C’est mon histoire : « Moi, haut potentiel et à côté de la plaque »

Publié le 9 mai 2021 elle.fr

À la faveur d’un test de quotient intellectuels, Élise comprend pourquoi elle a tant de difficultés à communiquer et à trouver sa place parmi les autres et dans le monde. 

Lorsque les résultats de mon test Wais sont tombés et que les mots « haut potentiel intellectuel » ont été prononcés, j’ai cru qu’on parlait de quelqu’un d’autre. Je me suis même retournée pour voir si la psy ne s’adressait pas à une personne derrière moi. J’avais tellement l’habitude d’être à la ramasse que cela me semblait invraisemblable d’avoir eu tout bon. Mon cœur battait fort. Mes émotions se mélangeaient. « Il n’y a rien de grave, essaya-telle de me rassurer. Au contraire, c’est une bonne nouvelle ! Vous avez juste une intelligence qui fonctionne différemment de celle des autres. »

La révélation

Je venais de fêter mes 37 ans. Une de mes meilleures amies, dont l’enfant avait été diagnostiqué « HP », m’avait poussée à faire ce test. Nadia estimait me voir dans le profil de son gamin, « ce côté à part, disait-elle, ultrasensible ». Elle en était convaincue. Moi, la posture de rebelle me collait trop à la peau pour y songer sérieusement. « Ouais, ouais », je lui répondais, cause toujours. Je m’étais pourtant empressée de lire l’ouvrage qu’elle avait un jour oublié « par hasard » chez moi : « Trop intelligent pour être heureux ? », de Jeanne Siaud-Facchin. J’étais sidérée : le bouquin racontait ma vie. Hyper-émotivité/extralucidité/excès d’empathie/Difficulté à exprimer une idée… Je cochais toutes les cases. Même celle des sens exacerbés. Parfois, j’imaginais avoir les oreilles bioniques de Super Jaimie tellement j’étais capable de suivre toutes les conversations en même temps dans une pièce. J’ai relu le livre trois fois. Tout collait. J’avais consulté des tonnes de psys et d’experts en développement personnel. On m’avait vue bipolaire, borderline, dépressive… Pourquoi pas surdouée ? Bon. Mon estime de moi-même ne me permettait pas d’adhérer au concept à 100 %. Disons que j’étais loin de me considérer comme Einstein. Mais, pendant des mois, j’ai vécu avec mon auto-diagnostic en me gardant bien de le faire confirmer par un médecin. J’avais trop peur de constater ma réelle folie. « Mais il faut que tu saches qui tu es !, s’énerva Nadia, comment tu fonctionnes, c’est vital pour toi. » Je la connaissais depuis le collège. Elle avait assisté à tous mes déboires existentiels. « T’es space, toi », étaient d’ailleurs les premiers mots qu’elle m’avait adressés avant qu’on ne devienne amies. On était en sciences nat’ ; j’avais dû dire tout haut le flot bordélique de ma pensée. C’est à cette époque que j’ai commencé à réaliser ma différence.

« En fait, je m’ennuyais. En cours, avec mes amis, au bureau… Je décrochais invariablement à un moment donné »

