L’entreprise et sa machine à café : enfer des autistes « Asperger »

Coline Vazquez et Bruno Lu // le 15 mai 2018 //nouvelobs.com

Impossible de louper Adrien. Cheveux noirs en bataille et doudoune rouge, ce grand mince de 26 ans piétine près du canapé bleu aux coutures défoncées. D’une voix maternelle, Miriam Sarbac le pousse vers nous. « Vas-y, Adrien ! » Il s’anime et nous alpague.

« Vous en avez pour combien de temps ? Parce que dans vingt minutes, j’ai un cours d’échecs ! »

Avec lui, l’heure c’est l’heure. Adrien court après le temps. Il nous déroule si vite son parcours qu’il en mâche ses mots. Mouline des bras, sourire forcé. Tape du poing sur la table en signe de ponctuation.

Entre l’entreprise et lui, on ne peut pas vraiment parler de love story. Il s’y sent « incompris », « pas à sa place » dans un monde qui lui est inconnu. Adrien est ce qu’on appelle un autiste de haut niveau, aussi dit « Asperger ». Un handicap invisible. Rien ne distingue Adrien des autres geeks de son âge. Mais pour lui et ses potes Adnan, Louis ou Guillaume, trouver un job est une grosse galère.

Mark Zuckerberg et Mozart

Ils se retrouvent chaque samedi au cœur de Paris, dans le cocon créé en 2010 par Miriam : l’association Asperger Amitié.

L’autisme est un trouble envahissant du développement qui se traduit par des relations sociales altérées et des centres d’intérêts restreints. La communication verbale est parfois impossible.

Le syndrome d’Asperger, du nom du psychiatre allemand Hans Asperger qui l’a identifié en 1941, se caractérise lui par l’absence de déficit intellectuel. Il arrive que, comme pour Adrien, ce syndrome se combine avec un haut potentiel intellectuel, ou Haut Quotient Intellectuel (HQI). D’où le mythe persistant de l’autiste surdoué, nourri par la pop culture.

Dans les années 1980, le film « Rain Man » de Barry Levinson ou, de nos jours, la popularité de Sheldon Cooper, personnage principal de la série américaine « The Big Bang Theory », en témoignent. Des grands noms — Bill Gates, Mozart ou Mark Zuckerberg — sont aussi brandis en guise de références.

À l’association, les petits génies en ont gros sur le coeur. Pour peu qu’on leur donne la parole, le vieux canapé se transforme vite en divan de consultation.

L’intégration, ça coince

« Je sais réparer trois fois d’affilée une box Internet sans faire venir de technicien », se vante Adrien. Lui a la possibilité de pouvoir travailler « en milieu ordinaire », c’est-à- dire avec les neurotypiques, personnes sans trouble autistique. Mais, mal orienté après un CAP en pâtisserie, il s’est retrouvé à bosser avec « un patron abruti ».

« Ça n’allait pas du tout ! », s’énerve-t- il. La table tremble. « Il manipulait mes horaires, me mettait sous surveillance abusive… » Son licenciement est le premier d’une longue série. Malgré les conseils d’Asperger Amitié, rien n’y fait. Adrien ne trouve pas sa place en entreprise, qu’il associe à des « complications », « complots » ou « méthodes répressives ».

La situation d’Amanda est plus stable. Cette trentenaire à l’air juvénile, cachée derrière de longs cheveux noirs, rate un BTS comptabilité à cause de sa terreur du téléphone. Puis elle écourte une formation de transformation fromagère, parce qu’elle « n’avance pas assez vite ».

Malgré ces échecs, Amanda trouve finalement sa voie. Elle qui voulait « travailler avec les animaux » a été embauchée, en mars 2013, comme technicienne de laboratoire dans un élevage de souris. Un poste réservé aux handicapés décroché par ses propres moyens et l’aide de la psychologue de l’association. Peu loquace, le regard fuyant, on imagine facilement les difficultés d’Amanda. Pas de quoi la décourager : elle s’acharne à « bien faire les choses ».

