parcours scolaire de nous spécialiser, de choisir des matières, choisir des études, en vue de choisir une profession.

Choisir.

Pour le zèbre, choisir est vraiment difficile, d’autant plus que l’approbation de son entourage est quelque chose de très important pour lui. Alors, qu’il soit mauvais en classe, ou bon partout, il écoutera ses professeurs et ses parents le guider vers une profession qui semble lui correspondre, où il semblera être compétent.

Mais est-ce pour autant ce qu’il veut vraiment faire ?

Souvent, le zèbre est très créatif et rêve secrètement de s’orienter vers une carrière artistique, dans la peinture, la musique, l’histoire de l’art… Ou alors, il s’intéresse tellement à un sujet qu’il voudrait faire de la recherche exclusivement dans ce domaine (en archéologie par exemple). Ces voies très spécifiques étant considérées comme «bouchées», il est assez rare qu’ils soient confortés dans ce choix là. Proches et professeurs préfèreront souvent leur dire de continuer leurs études en parallèle de leurs activités artistiques ou de leurs intérêts, pour plus de sécurité et de stabilité. Parce que la sécurité, c’est aussi quelque chose que les zèbres recherchent, vous vous souvenez ?

Trouver le bon équilibre entre désir et stabilité, entre passion et raison, quand tout nous intéresse, ce n’est pas chose facile.

Surtout s’il faut ajouter au désir et à la sécurité un troisième élément : la stimulation.

Le zèbre ne supporte pas l’ennui. L’important pour lui, dans son travail (et dans sa vie en général), c’est qu’il ne s’ennuie pas, qu’il soit stimulé sans arrêt, qu’il puisse être passionné par ce qu’il fait, et surtout, qu’il n’y ait pas de tâches répétitives… Dès lors que le zèbre a l’impression de stagner, de ne plus rien apprendre, c’est le blocage, l’ennui total, la remise en cause de tout, la dépression parfois même.

En général, quand un zèbre commence à travailler dans une entreprise, ça se passe comme ça : il débute, il découvre, ça l’intéresse. Il apprend des choses.

Puis très vite, il a fait le tour, a vu comment ça fonctionnait, et c’est là que l’ennui se pointe et que les tâches perdent leur intérêt.

Alors il veut partir, démissionner, fuir.

En se disant que ce sera peut-être mieux ailleurs.

Et puis finalement, ailleurs, ça recommence.

Il découvre, il apprend, puis il maîtrise, il se lasse, et il veut repartir.

C’est un peu comme si son cerveau s’embourbait dès qu’il ne se passe plus rien de nouveau. Comme s’il s’endormait (mais sans endormir le flux constant de pensées qui n’ont rien à voir, ce serait trop simple… )

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Une politique de recrutement et de management pensée pour les surdoués, un actif immatériel à progression géométrique ?

02/06/2017//Matthieu Lassagne//CEO de Coaching & Douance

Mettre en place une politique pensée pour les talents surdoués a bien plus de valeur que ce que l’on pourrait mesurer financièrement. Par exemple, nous remarquons que les besoins de ces talents reflètent dans les faits les besoins, non exprimés, de tout un chacun dans l’entreprise : les écouter améliore la motivation et la santé au travail de tous. Leurs enjeux reflètent par ailleurs les enjeux de leurs organisations. S’intéresser à ces 2 ou 5 % de la population (50% au sein de certaines structures) qui sur-expriment les lames de fond qui traversent la société, et sentent les défis à venir, constitue une politique de développement durable pour son organisation que la finance ne peut pas encore mesurer. Bien d’autres raisons, hors finance, doivent nous amener à mettre en place des politiques, communiquées judicieusement, pour les personnes surdouées.

Dans cet article, je ne reviens pas sur les singularités de ces personnes surdouées que vous trouverez sur cette page et dans d’autres articles, et j’interroge avec vous la valeur financière de l’actif que constitue la mise en place d’un programme pensé pour les talents que j’appelle « surdoués » pour simplifier.

Je vous explique pourquoi, selon moi, pour une organisation ou une institution, mettre en place un programme pour recruter, intégrer et accompagner des talents surdoués, c’est créer un actif immatériel dont la valeur progresse de manière exponentielle au cours du temps.

Je voudrais préciser ma subjectivité et l’absence, à ma connaissance, de preuve scientifique à ce sujet, cet article inspirera chacun à former son opinion. C’est mon intuition que je vous livre ici.