Avant, j’étais la petite fille joyeuse, à l’aise partout, même après avoir sauté une classe. J’étais peut-être plus bavarde que la moyenne. Plus curieuse aussi. J’assaillais de questions mes pauvres parents jusqu’à tard le soir. « En quoi est fabriquée l’apesanteur ? », « Y a-t-il un dieu chez les loups ? »… Ils me répondaient avec plus ou moins de patience, fiers que leur unique et adorable princesse s’intéresse à tant de choses. C’est au collège puis au lycée que mon décalage avec les autres s’est creusé. Je déployais pourtant beaucoup d’énergie pour m’adapter, mais, dès que j’ouvrais la bouche, je tombais à côté. Le plus dur, c’est que je voyais très bien ce que les autres pensaient de moi. Alors, je tentais de compenser mon côté « ovni » par une attitude désinvolte à coups de look grunge et d’humour décapant. J’avais compris que le rire me permettait de mettre à distance toutes les émotions qui me submergeaient. Mes résultats scolaires de petit clown n’étaient pas mirobolants mais suffisants pour envisager de bonnes études, même si j’allais changer quatre fois d’orientation. En fait, je m’ennuyais. En cours, avec mes amis et, plus tard, au bureau, je décrochais invariablement à un moment donné et partais dans les méandres de ma pensée. Ma tête était pire qu’une recherche sur Google, quand on commence par une simple recette et qu’on finit par regarder une vidéo sur l’extinction de l’humanité alors qu’on n’a rien demandé. Le plus difficile, c’était au travail. D’ailleurs, j’en changeais tous les ans, passant pour une éternelle insatisfaite. Archi, prof, graphiste, libraire… je cherchais désespérément ma place. « Du calme, Madame Je-Sais-Tout, on va essayer de travailler avec méthode », m’avait un jour rembarré un boss paternaliste devant mon impatience pour faire avancer une réunion. Ça me rendait dingue, ces digressions pour arriver au résultat que je soutenais depuis le début. J’allais vite, mais personne ne me suivait. On me reprochait d’être prétentieuse, moi qui doutais en permanence, confuse parce que je peinais souvent à expliquer un raisonnement, susceptible, distraite, impulsive… Bref, je n’étais jamais juste. Avec les hommes aussi, je m’ennuyais vite. En quelques semaines, j’avais l’impression de connaître la personne mieux qu’elle-même (défauts compris). Du coup, je n’aimais que les débuts d’histoire lorsque les sens étaient encore en éveil. C’étaient les rares moments où je vivais dans l’instant. « Tu ne t’intéresses à rien, ni à personne », m’avait lancé un des derniers élus blessés. Si seulement j’avais pu expliquer ce qui ne tournait pas rond. Je m’épuisais. Je n’avais qu’un rêve : partir en vacances de moi-même.

Mon nouveau moi

En sortant du cabinet de la psy, après la « révélation », j’avais l’impression de voir à 360 degrés. Des années d’incohérences et de malaises revenaient tout à coup dans ma mémoire et s’emboîtaient comme un puzzle. Je n’étais pas folle, il y avait une explication. L’estime de moi-même reboostée, j’ai alors lu tout ce que je pouvais sur la douance. Je dressais des listes et des listes (je suis la reine des listes) pour tout savoir et tout comprendre. Aidée de ma psy, chaque semaine, je dessinais les contours de mon « nouveau moi ». Aujourd’hui, un an plus tard, ce n’est pas toujours simple mais je ne fais plus semblant. Je connais un peu plus chaque jour mon « mode d’emploi ». J’accepte le fait de chialer en voyant une mère de famille qui fait la manche avec ses mômes devant le Monoprix sans pour autant lui donner ma chemise. J’essaie de me protéger. Je ne regarde plus les informations, les réseaux sociaux et les films angoissants. Je préfère voir mes amis en petit comité et c’est encore mieux lorsqu’ils sont à l’autre bout de la France ; j’adore bouger. Je me suis mise au vélo, à fond. Curieusement, quand je pédale, je ne mouline plus. Côté boulot, j’ai arrêté d’essayer de m’adapter et j’ai monté ma propre boîte. Autant dire que je ne m’ennuie plus, je fais le boulot de dix personnes. J’aime toucher à tout et surtout cette liberté de mener ma propre barque. Il n’y a qu’avec les mecs que c’est encore laborieux, mais j’y travaille. On ne peut pas être doué partout.