Pour la plupart des autistes Asperger, trouver un job rime avec angoisse. «Je suis en recherche d’emploi depuis près de quatre ans», soupire Ansoirdine, 28 ans. Ce roi du classement de dossiers et des tableurs a pourtant une bonne expérience du monde du travail. Dans son ancienne boîte, avant la liquidation, « tout le monde était bienveillant ». Mais depuis, vide complet. « Dans la journée, je m’ennuie. »

Il multiplie les activités : judo, tir à l’arc, peinture. Ansoirdine voudrait faire de la mise en rayon dans une grande surface. Mais rien. Aucune opportunité ne s’offre à lui. « Je n’ai pas de piste. »

La machine à café

Les associations recensent entre 100 000 et 400 000 autistes Asperger en France, tous différents. Mais le folklore du petit génie demeure. Parmi eux, combien travaillent ? Pour Elaine Hardiman- Taveau, présidente de l’association Asperger Aide France : « Très peu. Il y en a certainement beaucoup qui sont sans-abris ou enfermés chez eux. »

Pourtant, dans leur domaine de compétence, spécifique à chacun, ils peuvent être « plus forts que les autres ». Une valeur que peu d’employeurs savent reconnaître derrière les difficultés sociales.

« Les autistes Asperger n’arrivent pas à traduire ce qui est implicite et abstrait, poursuit Elaine Hardiman-Taveau. L’implicite, c’est ce qui dicte notre manière de se comporter avec la personne en face – en fonction de son sexe, de son âge, de son accent… Sans qu’on s’en rende compte, il y a un petit package qui oriente la conduite vis-à- vis de la personne. »

Les stratégies à mettre en place sont compliquées. Surtout dans l’entreprise, lieu de représentation sociale par excellence. « Les Asperger sont des aveugles sociaux », tranche-t- elle.

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Il y a autant de «douance», qu’il y a de doués!

Tanya Izquierdo Prindle Auteure//13/04/2018// Huffpost

La douance est un sujet sur lequel plusieurs mythes foisonnent dans la société. Ce qui est compréhensible étant donné que cette condition est relativement rare et encore grandement méconnue au Québec. La problématique centrale qui génère la plupart des mythes liés à la douance est la suivante : la tendance à associer une caractéristique observée chez un doué et dès lors, l’attribuer à TOUS les doués. Cette généralisation qui se produit sans sens du discernement est en effet la source de la majorité des mythes qui circulent la douance. La solution: toujours considérer que chaque doué, adulte ou enfant, est différent tant dans son développement que dans la nature de ses habiletés naturelles, que dans la manifestation comportementale de sa douance.

Plusieurs facteurs influencent ladite manifestation de la douance. Par exemple, quand un adulte ou un enfant est doué et TDAH, doué et dyslexique ou encore doué et autiste. Cette addition de conditions chez une même personne modifie la façon dont se manifeste la douance chez elle. Encore, pour éviter les mythes, il faut faire preuve de discernement!

Il faut absolument comprendre que malgré cette addition de conditions chez certains doués, la douance demeure la douance, le TDAH c’est le TDAH et l’autisme c’est l’autisme. Il faut éviter de faire des amalgames puisque cela ne ferait qu’accentuer les mythes associés à chaque condition respective.

Il faut éviter de faire des amalgames puisque cela ne ferait qu’accentuer les mythes associés à chaque condition respective.

Deuxièmement, la personnalité de l’adulte ou de l’enfant qui présente une douance a aussi une influence majeure sur sa personne, sur son comportement et donc sur la manifestation de sa douance. Troisièmement, tous les doués ne possèdent pas tous les mêmes habiletés naturelles ni les mêmes intérêts. Chacun développe des talents et des expertises qui sont influencés par ces deux derniers facteurs (habiletés naturelles et intérêts), tant chez les adultes doués que chez les enfants doués. Chez l’enfant, il faut aussi considérer l’environnement familial dans lequel il grandit et évolue.

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Les lourdes conséquences du déni de précocité intellectuelle

enfantsprecoces.info //

Comme nous pouvons le lire fréquemment dans vos témoignages sur les forums d’EPI, il n’est pas rare que des parents soient confrontés à un véritable déni de la part de leurs interlocuteurs lorsqu’il s’agit d’évoquer le haut potentiel de leur enfant. Ce déni peut se manifester de différentes façons, soit par une refus clair et net d’accepter la notion même de précocité et donc un refus total de la discussion à ce sujet, soit, plus insidieusement, par la non reconnaissance des particularités de l’enfant à haut potentiel, ce qui entraîne la non prise en compte des conséquences qui s’y attachent.