L’urgence de regarder l’avenir tel qu’il arrive, pour la PME ou le grand groupe

Je pose l’hypothèse que pour les entreprises, l’intelligence (humaine et artificielle) va devenir ces prochaines années un facteur encore plus important de différentiation. Et l’intelligence attire l’intelligence, ce qui donnera, d’un côté des grands groupes en position dominante automatisés à 90%, avec un Big Data immense, une intelligence collective capable de gérer la complexité de l’intelligence artificielle, qui s’adapteront parfaitement à un paysage d’opportunités changeant. Et d’un autre côté nous aurons les groupes initialement pérennes, perdus face au Big Data et à la puissance des réseaux sociaux, incapable de faire face aux enjeux de cybersécurité, empêtrés dans les jeux politiques et incapables de garder les meilleurs talents, qui disparaîtront rapidement. Les Etats pourront continuer un moment de subventionner ces derniers, mais en contractant une dette sur le futur qui réduira à chaque fois un peu plus leur marge de manœuvre.

Recueil d’articles de Laurent Alexandre, spécialiste des technologies NBIC – Accéder à la page

Or la mise en place de programmes pour intégrer ces talents intuitifs, à la pensée rapide, globale, transversale, systémique, constitue un facteur important d’augmentation de l’intelligence collective et de bonne gestion de l’intelligence artificielle.

Ainsi, selon moi, mettre en place un programme pensé pour ces surdoués, qui sont bien souvent les derniers à participer aux jeux politiques afin de se mettre en valeur, c’est ajouter un actif immatériel à son bilan qui dépasse rapidement et substantiellement les coûts liés à sa création. L’explication vient de la combinaison des facteurs suivants :

1. Chez le concurrent, la majeure partie des tâches seront progressivement réalisées par l’intelligence artificielle…
2. Notre monde de plus en plus connecté devient mathématiquement de plus en plus volatile, incertain, variable…
3. Véritables machines à créer du lien, coachs systémiques d’état d’esprit, ils participent au développement d’une véritable intelligence collective….
4. Si les dirigeants restent clairs sur l’égalité de traitement des collaborateurs, la bienveillance, l’éthique,….

Programme pour surdoués, entre précurseur et effet de mode

Nous sommes actuellement dans une fenêtre relativement étroite : Airbus a déjà accepté la mise en place d’une communauté dédiée à la douance, les conférences se multiplient à ce sujet. Nous n’avons pas connaissance d’éventuels autres projets confidentiels. Et à la fois, il ne s’agit pas encore d’une mode comme les programmes RH pour la génération Y par exemple. Un peu comme le Bitcoin au tout début de sa mise en place : produit financier trop fragile, qui manque de reconnaissance, ou qui va prendre ?

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« Surdouée, j’ai enchaîné les petits boulots et les dépressions »

  Emilie Tôn,// 07/04/2017//L’Express

En cette journée mondiale de la Santé sur le thème de la dépression, Marie*, 36 ans, raconte l’influence qu’a eu son QI élevé sur sa santé mentale. Aujourd’hui identifiée comme surdouée, elle revient sur ces années difficiles. Témoignage.

À l’école, j’ai toujours eu du mal à me faire aimer des autres enfants. Malgré tous mes efforts, je n’étais pas comme eux. Ils ne m’aimaient pas et je ne comprenais pas pourquoi. En entrant au CP, je savais déjà lire. J’étais très en avance. Il a été question de me faire sauter une classe, mais comme je pleurais en permanence, la direction a décidé que je n’étais pas prête à rejoindre des enfants plus âgés. J’étais docile, gentille. Parce que j’avais les meilleures notes de la classe, les autres enfants me traitaient de « chouchoute de la maîtresse », alors qu’elle me méprisait.

J’ai laissé l’intello que j’étais derrière moi

Progressivement, mon niveau a baissé, sans être mauvais pour autant. Je voulais absolument me faire des amis parmi les gens populaires. Donc, lorsque je suis entrée au lycée, j’ai décidé de laisser l’intello que j’étais derrière moi. J’ai décroché et suis devenue une élève très moyenne -ce que ma psy appelle aujourd’hui le nivellement- au point d’avoir mon bac au rattrapage. J’ai été à la fac, puis j’ai arrêté pour enchaîner les petits boulots, ainsi que les dépressions…