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Haut potentiel intellectuel : au travail, ce don se transforme-t-il en fardeau ? | Welcome to the Jungle

welcometothejungle.com 28 avril 2021

Entrevoir la solution d’un problème dès son énoncé, avoir l’impression que son cerveau ne s’arrête jamais de tourner, mener plusieurs tâches de front à la fois, pouvoir être galvanisé par un projet, et mis à terre par la remarque d’un collègue la minute suivante… Être dans la tête d’un « surdoué » n’est pas de tout repos. En France, 2,3% des enfants scolarisés sont considérés comme « intellectuellement précoces » selon les calculs de probabilité de l’OMS, et, une fois adultes, ces « haut potentiels intellectuels » (HPI) ont parfois bien du mal à trouver leur place en entreprise. Si leurs capacités intellectuelles hors normes pourraient laisser présager d’un avenir professionnel brillant, ce « don » s’accompagne pourtant de difficultés sur le plan social et émotionnel. Alors comment tirer parti au mieux de ses capacités quand on est surdoués ? Et comment savoir que l’on fait partie de cette catégorie ? Pour mieux comprendre le fonctionnement de ces profils atypiques, nous avons échangé avec la psychologue Arielle Adda, spécialiste de la « douance », et avec Mathilde et Mélanie, toutes deux détectées HPI.

Qu’est-ce qu’un « surdoué » ?

Au terme de « surdoué » (qui impliquerait que d’autres sont « sous-doués »), les professionnels de la santé préfèrent le terme de personnes « douées », de « haut potentiel intellectuel », ou encore de « zèbres », une appellation popularisée par la psychologue Jeanne Siaud-Facchin. Et pour cause, être HPI ne repose pas uniquement sur le fait d’être un génie des maths, ou d’avoir sauté une classe, mais sur une façon de raisonner différente.

Le test le plus reconnu pour diagnostiquer un HPI est le test de WAIS, conçu aux États-Unis dans les années 40. Ce test, supervisé par un psychologue, permet d’apprécier les capacités intellectuelles d’un individu, en évaluant sa compréhension verbale, son raisonnement logique, sa mémoire, ou encore sa capacité à traiter les informations. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit donc pas d’un simple test de QI, mais bien d’un bilan complet, visant à analyser la façon dont l’individu réfléchit, analyse et traite les informations. Traditionnellement, quelqu’un est considéré comme HPI si son QI est supérieur à 130 (la moyenne étant fixée à 100), mais, là encore, seul un vrai test psychométrique permet de poser un diagnostic.

Ces capacités intellectuelles hors norme s’observent d’ailleurs sur le plan physiologique : une étude menée au CERMEP (Centre d’Imagerie du Vivant) de Lyon par les spécialistes Olivier Revol, Dominique Sappey-Marinier et Fanny Nusbaum, montre qu’à l’IRM, les cerveaux des HPI présentent une connectivité cérébrale bien plus importante que celles des individus « standards ». Les informations se transmettent plus rapidement, entre les deux hémisphères du cerveau, mais aussi au sein d’une même hémisphère.

Êtes-vous prêts à obtenir une promotion et comment la réussir ?

Quelles sont les caractéristiques d’un HPI ?

Grâce à cette étude, les chercheurs ont identifié deux profils de HPI assez distincts, les « complexes » et les « laminaires ». Les laminaires ont plutôt tendance à analyser, ils sont assez constants, organisés et rationnels, et sont généralement assez stables. Les complexes, eux, sont plus impulsifs, ont une intuition très développée, font preuve de créativité et peuvent avoir du mal à gérer leurs émotions. En somme, les complexes présentent souvent un décalage entre un intellect très mature et une sphère émotionnelle et relationnelle beaucoup plus fragile.

Globalement, même si chaque profil est différent, les personnes à haut potentiel se caractérisent dans l’ensemble par une très grande facilité à déchiffrer une situation, une façon de penser en arborescence, chaque idée en engendrant une autre ; une recherche de la complexité, une intuition assez développée, une grande créativité, une hypersensibilité émotionnelle, et un perfectionnisme poussé.

Ces attributs, s’ils peuvent se révéler très précieux dans le monde du travail, présentent toutefois leurs inconvénients quand il s’agit de s’intégrer dans un système hiérarchique, de faire passer ses idées, ou tout simplement de nouer des relations avec ses collègues.