Il faut bien faire la différence entre le déni (refus de voir et d’accepter) et la méconnaissance du sujet, qui n’a pas cette connotation négative liée au refus pur et simple.

Le déni dans la famille et chez les amis

Je me souviens encore aujourd’hui de la réaction de certains de nos proches à l’annonce de la précocité de notre aîné, ce qui pour nous était une bonne nouvelle, une surprise certes mais une surprise agréable censée au moins entraîner de la curiosité si ce n’est plus…  Je devrais plutôt parler d’absence de réaction. Même passé le premier moment de surprise, c’est resté un non-événement, un sujet tabou, un truc gênant dont on ne parle pas,  il fallait continuer à faire comme si de rien n’était.

Ce déni de l’entourage proche est assez difficile à vivre non seulement parce qu’il vous coupe les ailes d’un seul coup et qu’il gâche un moment qui aurait dû être un instant de joie partagée, mais aussi pour la suite. Il vous laisse seul avec tous vos questionnements et devant toutes les futures décisions à prendre, en particulier concernant le volet scolaire. C’est particulièrement difficile pour de jeune parents qui aimeraient pouvoir bénéficier de l’aide de leurs père et mère.

Nombre d’entre vous ont aussi évoqué le fait de ne pouvoir partager ce constat, même s’agissant de leur enfant, avec leur conjoint. C’est peut être plus fréquent lorsque l’un seulement des parents se reconnaît dans l’enfant à haut potentiel et que l’autre parent n’en présente pas les caractéristiques. Celui-ci ignore bien souvent celles de son conjoint et ne peut tout simplement pas s’imaginer qu’une telle hypothèse soit plausible. Admettre ce constat remet alors en question une partie de l’équilibre du couple et pose le problème du regard posé sur un enfant à haut potentiel qui ne ressemble pas (cognitivement) à l’un de ses parents. Ce dernier pourra avoir du mal  à interpréter ou à accepter la chose car il n’obéit pas tout à fait aux mêmes codes que son conjoint.

Dans ces cas, le déni empêche une bonne compréhension de la situation : compréhension des besoins réels de l’enfant, appréhension de ses capacités réelles, de l’intensité de ses réactions, de sa sensibilité particulière. Il fait obstacle à un accompagnement positif,  à la fois stimulant et rassurant.

Le déni à l’école

Le déni de haut potentiel existe bien sûr aussi, et ô combien,  dans le système éducatif. Malgré les textes en vigueur et le gros travail d’information fourni par les bénévoles, parents, associations, sites d’informations… les enseignants n’ont dans les faits aucune obligation réelle de reconnaître et de prendre en charge la précocité intellectuelle d’un enfant.

Combien de parents se voient-ils tout bonnement refuser la possibilité même de discuter de la précocité, combien se retrouvent-ils refoulés, se présentant pourtant avec un bilan psychologique valable en mains ? On leur refuse des aménagements prévus par les textes officiels comme le saut de classe, la mise en place de suivis particuliers… Ici le déni est encore plus dévastateur car les parents  se retrouvent d’année en année soumis à la bonne ou à la mauvaise volonté de personnes qui ont en charge l’éducation de leurs enfants. Ils ne peuvent aujourd’hui compter sur un protocole établi qui permettrait de suivre correctement les élèves concernés. Tout peut être remis en question chaque année, selon la réceptivité du personnel enseignant. L’enfant précoce doit se construire dans une perpétuelle incertitude et, souvent, dans un climat peu favorable.

Ce déni, quelles qu’en soient les raisons (incompréhension, tabou, crainte de ne pouvoir assumer un sujet qui vous dépasse, normalisation, choix philosophique ou politique, surcroît de travail, manque de moyens…) a finalement des conséquences sur la construction de la personnalité des enfants et adultes en devenir mais aussi sur leur avenir.

Les conséquences psychologiques et affectives du déni de précocité

La première conséquence est de ne pas laisser les enfants concernés exprimer leur vraie nature et tout leur potentiel :

Pour grandir n’importe quel enfant a besoin d’encouragements, d’un cadre bienveillant, de pouvoir progresser (grandir c’est progresser), de reconnaissance et de félicitations. Or l’enfant précoce à qui on dénie certaines facultés et que l’on bride, que l’on veut freiner parce que son rythme naturel ne correspond pas à la norme de son âge, ne trouvera pas les encouragements dont il a besoin si l’on ne se met pas à sa portée et à son niveau.