Les surdoués, plus sujets aux dépressions

Je n’ai jamais su m’y prendre avec les gens. J’ai l’impression de ne pas avoir les outils pour vivre en société. Pendant des années, j’ai surjoué la fille libérée. Je ne savais plus qui j’étais. Je souffre d’anxiété sociale. A chaque nouvelle rencontre, je suis dans une situation de stress intense. Toutes ces choses m’ont poussé à croire que j’étais folle, anormale, dérangée.
Lorsqu’une chose m’intéressait, je me plongeais à corps perdu dans les recherches. Cela m’obsédait, il fallait que j’épuise le sujet. Et lorsque je me suis intéressée à la dépression, j’ai appris, dans un article, que les surdoués y étaient plus sujets que la normale. Je n’ai pas tout de suite relevé. Parallèlement, mon fils aîné de trois ans m’a demandé de lui apprendre à lire. Je le savais intelligent, à 18 mois, il parlait très bien et fascinait tous les adultes qui le croisaient. J’ai alors commencé à me documenter sur les enfants précoces. Au fil de mes recherches, j’ai revu toute mon enfance. J’ai donc fait appel à une psychologue spécialisée. Au téléphone, elle m’a dit qu’il était préférable que mon fils attende un peu avant de passer les tests, car les résultats ne sont pris en compte qu’à partir de 6 ans par l’Éducation nationale. Cependant, je pouvais les passer.
Le jour du bilan, j’ai fondu en larmes dans son bureau. Pendant toutes ces années, je pensais que j’étais bête, que c’était pour cette raison que je n’arrivais pas à m’adapter. En réalité, j’étais surdoué.

L’article

Le déni de la douance

antredelachouette.blogspot.fr// 27avril2016

Le déni est une chose terrible, à laquelle les enfants et adultes à haut potentiel (autrement dits « surdoués » ou « surefficients mentaux » ou « zèbres » pour ceux qui ont zappé l’article d’introduction) sont inévitablement confrontés à un moment de leur vie. A l’école, au sein de la famille, dans le monde du travail… Nombreuses sont les occasions de voir sa différence minimisée, ignorée ou niée par les autres.

Pourquoi les gens « n’y croient pas » ?

Il y a selon moi deux raisons principales pour lesquels certains peuvent contester le fait que quelqu’un soit HP, voire rejeter l’existence-même du haut potentiel :

Premièrement, parce que ces gens ignorent ce qu’est vraiment un HP.

Là, ça s’applique en particulier au déni de la différence d’un individu ciblé. Souvent, les gens qui réfutent l’existence du haut potentiel chez un proche prennent cette position car ils estiment que ce proche ne correspond pas à leur définition personnelle du « surdoué ». Une définition bien entendu erronée, basée sur le stéréotype du petit prodige à lunettes qui passe son bac avant la puberté, ou bien sur le rebelle hyperactif en décrochage scolaire parce que personne comprend son génie caché wesh t’as vu. (Après tout c’est ce que disent le cinéma et les journalistes de France Télévision.) S’il existe réellement des cas comme ceux-là, ils ne sont pas représentatifs des HP, du tout du tout du tout, retirez-vous ceci du crâne immédiatement sinon j’envoie la brigade d’extermination d’idées reçues à la con !

Etre HP, c’est certes avoir un QI élevé (d’au moins 130 à priori). Mais le QI ne fait pas l’intelligence bon sang, il n’en est qu’une composante ! Dans la grande majorité des cas, le sureff’ n’est pas un petit génie, c’est plutôt une personne anxieuse et décalée qui se ferait diagnostiquer 46 névroses si elle mettait les pieds chez un psychiatre pas très calé sur le sujet.

Si les détracteurs du haut potentiel prenaient le temps de s’informer sur la façon dont on évalue le QI global, ils découvriraient que ce dernier est constitué de quatre indices, quatre « sous-QI », ayant attraits à des champs de compétences très différents : verbal, logique et repères dans l’espace, vitesse, mémoire… Les « premiers de la classe » sont en général les HP dotés d’un potentiel équilibré, c’est-à-dire pas plus de 15 points de QI d’écart entre deux indices. On parle alors de profil homogène ou laminaire. Mais la plupart du temps, un HP n’excelle pas partout : il a ses « dons », combinés à un score dans la moyenne ou en-dessous dans d’autres domaines. Lorsque le sujet a plus de 15 points d’écart entre deux indices, on parle cette fois de profil hétérogène ou complexe. Ces profils ont effectivement une probabilité plus élevée de développer des troubles, tels que les troubles dys (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie…), des troubles de l’attention ou de l’hyperactivité (vous le voyez, là, le gamin intenable mais-c’est-pas-sa-faute-parce-qu’il-est-surdoué ?), mais c’est loin d’être systématique.

