« Haut-potentiels », ces enfants qui souffrent dans les salles de cours

theconversation.com//Richard Delaye

Comme nous le rappelions avec Patrice Adam dans l’ouvrage Tous talentueux :

« La gestion des “jeunes talentueux”, enfants intellectuellement précoces selon la terminologie française, doit être une préoccupation centrale tant elle est impactante à moyen ou long terme dans les organisations. Malheureusement, si de nombreux pays ont mis en application les recommandations formulées en 1994 par le Conseil de l’Europe pour éviter “de gaspiller les talents et par conséquent les ressources humaines par manque d’anticipation dans la détection des potentialités intellectuelles et autres”, bon nombre de ces jeunes potentiels – qui constituent entre 3 et 10 % de la population scolaire européenne – sont en situation d’échec et de décrochage scolaire. »

Du précoce au zèbre

Même si le terme peut induire chez l’enfant, qui, conscient de cet « avantage » mais qui ne l’utiliserait pas, une forme de pression, le terme de haut potentiel intellectuel (HPI) convient davantage à celles et ceux généralement qualifiés de précoces ou de surdoués. En outre, cette appellation montre bien qu’il s’agit d’un « potentiel » qui ne se réalisera pas obligatoirement.

Être HPI, c’est avant tout avoir un mode de pensée et une structure de pensée différents et c’est la raison pour laquelle l’enfant puis l’adulte HPI (car on le reste toute sa vie et même au-delà puisqu’il semblerait que le phénomène se transmette) peuvent rencontrer de sérieuses difficultés d’adaptation tant durant leur scolarité que dans la société en général. Il convient néanmoins de ne pas se laisser aller à la simplification car tous les HPI ne répondant pas aux mêmes traits de personnalité.

Les travaux de Betts identifient des profils en fonction de leurs comportements, attitudes, besoins, perceptions des autres et aides à leur apporter. On retrouve ainsi les « successful », « creative », « underground », « at-risk », « multi-exceptional » et « autonomous learner » chacun ayant ses spécificités propres.

Une autre approche très intéressante est celle de la psychologue clinicienne Jeanne Siaud-Facchin. La praticienne a su, à travers une métaphore pertinente, personnifier ces individus au schéma de pensée « hors de la norme » atténuant quelque peu tous les fantasmes et préjugés attachés à cette population particulière. Ainsi elle leur préfère l’appellation de « zèbre », parce qu’elle considère que « c’est un des seuls les animaux sauvages que l’homme n’a pas pu domestiquer » et que son pelage alternant les ombres et la lumière incarne entièrement son caractère : celui, paradoxal, faisant cohabiter splendeur de vivre et sentiments destructeurs voire suicidaires.

En effet, la question du suicide reste épineuse. De nombreuses études montrent que ces jeunes HPI sont davantage exposés à des syndromes majeurs dont les tendances suicidaires. La cause ? Le sentiment d’isolement souvent provoqué par une incompréhension de leurs enseignants, de leur famille mais surtout des camarades de leur âge avec lesquels ils tentent de partager des réflexions qui mettent en évidence les incohérences, les injustices d’un monde qu’on leur présente et qui ne correspond pas à leur idéalité. Lorsqu’ils s’expriment sur ces sujets « d’adultes », ils ne reçoivent pas toujours une oreille attentive et bienveillante et sont injustement jugés comme étant extravagants, décalés, voire prétentieux. En guise de retour, ce sera de l’étonnement et de la surprise dans le meilleur des cas. Sinon, ce sera de la moquerie voire une hostilité brutale.

C’est pourquoi l’incompréhension qu’ils subissent régulièrement génère une frustration qui, accompagnée d’une perte de sens rend leur construction difficile et peut vite les faire tomber dans une forme de dépression existentielle que James T. Webb décrit parfaitement bien.. Mais pour Cécile Bost, ces préoccupations existentielles les poussent également à s’investir intensément dans des activités académiques, politiques, sociales ou religieuses. Du reste, parce qu’ils sont différents, ils s’intéressent aux biographies de personnages ayant choisi de suivre des chemins « hors normes », différents… dans lesquels ils pourront s’identifier