Par exemple s’il sait compter jusqu’à mille à 4 ans, qu’il ne peut le dire ou doit le cacher, qu’il doit passer de longues années de maternelle à « calculer » jusqu’à 10, quelle satisfaction peut-il avoir au fond ? Comment le valoriser lui si cette aptitude n’est pas reconnue ?

Par ailleurs, il peut y avoir d’autres aspect de son développement (souvent des aspects physiques) qui sont moins avancés et  sur lesquels il peut paraître « à la traîne ». Si votre enfant ne sait pas rouler à vélo à 5 ans, ceux-là même qui refusent de reconnaître sa précocité intellectuelle ne se priveront pas de vous le faire remarquer, que ce soit à l’école ou en famille. Il est donc indispensable pour vous d’équilibrer la balance, de féliciter votre enfant  pour ses efforts et ses progrès sur ces aspects et de compenser favorablement dans les domaines où il le mérite.

Connaître la vraie nature, les vraies forces et les vraies faiblesses de vote enfant enfant est un aspect primordial de son bon développement. La négation de ses particularités peut conduire à une totale perte de confiance car le potentiel, même s’il est là, a besoin de conditions favorables pour s’exprimer.

L’enfant qui se construit et grandit en décalage par rapport à ses pairs a en retour un modèle qu’il ne comprend pas et auquel il ne peut que très difficilement à se conformer.  Ce n’est souvent pas faute d’essayer, cependant cet enfant qui essaie d’échanger avec ses codes à lui est incompris de ses camarades, que ce soit à cause de son langage trop élaboré, de ses centres d’intérêts peu communs, de sa compréhension du monde décalée : à force d’échecs dans ses tentatives de communication, il finira par renoncer, s’isoler, voire se marginaliser. C’est le cas de l’enfant seul dans la cour qui attend sur un banc, marche interminablement sur les lignes qui tracent un terrain de sport, de celui dont on se moque parce qu’il a l’air « inspiré », ou encore dont on finit par s’éloigner parce que, malgré des efforts de la part de ses pairs, il mettra trop longtemps à répondre car il est absorbé par  ses pensées ou cherche une réponse parfaite.

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La grâce des enfants doués

Finistère. Surdoués : « Mieux comprendre pour mieux aider »

Philippe GUEGAN //ouestfrance/02/02/2018

Une conférence sur le haut potentiel chez les enfants est organisée à La Forêt-Fouesnant (Finistère), samedi 3 février. La psychologue, Jeanne Siaud-Facchin, apporte un éclairage dans leur compréhension.

La psychologue Jeanne Siaud-Facchin parlera, ce samedi 3 février, des enfants à haut potentiel lors d’une conférence à La Forêt-Fouesnant (Finistère), intitulée « Le haut potentiel chez les enfants : comment transformer cette atypie en atout, dans la famille, à l’école et dans la vie ». Entretien avec cette spécialiste.

Quel est l’objet de la conférence ?

L’info que je vais faire passer est : Quelle incidence peut avoir un enfant surdoué dans le cadre familial ? Mais aussi : Qui sont vraiment ces enfants, en quoi leurs particularités peuvent avoir des échos dans leurs relations aux autres ? Comment peut-on mieux les comprendre pour mieux les aider, qu’on soit à une place de parent ou d’enseignant ? Les comprendre intimement pour pouvoir bien ajuster l’aide qu’on va mettre en place, quel que soit le lieu. La clé est la bienveillance, afin de s’ajuster aux besoins de son enfant.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les surdoués ?

La première chose, c’est que tous les enfants surdoués n’ont pas tous des difficultés. Il existe des enfants surdoués bien dans leurs peaux, bien dans leurs têtes, bien dans leurs corps. Ils ne rencontreront pas du tout d’obstacle dans leurs parcours. Ils ont beaucoup d’atouts dans leurs jeux et sauront les utiliser. Être surdoué n’est ni une maladie, ni un handicap. C’est une particularité, avec des singularités qu’il faut bien comprendre pour avoir une réponse adaptée.

Quand elles se présentent, quelles sont ces difficultés ?