Un diagnostic qui permet de mieux comprendre

« Je me suis rendue compte, au bout de quelques années d’expérience professionnelle, que je changeais de boite très souvent, j’avais du mal à trouver ma voie, se souvient Mélanie Poinas, consultante et formatrice en freelance, et auteure du blog “Suivez le zèbre”. Je pensais avoir un trouble de la personnalité, je voyais que les gens me trouvaient bizarre parfois, qu’ils ne me comprenaient pas toujours… »

C’est en discutant avec une amie, elle aussi haut potentiel, que Mélanie finira par se faire diagnostiquer HPI, à trente ans. « Ça a été libérateur ! Avant, j’essayais de rentrer dans un moule, d’être quelqu’un de standard. Là, j’ai compris que si j’avais autant de mal à me relier aux autres, c’était avant tout parce que mon cerveau n’avait tout simplement pas le même fonctionnement », retrace la jeune femme.

« Être diagnostiqué permet de mieux se connaître, et de savoir qu’il y a des choses du monde professionnel que l’on ne pourra pas supporter, souligne la psychologue Arielle Adda. Lorsque les gens ne savent pas qu’ils sont doués, ils ont tendance à ne voir que ce qu’ils font mal, à être très durs envers eux-mêmes voire à subir un vrai sentiment d’imposture. Avec un test, au moins ils parviennent à se regarder plus lucidement. »

Passer un véritable test en cas de doute, supervisé par un professionnel de la santé, permet donc de mieux comprendre son propre fonctionnement, et ainsi mettre des mots sur des traits de caractère qui, jusque-là, nous échappaient. Cela aide aussi à mieux appréhender quels sont les points de vigilance à avoir, à la fois vis-à-vis de soi et des autres.

Pour autant, Arielle Adda ne recommande pas à ses patients de dire à leurs collègues qu’ils sont surdoués, notamment en raison des préjugés qui sont associés à ce terme, surtout en France. Cela ne serait d’ailleurs jamais venu à l’idée de Mathilde, diagnostiquée HPI enfant : « Pour moi c’est une donnée de l’ordre du personnel, presque de l’intime, j’en parle assez peu autour de moi. Une des raisons à cela est le côté très galvaudé de ces mots « haut potentiel » ou « surdoué », ça me semble délicat de s’autoproclamer comme tel ou d’en faire un argument sur un CV. D’autant que c’est plus souvent vécu comme une galère et une manière différente de fonctionner que comme un truc fabuleux ! », explique la trentenaire. En effet, pour la plupart des personnes concernées, la vie professionnelle d’un “haut potentiel” est loin d’être un long fleuve tranquille.

Une communication difficile

« En tant que haut potentiel, nous attendons souvent des autres qu’ils prennent des pincettes avec nous, alors que nous n’en prenons pas. Il est difficile pour des profils comme nous d’admettre que l’autre a raison… Quand nous sommes convaincus de quelque chose, nous le sommes de tout notre être, ce qui nous rend peu réceptifs à ce que peut dire notre entourage », admet Mélanie. Parce que les idées fusent et que le chemin à suivre est évident pour eux, il est parfois difficile pour les HPI « d’attendre » les autres. « Certains de mes patients ne supportent plus les réunions qui n’aboutissent pas, ils ont le sentiment que lorsqu’ils alertent qu’un projet va dans le mur, ils ne sont pas écoutés. C’est très frustrant quand on est seul à voir quelque chose, que personne d’autre ne comprend », explique Arielle Adda.

Pour ne pas être trop impulsive et se laisser gagner par l’énervement, Mélanie a appris à développer des petites astuces : « La gestion des émotions est très importante quand on est HPI. On est vite agacés quand les choses ne vont pas dans le bon sens, donc en réunion ce n’est pas facile. J’utilise beaucoup la cohérence cardiaque (une méthode de gestion du stress par la respiration, ndlr) dans ces moments-là, je ne réponds jamais du tac au tac. Il faut apprendre à laisser un temps de latence : rester dans son bureau, aller respirer dans la cuisine, surtout ne pas réagir à chaud. »

Pour mieux apprendre à exprimer ses ressentis, la communication non violente peut être un bon outil. « Comme le HPI voit tout de suite ce qui ne marche pas, il a tendance à être immédiatement dans la critique. S’aider des techniques de communication non violente peut aider à changer l’expression de son besoin, cela nous apprend à communiquer de façon plus douce, à arrondir les angles », conseille Mélanie.