Curiosité et intuition

Les jeunes HPI connaissent beaucoup de choses et ils épatent très souvent pour leur âge. Les questions qu’ils se posent entre 12 et 15 ans, avec un langage plus élaboré que leurs camarades, pourraient être celles que se pose un adulte qui traverse la crise de l’âge mûr et ceci ne va pas sans creuser encore un peu plus le fossé avec leurs amis voire avec leur entourage. Cette curiosité quasi-maladive en fait des êtres assoiffés de connaissances en perpétuel questionnement et s’ils ne raffolent pas toujours de l’école, en tant qu’institution avec ses contraintes, ils ont une appétence toute particulière pour apprendre tout ce qui peut être appris. Mais ce qui les caractérise le plus, c’est incontestablement leurs dispositions supérieures dans l’art de relier des éléments d’apparence épars et paradoxaux ce qui leur permet d’aborder les questions d’une manière générale et globale… très gênant dans une classe à l’école ou au sein d’une équipe en entreprise.

Ces points forts ont néanmoins leur pendant. En effet, par réaction antagoniste ils s’ennuient vite et ont tendance à être très sélectifs dans leur investissement. S’ils aiment ils seront engagés plus que de mesure dans la tâche, quitte à passer pour des perfectionnistes, mais ils se lassent de celles qu’ils estiment répétitives car elles ne représentent aucune valeur ajoutée à leurs yeux.

Et toute leur vie sera ainsi rythmée. Cependant, l’utilisation permanente de l’intuition avec un sentiment renforcé de « bonne étoile » qui les guide (cf. article sur Napoléon et l’intuition) et dont ils dont usent allègrement dès leur plus jeune âge et leurs prédispositions à contourner la nécessité d’apprendre à apprendre peut faire apparaître, dans certains cas, un sérieux déficit en matière de méthode d’apprentissage ce qui peut s’avérer préjudiciable pour suivre une scolarité ou ils pourront être en échec ou ultérieurement dans le monde du travail.

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Je suis surdoué : comment me faire des amis ? Monique de Kermadec

Clara Crochemore//mariefrance.fr//jeudi 13 avril 2017

Dès les petites classes, dans la cour de récréation, les enfants surdoués peuvent se sentir en décalage avec leurs camarades. Ils ont accès à une langue plus adulte et n’ont pas forcément les mêmes centres d’intérêt, que ce soit au niveau des émissions qu’ils regardent ou des chansons qu’ils écoutent. Si notre enfant est surdoué, il faut alors l’aider à trouver des supports de partage (une activité sportive, artistique, etc.). Il est important de de lui apprendre que même si l’échange intellectuel est précieux, il existe également d’autres formes d’échange avec lesquelles il pourra tout aussi bien s’épanouir.

Les loisirs : une autre forme de partage pour se faire des amis

A l’adolescence, si l’enfant surdoué a un ou deux ans d’avance, il est possible qu’il sente un énorme décalage avec les autres élèves au moment de la puberté. Etant le « bébé de la classe », il pourra avoir du mal à partager les mêmes discussions. Mais là encore, comme le précise Monique de Kermadec, certains hauts potentiels s’en sortent très bien et réussissent à trouver leur place grâce à une intelligence relationnelle. D’autres, de leur côté, peuvent au contraire se réfugier dans cette douance pour expliquer leur difficulté à se faire des amis.

Les adultes surdoués, quant à eux, peuvent avoir tendance à rechercher d’autres adultes surdoués en se disant qu’ils arriveront mieux à nouer des liens avec des personnes ayant un QI égal au leur. Pourtant, ce qu’ils ne doivent pas oublier, c’est qu’il est possible de trouver de réelles satisfactions avec des personnes qui partagent les mêmes passions, mêmes si ces dernières ne sont pas surdouées. Que vous soyez passionné par l’alpinisme ou la photo, ce sont ces temps de partage qui permettent d’être heureux, qu’ils soient partagés ou non avec un autre haut potentiel. Ce qui est important, c’est de trouver des bases de partage. Même si ‘l’intellectuel reste fondamental, ce n’est pas le seul moyen pour rentrer en contact avec les autres et se sentir épanoui.

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Surdoués mais vulnérables: le mal-être des adultes « zèbres »

Publié le vendredi 12 février 2016 à 09:35//http://www.wort.lu/fr

Hypersensibles, leur cerveau est un bolide et leur QI frôle les sommets. Un atout mais aussi une souffrance pour certains « zèbres », des adultes à haut potentiel intellectuel qui, à l’instar d’enfants surdoués, pâtissent de leur différence et d’un sentiment de décalage avec la société.