La plus générique est le décalage associé au sentiment de différence. Ils ont la sensation de ne pas être toujours raccord avec les autres, ils ont l’impression qu’il y a un écran de verre entre eux et leur environnement. Ils ont le sentiment d’être présents avec les autres, sans se sentir vraiment en lien. Ce sont des enfants qui vivent avec des valeurs non négociables, qui sont extrêmement sensibles à l’injustice ou à la confiance et l’amitié. La moindre chose qui va venir ternir ce sentiment de valeur très fort va considérablement perturber leur ajustement social. Ils vibrent au moindre murmure du monde.

Comment détermine-t-on le haut potentiel ?

Il y a un critère de base international qui correspond à un score sur des échelles d’intelligence validées (le WISC-V est composé de 10 subtests ou 10 domaines de l’intelligence sont explorés). Ce score doit être égal ou supérieur à 130 avec un plafond à 160. Cela correspond à deux écarts types, par rapport à un score moyen de QI établi à 100. Mais il faut aussi tenir compte du « tableau clinique », ou des raisons psychologiques, des troubles associés (dyslexie, dyspraxie, troubles de l’attention) ne permettant pas à l’enfant d’exprimer pleinement son intelligence.

L’Éducation nationale tient-elle compte de cette différence ?

Il existe des textes officiels où il est clairement stipulé que les Enfants intellectuellement précoces (EIP), doivent bénéficier d’aménagements pédagogiques. Il y a obligatoirement un référent pédagogique dédié à ces enfants dans toutes les académies. Ces élèves doivent être signalés par les enseignants alertés soit par des critères positifs ou négatifs. Mais c’est bien de l’initiative des parents de les faire évaluer par des psychologues.

L’article

Enfants précoces. « Une pédagogie de la bienveillance » – Quimper

letelegramme.fr// Delphine Tanguy// 31/01/2018

Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne et psychothérapeute, est une des spécialistes de la compréhension et de l’accompagnement des enfants, adolescents et adultes surdoués. Entretien.

Dans l’esprit de beaucoup, un enfant intellectuellement précoce est synonyme de réussite scolaire. Est-ce le cas ?

Il y a énormément de représentations autour de ces enfants que l’on imagine comme des petits génies et des premiers de la classe, un peu comme Agnan dans « Le Petit Nicolas ». Quand on a ces grandes intelligences, c’est un atout important pour plein de choses dans la vie mais elles s’imbriquent toujours avec d’autres composantes de personnalité, en particulier l’hypersensibilité. Ce n’est pas de la sensiblerie. C’est avoir les cinq sens très exacerbés et capter en permanence les stimuli présents dans l’environnement. Un surdoué, il voit ce que les autres ne voient pas, il entend ce que les autres n’entendent pas et il ont même une sensibilité corporelle plus développée. C’est cette alchimie constante entre intensité de la sensibilité et intensité de la puissance intellectuelle qui fait que ces enfants peuvent se trouver en décalage par rapport à leurs pairs et en situation de difficulté scolaire car ils s’attendent à l’école à être nourris. Ce sont des enfants qui ont envie de savoir et pas forcément d’apprendre, de poser des questions et l’enseignant peut avoir l’impression qu’il est insolent. Il va s’entendre dire trop souvent, « ça n’est pas au programme, tu verras ça l’année prochaine » alors que la curiosité est un des moteurs essentiels chez eux. Et comme, en plus, ils ont un sens des valeurs non négociables – dont la justice !

Ces enfants peuvent-ils être en souffrance ?

Souvent les garçons manifestent leur inconfort de façon bruyante et les filles se suradaptent et vont mettre en place des stratégies d’inhibition, qu’on retrouve à l’adolescence quand elles ne vont pas bien avec des souffrances inextricables. On a tous besoin dans la vie d’être reconnus pour ce que l’on est. Ces enfants sont trop souvent soit méconnus par le corps enseignant, soit mal compris, soit stigmatisés. Il ne s’agit pas de mettre en place une pédagogie adaptée mais une pédagogie de la bienveillance. Et ce qui est incontournable pour ces enfants-là est valable pour tout le monde. C’est exactement le même principe que Maria Montessouri qui a monté ses classes pour les handicapés sensoriels et qui s’est rendu compte que ses méthodes étaient intéressantes pour tous les enfants. Il faut que les profs comprennent que s’ils posent des questions, ce n’est pas pour emmerder tout le monde, qu’ils ont besoin de complexité, sinon ils décrochent. Ce qui guette ces enfants-là, c’est l’ennui. Ce n’est pas à prendre à la légère, cela peut être une vraie souffrance.