Parce que certains HPI sont très empathiques, certaines situations professionnelles peuvent être plus challengeantes que pour d’autres. « *Les HPI sont très vite heurtés, froissés, les blessures ne cicatrisent pas. Ils ont un besoin très fort de comprendre, et se mettent souvent à la place de l’autre. J’ai par exemple eu des chefs d’entreprise qui n’arrivaient pas à virer quelqu’un parce qu’ils avaient trop de remords, et mettaient ainsi en péril leur entreprise en gardant quelqu’un d’incompétent* », illustre Arielle Adda.

Hypersensibilité, impulsivité, perspicacité aigüe… autant de caractéristiques qui peuvent s’avérer difficiles à canaliser lorsqu’on entre dans le milieu de l’entreprise. Là encore, bien se connaître permet de développer des astuces pour adoucir ses relations avec les autres, et, le cas échéant, ne pas se laisser marcher sur les pieds.

Des individus plus sujets au burn-out

Paradoxalement, les personnes diagnostiquées surdouées sont souvent les dernières à reconnaître qu’elles le sont. Perfectionnistes à l’excès, elles ont l’impression de toujours pouvoir faire mieux. Ce sentiment s’explique souvent par le fait de réussir « trop facilement », sans avoir à travailler, et remonte la plupart du temps à des facilités scolaires évidentes. Une fois en entreprise, ce sentiment d’imposture pousse alors les individus à travailler toujours plus, les exposant à un plus grand risque de burn-out.

Mathilde, diagnostiquée HPI enfant, en a fait les frais lorsqu’elle a décroché son premier CDI. « *À l’époque, je travaillais pour une start-up qui faisait des MOOC. Je me mettais une pression phénoménale pour donner du sens à ce que je faisais, je me disais qu’il fallait que je parvienne à révolutionner le monde de la formation en ligne, je proposais plein de projets, je voulais mettre en place des podcasts, refaire une charte vidéo, etc. En tant que HPI, on se met une pression de dingue, donc si en plus ça se double d’un manque de confiance en soi, comme c’était mon cas, le cocktail peut être explosif. »

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Je suis une personne à haut potentiel et ma vie est un enfer

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BLOG – Haut Potentiel. Intellectuellement Précoce. Zèbre. Beaucoup de qualificatifs. Beaucoup de mots. On pourrait croire que c’est une chance d’ajouter ces étiquettes à sa personne. Et pourtant…

Être diagnostiqué c’est comprendre. Comprendre pourquoi les années ont été passées à rester souvent seul. Comprendre pourquoi expliquer quelque chose de simple est forcément difficile. Comprendre pourquoi tout est beaucoup plus complexe, difficile, que la normale.

Entre la fin de mes années de collège et le début de mes années de lycée, j’ai été diagnostique HP, Haut Potentiel, et EIP, Enfant Intellectuellement Précoce. Pour cela, j’ai été soumis à un test complet du WISC (Wechsler Intelligence Scale for Children) pour évaluer mon QI. Après de nombreuses minutes à chauffer mes méninges, le résultat est tombé, m’attribuant un QI de plus de 145… Le test a surtout révélé de nombreuses disparités de niveau: par exemple entre mon aisance motrice (repères dans l’espace…) et mes capacités de calcul ou du mental. C’est ainsi qu’a très vite été posé le diagnostic. J’étais un de ces 2,5% de la population mondiale avec un QI supérieur à 130. Vous croyez que ça me fait une belle jambe? Non! Et je compte bien vous faire vivre, à travers ces quelques lignes, l’enfer que cela représente, au quotidien, d’être dans la case difficile des HP, appelés aussi zèbres pour les intimes.

Pas de bouton ON-OFF

Chaque humain aura ses propres “symptômes” de HP. Je souffre aujourd’hui du manque d’une “fonctionnalité” de mon cerveau: le bouton ON-OFF.