Des parcours chaotiques

« J’en peux plus de voir autour de moi des dizaines de personnes qui sont testées zèbres et qui se retrouvent à 30 ans, 40 ans, 50 ans, au Smic, dans des parcours professionnels où ils n’avancent pas », insiste cet architecte, qui a découvert sa douance (surefficience intellectuelle, ndlr) sur le tard et à qui on a souvent conseillé, dans sa jeunesse, de laisser tomber les études après quatre redoublements.
Des parcours chaotiques évoqués aussi lors d’un récent colloque à Vitré (Ille-et-Vilaine), où une psychologue intervenant auprès de chômeurs en difficulté confiait repérer parmi eux « pas mal de zèbres, pas la majorité, mais beaucoup ». « Et ils tombent de l’arbre quand je leur en parle! », poursuivait-elle.
Et pour cause, car le profil des adultes surdoués ne colle pas vraiment avec le mythe du génie, brillant et sans soucis.

Connexions ultra-rapides

Dotés d’un quotient intellectuel très élevé, d’au moins 130 quand la moyenne est de 100, les adultes surdoués possèdent surtout, dès la naissance, un fonctionnement cérébral atypique.
Une manière de penser réunissant à la fois des caractéristiques intellectuelles et psychoaffectives, explique Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne spécialiste des surdoués, à l’origine de la création de Zebr’adultes.
Autrement dit, leur grande puissance intellectuelle, due à des connexions neuronales ultra-rapides, est indissociable d’une grande sensibilité, source de vulnérabilité, qui les conduit parfois à vivre une broutille comme un « cataclysme ».

Une sensation d’isolement et de décalage

Cette mécanique particulière – attestée par les neurosciences et qui explique aussi leur pensée « en arborescence », très foisonnante mais difficile à faire partager – « peut donner énormément de force, des leaders incroyables capables de mobiliser les autres et, en même temps, crée souvent une sensation de solitude, d’isolement, de décalage », précise la psychologue.
Un mal-être qui va « de la personne qui se sent toujours un peu angoissée, déprimée, jusqu’à des dépressions sévères, des hospitalisations pour des tentatives de suicide, des burn-out, des troubles anxieux généralisés majeurs, une incapacité à s’insérer dans le milieu professionnel », témoigne Jeanne Siaud-Facchin.

« On épuise tout le monde, on se met en marge »

« Le monde du travail est souvent très difficile » pour les adultes surdoués, reconnaît Muriel Lussignol, présidente de Zebr’adultes, créée en janvier dernier et qui regroupe plus d’une centaine d’adhérents, de « l’étudiant à des mamies de 70-80 ans ».
Ils y « souffrent d’un manque de reconnaissance, ne comprennent pas pourquoi ils sont laissés de côté, pourquoi leurs idées ne sont pas exploitées, pourquoi on ne s’appuie pas sur eux », détaille-t-elle.
Outre l’ennui « parce qu’ils ont dix coups d’avance sur ce qui va se dire » en réunion, ils « peuvent passer pour arrogants quand ils expriment leur pensées », poursuit-elle.
« On a des idées atypiques, c’est probablement la force des zèbres mais, au bout d’un moment, on épuise tout le monde, on se met en marge », raconte Bruno Choux, en soulignant également « le manque de confiance en soi chronique ».

Le syndrome de l’imposteur

Et c’est sans compter sur le syndrome de l’imposteur, très fréquent et parfois paralysant chez les adultes surdoués.
« L’alchimie subtile entre une lucidité aiguisée et une sensibilité exacerbée fait que le surdoué doute toujours: il y a une autocritique qui se met en place en permanence, l’impression qu’on n’est pas à sa place et que les autres vont se rendre compte qu’on est beaucoup plus nul » que ce qu’ils pensent, analyse Jeanne Siaud-Facchin.
« Un truc de fou! », confirme Benjamin Tardif, 31 ans, chef d’entreprise et président de l’association de surdoués Mensa France, en se remémorant son début de carrière, dans une société de jeux vidéo: « je me disais toujours: il faut que je m’en aille, ils vont se rendre compte que je suis mauvais », témoigne-t-il. Une fois parti, il sera remplacé par… trois personnes.