Selon vous, est-il nécessaire de faire détecter assez tôt ces enfants ?

Je préconise, quand un enfant dysfonctionne à l’école, plutôt que de l’engueuler, de savoir pourquoi. Tout le monde a envie de réussir et les enfants aussi. Il est alors nécessaire de faire un bilan complet pour savoir par où on va passer pour l’aider à ce moment-là de son histoire.

Face à la précocité d’un enfant, les parents se sentent parfois démunis. Comment faire ?

Je pense que les parents sont les meilleurs experts de leurs enfants, contrairement à beaucoup de discours psy. Ces enfants ont besoin de se savoir compris et soutenus par leurs parents. Avec des enfants un peu atypiques, ce sont toujours les parents qui sont en première ligne. S’ils sont capables d’accepter pleinement leur enfant comme il est, ce sera beaucoup plus facile pour l’enfant de s’accepter lui-même et de lui permettre d’être accepté par les autres. Il faut aussi qu’ils fassent confiance à leur enfant pour chercher ensemble des solutions et n’hésitent pas à demander de l’aide aux enseignants. C’est une question de bonne intelligence de tout le monde.

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Surdouée, je n’ai ni diplôme, ni boulot, ni fric, ni mari. Mais je vais bien, merci

Barbara Krief  //l’Obs //24/01/18

J’ai eu 30 ans en octobre. Je vis seule avec mes trois enfants, issus de deux pères différents, je n’ai pas d’emploi, seulement un bac L en poche, et je suis surdouée.

Mes proches pensent que j’ai gâché ma vie

Lorsqu’il m’arrive d’en parler, chacun réagit différemment.

Il y a ceux qui pensent très fort avec leurs yeux que j’ai tout simplement « la grosse tête » et il y a les circonspects qui se disent que ma vie ou ce que je suis n’est absolument pas en adéquation avec l’image que l’on peut se faire d’une personne surdouée. Pas de carrière, pas d’études, pas de fric, pas de mari, pas d’amis…

Pour tous, famille et connaissances, j’ai « gâché » ma vie.

J’ai dépensé un temps et une énergie infinis à devoir justifier mes « étrangetés », mes choix « hors normes » et, au mieux, on me considérait comme une extravagante, une capricieuse ou une farfelue, au pire, comme une folle, une malade, un danger pour les autres et moi-même…

J’ai fini par me méfier des autres

Au fil des années, j’ai fini par me méfier, par avoir peur aussi, des « autres » et je me suis repliée de plus en plus sur moi-même pour trouver refuge dans mon « royaume intérieur ». Pour ne plus souffrir de mon décalage permanent, de ce rapport au monde si particulier, j’ai érigé des montagnes entre lui et moi.

Par chance, malgré les galères et une souffrance chronique, j’ai pu mener pendant quelques années une vie que l’on pourrait qualifier de plutôt « stable », sans réelle nécessité d’avoir un emploi fixe et bien payé (je remercie ceux qui m’ont permis d’avoir cette chance).

J’ai travaillé ci et là, tantôt comme serveuse de bar, secrétaire d’école ou web rédacteur, tantôt comme correspondante locale, comédienne ou professeur de théâtre dans un conservatoire. J’ai travaillé quand je le voulais, quand cela faisait sens, quand ça me plaisait. Un vrai luxe.0 J’ai même travaillé pour « rien », gratuitement, juste pour le plaisir de faire quelque chose qui me donnait satisfaction, à moi, mais aussi aux autres.

Je suis ce que l’on nomme une « scanneuse »

Des désillusions, j’en ai connu, bien sûr. Comme la fois où j’ai voulu travailler dans les pompes funèbres avec pour seule motivation d’accompagner au mieux et dans la dignité des familles endeuillées et qu’on m’a renvoyée froidement que mon profil n’était pas assez « commercial »…

Cela m’a laissé donc bien du temps libre pour bichonner mon « royaume intérieur » et le parer de toutes les richesses intellectuelles, humaines, que j’ai pu glaner au fil du temps (lorsque ma souffrance était trop grande mais que je n’avais pas envie de tout détruire).

Dès qu’un sujet m’intéresse, je le développe avec passion jusqu’à un certain degré de connaissances et je l’abandonne aussi vite pour passer à autre chose. Dans le jargon des surdoués, je suis ce que l’on nomme une « scanneuse ».

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