Luc Besson comparait un tournage de cinéma à un train sans frein avec un conducteur à bord, le réalisateur, qui se doit de faire tout son possible pour éviter de tomber dans le ravin. Aujourd’hui, ce train, c’est l’activité folle de mon cerveau. Enchaînant les approches du ravin, mais surtout, en incapacité de s’arrêter. Non-stop. Nuit. Jour. Il fonctionne. Il m’épuise. Il me fatigue.

J’ai pourtant tout essayé: pleine conscience, méditation… Rien n’y fait. Je ne sais pas comment mettre mon cerveau en mode vide total. Et cela puise dans mon énergie, ma vitalité. La nuit, j’imagine 40.000 projets à la minute. La journée, j’imagine déjà les idées que je mènerais à bien dans 10 ans.

Dans la vie du quotidien d’ailleurs, je n’arrive pas à m’imaginer avec un seul projet, un seul objectif à la fois. Pour exister paisiblement, je ressens le besoin existentiel de m’animer intellectuellement sur plusieurs tâches à la fois. C’est un besoin, une nécessité.

On pourrait croire que c’est une chance. Non, c’est un fardeau. Car c’est épuisant. Imaginez: mon cerveau va plus vite que mon corps. Mon cerveau carbure 24/24 et 7 j/7. Tandis que mon corps a besoin de repos, de récupérer son énergie. Et à peine âgé de 21 ans, même si mes nombreuses expériences (association HUGO, tournage et cinéma…) sont grisantes et de vraies réussites, je me sens épuisé. Avec cette nécessité de tout couper. De tout stopper. Mais non, mon cerveau en a décidé autrement.

Difficultés pour exprimer les émotions

Autre difficulté que je ressens au quotidien, exprimer mes sentiments, mes émotions. Pourtant, c’est bien une explosion d’émotions que je ressens au fond de moi-même, dans ce cerveau opaque qu’est le mien. Aucune journée ne passe sans qu’à un moment je ressente des sensations, des émotions puissantes, intenses et infinies. Je ne sais pas vous, mais je suis même capable d’avoir des frissons en écoutant certaines musiques qui me font voyager qui me bouleversent.

Chaque élément de ma vie du quotidien nourrit ce cerveau boulimique. Une odeur, une couleur, un paysage, un goût, un plat: tout justifie une idée, un souvenir, un projet! Et surtout, cela se produit à puissance 1000! Intérieurement, c’est une fontaine de larmes qui fonctionne constamment. Visuellement, pourtant, j’ai souvent l’air d’un homme impassible. Seuls les moments les plus intimes ou les plus douloureux me voient souffrir à cœur ouvert.

Bien que très à l’aise pour m’exprimer à l’oral d’ailleurs, j’observe beaucoup de difficultés à présenter clairement mes idées, mes projets. J’ai toujours eu du mal, plus jeune, à expliquer mon raisonnement pour résoudre ces fameux problèmes de mathématiques. Passant par Z pour aller de A à B, j’avais pourtant la bonne réponse, mais personne ne comprenait ce cheminement, cette logique.

Beaucoup de mes compétences et savoirs d’aujourd’hui sont devenus comme innés. Bien que pour beaucoup (développement web, cinéma…) je les ai appris en autodidacte, ils sont comme naturels ou encore inexplicables. Et les expliquer, relève pour moi de l’ordre du défi. C’est d’ailleurs un enjeu majeur pour moi de préparer chaque prise de parole: synthétiser, trier, structurer et ordonner l’information avant de la prononcer.

Liens sociaux difficiles à tisser

Une conséquence bien concrète de ces souffrances du quotidien, c’est la difficulté réelle à créer des liens sociaux. Constituer une “bande d’amis”. Tisser des liens d’amitié solides. Trouver des “amis” de son âge. Tout cela est très difficile. Nouer ces relations privilégiées d’amitié est difficile à imaginer même si je suis entouré de nombreuses personnes bienveillantes à mon égard. Quand je parle d’amis, je parle d’hommes et de femmes de la même génération que la mienne. De personnes du même âge.