Des parents qui se reconnaissent et qui s’effondrent

Un syndrome qu’il parviendra à surmonter notamment grâce au repérage de sa douance à 23 ans, après une première dépression à 6 ans. « Ça a été un boost, je me suis dit que j’avais moins de chances d’échouer qu’un autre donc que je pouvais aller encore plus loin », se félicite-t-il, en précisant ne jamais s’être « senti au-dessus des autres, juste différent ».
Le diagnostic, « parfois douloureux » pour Muriel Lussignol, « est une façon de restituer son histoire, en se réconciliant avec soi-même », estime de son côté Jeanne Siaud-Facchin. Elle s’est notamment intéressée aux adultes à haut potentiel en voyant des parents, venus consulter pour les difficultés scolaires ou comportementales de leur enfant, « s’effondrer » à l’annonce de la douance de celui-ci, se reconnaissant finalement dans son parcours.
« Il y a de plus en plus de choses mises en place pour les enfants surdoués (…) mais pour les adultes, je trouve qu’on est encore très loin du compte », regrette Muriel Lussignol, dont l’association veut alerter les pouvoirs publics sur ce « gâchis énorme de potentiels en France ».

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«Doués et oubliés»: la douance, pas toujours un cadeau

Qu’est-ce qu’une maman doit répondre à sa fillette de cinq ans qui lui reproche de l’envoyer à l’école en alléguant qu’il s’agit là d’une «insulte à son intelligence»? Comment un parent peut-il motiver son garçonnet musicien, qui rêve de devenir paléontologue et violoncelliste, mais qui peine à trouver des amis qui partagent les mêmes intérêts que lui à la récréation? Doit-on s’inquiéter si notre bout de chou récite l’alphabet à 18 mois et sait lire le tube de dentifrice à trois ans? Est-il sain d’envisager une entrée au secondaire à 10 ans pour un enfant apte à «sauter» des niveaux scolaires?

On parle souvent et abondamment des bambins qui souffrent de difficultés d’apprentissage, mais beaucoup plus rarement des jeunes surdoués qui s’ennuient en classe parce que trop en avance intellectuellement sur le reste du groupe.

Souvent laissés pour compte, avec des symptômes qui s’apparentent fréquemment à ceux du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) – hypersensibilité, impulsivité et incompréhension de leur entourage -, les enfants surdoués ou «à haut potentiel» sont autant à risque de prendre une mauvaise tangente, de décrocher ou de faire une dépression que ne le sont les gamins qui ont du mal à apprendre, car le rythme d’enseignement à l’école traditionnelle est trop lent ou inadapté à leurs capacités. L’absence de défis et, donc, de motivation, affecte l’estime de soi de l’enfant, qui aura de surcroît du mal à connecter avec les camarades de son âge.
En revanche, excellents dans leur champ d’activité, brillants et articulés, ces petits bouts d’hommes et de femmes pourraient donner des complexes à bien des adultes à l’intelligence dite «normale».

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La douance, un concept encore méconnu au Québec

DOUANCE. Aux États-Unis, on les appelle des «gifted child», en France, on parle d’eux comme ayant un haut potentiel intellectuel, et au Québec, on emploie le terme «douance» lorsqu’il est question de ces enfants dont le quotient intellectuel est de 130 ou plus. La section Lanaudière-Laurentides de l’Association Haut Potentiel Québec (HPQ) propose une séance d’information, le 6 avril à Mascouche, sur cet enjeu qui touche près de 2% de la population.

Le manque d’informations et de ressources sur la douance au Québec est flagrant, selon Julie Fortin, enseignante au niveau primaire et membre responsable des activités pour la branche lanaudoise de l’Association.
– Être surdoué amène souvent un autre diagnostic, tel qu’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) ou de la dyslexie par exemple
– Julie Fortin, membre responsable des activités pour la branche lanaudoise de l’Association

« C’est un concept méconnu et récent au Québec et il faut qu’il fasse son chemin. Certaines commissions scolaires québécoises ont des politiques pour enfants doués ou talentueux depuis plusieurs années, mais ce n’est pas uniforme à l’ensemble de la province », remarque-t-elle en ajoutant que même la communauté scientifique ne semble pas creuser la question.Même s’il n’existe pas une seule façon de définir le concept de douance, selon l’Association québécoise des neurologues, les spécialistes s’entendent pour dire qu’il est inné et qu’il comprend trois sphères d’habileté en interaction, soit la composante de l’aptitude intellectuelle élevée (intelligence), de la créativité et de l’implication.