Par exemple, je suis un profil très complexe, avec un écart de plus de 30 points entre mon score en verbal et mon score en logico-mathématique. D’autres HP sont très à l’aise avec les chiffres mais peinent à s’exprimer à l’écrit, car ils ne sont pas équipés pour organiser leur pensée foisonnante. Certains encore sont doués exclusivement dans des domaines sous-représentés dans notre système scolaire, comme la musique, les arts plastiques ou le sport. A propos de sport, il faut noter que beaucoup de jeunes HP sont très maladroits, du fait du décalage entre leur développement intellectuel (en avance) et physique (normal), qui brouille la communication entre l’esprit et le corps : c’est la dyssynchronie interne, aka le cliché du petit surdoué nul en sport. C’est encore plus vrai pour les profils complexes. (Un jour, je vous parlerai de mon rapport au sport…) Heureusement, cette dyssynchronie finit par disparaître avec l’achèvement de la croissance.

Mais fermons cette parenthèse et revenons-en à mon cas, afin d’expliquer ce qui se passe dans la tête d’un détenteur de QI hétérogène (autrement dit, la majorité des HP) :

Pour ma part, avoir maîtrisé précocement le langage ne m’a jamais aidé des masses pour résoudre une équation au tableau… Il fut d’ailleurs une époque où j’étais en guerre contre les maths. Mes compétences logico-mathématiques sont pourtant dans la moyenne haute, donc techniquement je ne suis pas en retard par rapport aux autres. En revanche, je suis en retard par rapport à moi-même : les zones cérébrales correspondant à mes points forts étant sur-développées, la zone cérébrale que je souhaite utiliser pour résoudre une équation me semble en comparaison à la traîne, incompétente… Là, je perds confiance en moi, je panique, je bloque et je me saborde. Je sais que je ne suis pas nulle en maths, mais je sens que je suis nulle en maths. De mon point de vue, mes compétences dans cette matière paraissent catastrophiques. Celles de mon voisin normo-pensant (=pas HP), par contre, paraissent extraordinaires (c’est un génie ce mec sérieux, comment il fait pour réussir cet exercice ?). J’ai peut-être 20, 30 ou 40 points de QI de plus que lui, mais ici ça ne compte pas : je me sens profondément stupide à côté de lui. Si ça se trouve, on a exactement le même indice de QI en logico-mathématiques… mais moi, je suis HP. Je suis décalée. Et cet exercice de maths, il me semble insurmontable, et moi je me sens nulle.

C’est ça, un profil complexe. Ces HP ont un manque notoire de confiance en eux, considèrent la perfection comme la norme et sont impitoyables envers eux-mêmes : ils voudraient réussir tout ce qu’ils font aussi bien qu’ils réussissent dans leurs champs de prédilection. Leur grande peur de l’échec les paralyse, ils n’osent pas essayer, craignant d’être confronté à un sentiment de sous-réalisation par rapport à toute l’énergie qui sommeille en eux… Parfois, au contraire, ils se jettent dans l’action jusqu’à l’épuisement, considérant le moindre relâchement comme un signe honteux de faiblesse. Ils craignent leur propre jugement et leur propre colère. Plus que les autres, ils doivent apprendre à s’accepter dans leur imperfection, à tomber pour mieux se relever. Et c’est ce qu’ils font : avec leur esprit torturé, ils alternent constamment les phases « Je sers à rien, achevez-moi/Ah, encore une crise d’angoisse » et « Libérééééée délivrééééée/I’M THE KING OF THE WORLD » (on sent pas le vécu…). Cette attitude conduit certains psys à diagnostiquer un trouble bipolaire à des HP qui s’ignorent et comptent sur un professionnel désinformé pour mettre un mot sur leur décalage : or, si elle relève d’une pathologie pour un non-HP, il s’agit d’un processus normal pour un HP .(Bonne nouvelle petit zèbre : t’es pas malade. Mais du coup désolée, on ne peut pas te soigner, tes rayures partent pas au lavage…) On appelle cela la « désintégration positive », car si tout va bien le surefficient en ressort chaque fois un peu plus fort et épanoui.

L’article complet ici avec l’aimable autorisation de C

Comment repérer les « surdoués » autour de vous au bureau

30/05/2017//Rozenn Le Saint//BFMTV

Parfois, derrière les « bizarres » de service se cache des dons cachés. Et même une surdouance, complètement ignorée. Par eux-mêmes, car ils n’en ont pas forcément conscience, mais aussi par leur hiérarchie. Pour autant, tous les « originaux » du bureau ne sont pas des surdoués cachés. Seulement 2 à 5% de la population est dotée d’un QI hors norme, c’est-à-dire supérieur à 120, quand la moyenne oscille entre 90 et 100.