Tout. Tout cela. Être HP, c’est toutes ces souffrances, ces incompréhensions. Ces difficultés du quotidien. Et cela n’est qu’un aperçu de tout ce que je dois endurer chaque jour. C’est un combat de chaque jour, à tenir. Un combat sans fin. Un combat contre soi-même. Rien n’est plus dur que d’avoir en tant qu’ennemi son propre soi-même. C’est difficile, mais rien n’y fait, je tiendrais, je lutterai contre cela et je tiendrais bon!

Ces quelques lignes ne vous auront donné qu’une première idée d’un HP vu de l’intérieur. Mais il me paraissait important de le faire. D’abord pour ceux qui me lisent qui sont eux-mêmes HP, pour qu’ils prennent conscience qu’ils ne sont pas seuls à souffrir de cela, et que cela puisse les rassurer, les aider. Mais aussi, pour ceux qui ne le sont pas, car il faut l’être pour comprendre. Et à travers cette volonté, je souhaite que les zèbres, les HP, les EIP, ne deviennent plus des êtres à part, des humains en difficulté. Il est d’ailleurs prédit que nos comportements, définis comme des anomalies, seront la normalité de demain.

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Un parcours pour les élèves surdoués afin de prévenir le décrochage

ICI.Radio-Canada.ca/ Nicole Germain/

Depuis septembre, les élèves doués du Collège François-de-Laval, dans le Vieux-Québec, ont accès à un nouveau programme adapté à leurs besoins particuliers.

L’initiative appelée Parcours pour élèves à haut potentiel a été inspirée d’un besoin exprimé par un parent, dont l’enfant a un diagnostic de douance.

La maman nous avait invités l’an passé à un colloque de l’Association Haut Potentiel. C’est à partir de là qu’on s’est dit : « On peut faire quelque chose pour ces jeunes-là », relate Marc Dallaire, directeur général du Collège François-de-Laval.

Le programme permet aux élèves doués d’être exemptés de certains cours, lorsqu’ils maîtrisent la matière, pour se consacrer à un projet de création, que ce soit de nature littéraire ou scientifique, ou encore de jeux vidéo, par exemple.

Ce parcours leur permet de fréquenter le milieu scolaire régulier, ajoute Marc Dallaire, grâce à un projet personnel qui les passionne, qui est adapté à leur motivation afin qu’ils sentent un intérêt supplémentaire à demeurer à l’école.

Une participante au projet pour jeunes à haut potentiel du Collège François-de-Laval, Sandrine Nobert, et sa mère Caroline Pageau.

École à la maison

Avant son entrée au secondaire, Caroline Pageau, la mère de Sandrine Nobert, cherchait désespérément une école pour répondre aux besoins de sa fille qui a un diagnostic de douance. On se demandait, comment on va faire pour qu’elle soit assez heureuse, pour qu’elle ait le goût d’apprendre, se souvient Caroline Pageau.

Le passage vers la 6e année du primaire a été difficile pour Sandrine. C’est une année de consolidation des acquis, explique Caroline Pageau, pour être sûr que tout le monde est prêt à entrer au secondaire. On a dû lui faire l’école à la maison.

Ça n’a pas pris cinq jours, après sa rentrée en 6e année, Sandrine pleurait en rentrant de l’école. Elle nous demandait : « Est-ce que je peux faire autre chose? »

Le programme pour élèves à haut potentiel est arrivé au moment où Sandrine Nobert entrait au secondaire. Lorsqu’on nous a expliqué le projet, on était absolument convaincus que c’était la place où il fallait envoyer Sandrine.

Depuis que sa fille participe au programme en 1re secondaire, Caroline Pageau dit avoir constaté des bénéfices sur le plan de la motivation à l’école. C’est une école très ouverte. Dès qu’on voit une baisse de motivation, ils font des ajustements. C’est la différence parce qu’un enfant qui décroche, il décroche, ajoute-t-elle.