« Ce sont des enfants très sensibles aux stimuli, comme aux intensités de lumière, aux sons et aux textures, décrit Mme Fortin. Ce ne sont pas des caprices, parce qu’ils ressentent mille fois ce que nous ressentons. Ils sont bombardés d’informations, d’où leur grand besoin d’être rassurés. »

Un vocabulaire élaboré et une belle syntaxe avant l’âge, une grande empathie ainsi qu’une mémoire phénoménale sont aussi des indices possibles de douance. Mais qui dit enfants doués ne dit pas nécessairement réussite exemplaire en classe, selon l’enseignante et membre de HPQ.
Quand douance rime avec TDA/H
« Être surdoué amène souvent un autre diagnostic, tel qu’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) ou de la dyslexie par exemple », cite-t-elle.
Que ce soit parce que l’enfant s’ennuie en classe, parce qu’il a de la difficulté à contrôler ses émotions ou parce que ses pensées défilent à la vitesse de l’éclair dans sa tête, Julie Fortin espère mobiliser les représentants de la Commission scolaire des Affluents (CSA) autour de l’éducation entourant les enfants à haut potentiel intellectuel.
« À la CSA, il n’y a rien d’officiellement mis en place pour ces enfants. Dans les classes régulières, les enseignants font de leur mieux, mais les groupes sont très hétérogènes et il est difficile de répondre aux besoins de tous les élèves. Mon but serait de les regrouper dans une même classe », affirme-t-elle.
En tant que responsable des activités pour la section lanaudoise de HPQ, Mme Fortin a ainsi pu constater les effets bénéfiques des rencontres entre les enfants doués. « C’est impressionnant de voir comment ils interagissent entre eux. C’est comme s’ils parlaient le même langage et on dirait qu’ils n’ont même pas besoin de se parler pour se comprendre.»

Préjugés et manque de valorisation
C’est en 2012 que des parents d’enfants doués fondent l’Association Haut Potentiel Québec et ce n’est que l’automne dernier qu’une branche s’implante dans notre région. « Nous ne considérons pas que nos enfants font partie d’une élite ou sont exceptionnels, ce sont simplement des enfants au fonctionnement cognitif et émotionnel différent », partagent les fondateurs sur le site Web de l’Association.
Une phrase qui reflète les préjugés associés à la douance et auxquels doivent faire face les parents ainsi que leurs enfants présentant un haut potentiel intellectuel. « C’est comme si on était vantards: on valorise les athlètes, les artistes, mais les génies, on leur accole des préjugés négatifs alors que nous devrions les mettre en valeur », croit Mme Fortin.
Pour elle, les enfants doués d’aujourd’hui sont de futurs adultes qui, si leur potentiel est exploité adéquatement, peuvent réaliser de grandes choses. « Ils aiment aller au fond des choses et sont créatifs. Ils peuvent ainsi faire avancer la recherche », conclut-elle.
La conférence à Mascouche se veut ainsi une rencontre entre les parents d’enfants à haut potentiel intellectuel et les acteurs du milieu, soit des professionnels de l’éducation ou du domaine de la santé, afin d’amorcer un travail et une réflexion pour mieux accompagner ces enfants.
La soirée d’information de Haut Potentiel Québec se tiendra le jeudi 6 avril de 19h à 21h au 575, montée Masson à Mascouche, au Syndicat de l’Enseignement de la région des Moulins, salle Laure-Gaudreault. Pour information: lanaudiere@hautpotentielquebec.org

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« Surdouée, j’ai enchaîné les petits boulots et les dépressions »

Propos recueillis par Emilie Tôn, publié le 07/04/2017 à 09:47//lexpress.fr

À l’école, j’ai toujours eu du mal à me faire aimer des autres enfants. Malgré tous mes efforts, je n’étais pas comme eux. Ils ne m’aimaient pas et je ne comprenais pas pourquoi.

En entrant au CP, je savais déjà lire. J’étais très en avance. Il a été question de me faire sauter une classe, mais comme je pleurais en permanence, la direction a décidé que je n’étais pas prête à rejoindre des enfants plus âgés. J’étais docile, gentille. Parce que j’avais les meilleures notes de la classe, les autres enfants me traitaient de « chouchoute de la maîtresse », alors qu’elle me méprisait.

Je n’avais pas beaucoup d’efforts à fournir pour me maintenir première de la classe. Au CM1, je ne me suis pas méfiée d’une nouvelle élève. Elle a pris ma place: j’en ai beaucoup pleuré et l’ai reconquise. Je me devais d’être la meilleure. Je voulais que la maîtresse m’aime. En classe, je me tortillais dans tous les sens pour répondre, mais l’institutrice disait toujours « on sait que tu sais, quelqu’un d’autre veut répondre? » Je semblais toujours l’excéder. J’ai fini par arrêter de lever la main.

J’ai laissé l’intello que j’étais derrière moi

L’arrivée au collège laissait espérer des changements positifs. J’allais chez les grands et tournais ainsi le dos au calvaire qu’était l’école primaire. Mais dès la première évaluation, les problèmes ont commencé. Je subissais un harcèlement féroce, qui a continué longtemps. Une fois de plus, j’étais l’intello, et les autres élèves n’aimaient pas les intellos. Ils faisaient de mes amies et moi leurs souffre-douleurs, mais il n’y avait que moi que cela perturbait. Le soir, je pleurais dans ma chambre.

Progressivement, mon niveau a baissé, sans être mauvais pour autant. Je voulais absolument me faire des amis parmi les gens populaires. Donc, lorsque je suis entrée au lycée, j’ai décidé de laisser l’intello que j’étais derrière moi. J’ai décroché et suis devenue une élève très moyenne -ce que ma psy appelle aujourd’hui le nivellement- au point d’avoir mon bac au rattrapage. J’ai été à la fac, puis j’ai arrêté pour enchaîner les petits boulots, ainsi que les dépressions

Les surdoués, plus sujets aux dépressions

Je n’ai jamais su m’y prendre avec les gens. J’ai l’impression de ne pas avoir les outils pour vivre en société. Pendant des années, j’ai surjoué la fille libérée. Je ne savais plus qui j’étais. Je souffre d’anxiété sociale. A chaque nouvelle rencontre, je suis dans une situation de stress intense. Toutes ces choses m’ont poussé à croire que j’étais folle, anormale, dérangée.

Lorsqu’une chose m’intéressait, je me plongeais à corps perdu dans les recherches. Cela m’obsédait, il fallait que j’épuise le sujet. Et lorsque je me suis intéressée à la dépression, j’ai appris, dans un article, que les surdoués y étaient plus sujets que la normale. Je n’ai pas tout de suite relevé.

Parallèlement, mon fils aîné de trois ans m’a demandé de lui apprendre à lire. Je le savais intelligent, à 18 mois, il parlait très bien et fascinait tous les adultes qui le croisaient. J’ai alors commencé à me documenter sur les enfants précoces. Au fil de mes recherches, j’ai revu toute mon enfance. J’ai donc fait appel à une psychologue spécialisée. Au téléphone, elle m’a dit qu’il était préférable que mon fils attende un peu avant de passer les tests, car les résultats ne sont pris en compte qu’à partir de 6 ans par l’Education nationale. Cependant, je pouvais les passer.

TÉMOIGNAGE >> Surdouée et mère d’enfant surdoué: « J’ai espéré que mon fils ne soit pas concerné »

Le jour du bilan, j’ai fondu en larmes dans son bureau. Pendant toutes ces années, je pensais que j’étais bête, que c’était pour cette raison que je n’arrivais pas à m’adapter. En réalité, j’étais surdoué.

Une affaire de famille

Selon la psy, il est possible que toute ma fratrie soit concernée. Ma sœur a vu une spécialiste qui lui a confirmé que c’était son cas. Mon fils -qui a aujourd’hui huit ans- a un très haut quotient intellectuel (plus de 145). J’ai peur qu’il en souffre, mais, pour l’instant, tout semble bien se passer. Les enseignants essaient de lui donner des exercices plus adaptés à son niveau, mais nous n’avons pas voulu qu’il saute une classe car il voulait rester avec ses copains. Il a la chance d’en avoir.

Le plus jeune, qui a cinq ans, est probablement concerné aussi. Il est moins populaire à l’école maternelle. Quand je vais le chercher le soir à la garderie, il est souvent en train de jouer tout seul dans son coin alors que les autres jouent en groupe. Ça me fait de la peine, mais lorsque je lui demande s’il est heureux, il me répond que oui.

Un taux de suicide préoccupant

J’ai expliqué à mon grand que son cerveau fonctionnait différemment, en lui précisant qu’il n’était pas plus intelligent que les autres, mais que son intelligence fonctionnait autrement. Le taux de suicide est assez préoccupant chez les surdoués, mais mon ex-mari -qui a appris son haut QI à l’adolescence- comme mon fils aîné ont l’air bien dans leur peau, preuve que la souffrance vient aussi du fait de ne pas l’avoir identifié.

Malheureusement, les tests sont chers et toutes les familles n’ont pas les moyens de les payer [le WISC, ou « échelle de Weschler », coûte plusieurs centaines d’euros]. Et s’il est possible de les passer gratuitement dans les centres médico-psychologiques, les psys n’y ont pas de formation spécifique pour décrypter correctement les résultats. Savoir qu’un enfant est précoce sans comprendre son fonctionnement ne l’aide pas. C’est regrettable, car les conséquences peuvent être catastrophiques.

*Le prénom a été modifié

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Surdoués : «Pour une fille qui a un problème, je vois cinq garçons»

Par Charles-Alexandre Louaas • Publié le 05/04/2016 à 20:40//Le Figaro

INTERVIEW – Jean-Charles Terrassier est un psychologue fondateur en 1971 de l’Association nationale pour les enfants intellectuellement précoces. Aujourd’hui, il regrette de voir ces intellectuels choisir l’argent au détriment de l’humanisme et pointe les grandes différences de développement entre les filles et les garçons.

LE FIGARO.- Pourquoi les enfants dits «surdoués» auraient-ils besoin d’une éducation particulière?

Jean-Charles TERRASSIER. – Beaucoup souffrent de dyssynchronie. C’est un concept que j’ai développé, un terme que j’ai inventé et qui aujourd’hui est dans le dictionnaire. C’est-à-dire que leur évolution affective n’est pas à la hauteur de leur évolution intellectuelle. Ils ont des émotions et des affects d’enfants de leur âge, alors que leur intelligence est 4 ou 5 ans en avance par rapport à leur âge réel. Ils sont dyssynchrones au niveau graphique. Ils savent lire avant de savoir écrire correctement et cela fait des ravages.

Faut-il aller voir un psychologue?

Il y a encore beaucoup de psychologues qui nient l’intelligence, qui ne révèlent pas la précocité de certains enfants aux parents, qui cachent leur QI (quotient intellectuel). Je comprends en partie leurs craintes mais lorsque j’en vois un, c’est banal pour moi. Lorsque je livre mes conclusions, je ne saute pas de joie. Les parents et l’enfant comprennent que c’est une partie de leur personnalité. Il s’agit de respecter cette personnalité.

Pourquoi les enfants précoces ne réussissent-ils pas tous leurs études?

Il y a la personnalité globale et dans cette personnalité il y a l’intelligence. La personnalité de l’enfant va-t-elle permettre à l’enfant d’exprimer son intelligence pleinement? Les parents peuvent être fautifs en adoptant certains comportements qui détruisent littéralement le potentiel de l’enfant. C’est pourquoi, j’ai écrit des conseils dans mon livre, Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante (voir ci-dessous), qui expliquent comment faire échouer un enfant doué (à prendre à contre-pied bien sûr! ).

Les garçons et les filles précoces ont-ils les mêmes problèmes?

Il y a une différence énorme. Pour une fille qui a un problème, je vois cinq garçons. Beaucoup n’ont pas la patience de persévérer, les filles elles, sont beaucoup plus réalistes. Elles persévèrent plus dans l’acquisition de l’écriture par exemple. Ils sont plus nombreux à être dyslexiques, dysagraphiques, bègues, font au lit tard. Les garçons sont une population fragile. On s’en aperçoit au niveau des résultats scolaires, les filles sont très largement en tête. Les garçons sont beaucoup plus attirés par le plaisir immédiat. Beaucoup de talents masculins sont perdus, car ils n’ont pas trouvé de plaisir dans les activités scolaires. Certains se sauvent en ayant des hobbies qui les éloignent du programme scolaire. Ils peuvent ensuite réussir brillamment dans certains domaines, qui sont approfondis de façon autonome.

Que propose l’Éducation nationale?

Cela fait 20 ans que j’en parle et l’Éducation nationale commence à peine se pencher sur ce problème qu’ils n’ont pas vu ou n’ont pas voulu voir. Ils font ce qu’ils peuvent mais la diversité des cas les perd. Ils prennent conscience de la possibilité de nourrir les enfants précoces avec des cours supplémentaires sur internet. Des cours qui répondent à leurs questions.

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