C’est des enfants qui ont besoin de défis donc tu ne peux pas juste les envoyer à la bibliothèque pour lire en attendant que le groupe arrive à la matière qu’il maîtrise moins, illustre Caroline Pageau, il faut qu’ils soient nourris continuellement. Et ce projet-là nourrit Sandrine.

La jeune fille âgée de 11 ans se dit aussi plus motivée d’aller à l’école depuis qu’elle réalise son projet de création de jeux vidéo. Si je comprends bien la matière, je peux aller sur mon ordinateur en classe et travailler sur mon projet, explique Sandrine Nobert.

Ça me prend de la motivation pour garder mes notes hautes, ajoute-t-elle, car des fois t’es juste tenté de partir, t’as pu le goût de travailler.

Participante au projet pour jeunes à haut potentiel du Collège François-de-Laval, Sandrine Nobert

Une quinzaine d’élèves doués se sont inscrits au nouveau programme. Ils sont toujours sous la supervision d’un membre du personnel qui fait le suivi des projets. Dans le cas de Sandrine Nobert, c’est son professeur de mathématique, Éric Lessard.

Pour m’assurer qu’elle comprend la matière dispensée en classe, je lui fais faire des exercices. Si c’est acquis, je lui autorise de travailler en classe sur son projet, explique Éric Lessard, professeur du Collège François-de-Laval.

Si le besoin se fait sentir, le participant au programme peut aussi sortir de la classe et poursuivre son projet soit à la bibliothèque, au local de sciences ou au centre de production multimédia.

Le programme est offert par le collège sans frais de scolarité supplémentaire.

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Et si vous étiez surdoué ?

marieclaire.fr/ Marion Surateau/

Vous pensez que les surdoués ont réponse à tout, comme Hermione Granger dans Harry Potter ? Détrompez-vous ! Les profils HQI (haut quotient intellectuel) ont tendance à poser plus de questions qu’à donner des réponses.

Le sujet de la douance étant finalement peu connu, toutes sortes d’idées reçues circulent sur ceux qu’on appelle aussi les HP (haut potentiel) ou encore les zèbres.

Le profil type du surdoué n’existe pas

Repérer un surdoué ou savoir si on l’est soi-même n’est pas chose facile. Pour preuve : il existe autant de profils de surdoués que de surdoués. Émotions décuplées jusqu’à l’hypersensibilité ou réactions inhibées, grande rapidité ou extrême lenteur selon les disciplines… Si certains connaissent l’échec scolaire et des difficultés dans leurs interactions sociales, nombre d’entre eux s’intègrent aussi très bien en société, à l’école puis au travail.

L’image la plus véhiculée du surdoué est celle de l’enfant précoce. Or, tous les surdoués ne sont pas détectés comme tels lorsqu’ils sont enfants. Certains mettent des années à découvrir leur douance. Nombreux sont d’ailleurs les parents d’enfants surdoués qui en viennent à se découvrir eux-mêmes à haut potentiel intellectuel après avoir fait passer des tests de QI à leurs enfants.

Autre idée reçue à laquelle il est important de tordre le cou : les surdoués ne sont pas forcément des génies en puissance, et ne réussissent pas forcément tout ce qu’ils entreprennent. Le système scolaire n’est pas d’ailleurs pas tellement adapté à leur manière d’apprendre et de fonctionner, et nombreux se trouvent en échec scolaire.

Des test de QI pour outils

Concrètement, on est estimé surdoué si on a un quotient intellectuel supérieur à 130. Le QI moyen se situe, lui, autour de 100. En dessous de 70, on estime que le quotient est déficient.

Les tests de QI sur internet n’ont pas de valeur scientifique, puisque les vrais tests reposent sur l’observation de psychologues. Autrement dit : ce n’est pas nécessairement la réponse qui est importante, mais la manière dont vous l’avez trouvée. Ces tests sont adaptés en fonction de l’âge (jeune enfant, adolescent, adulte). Ils couvrent plusieurs facettes de l’intelligence : de la façon dont on se repère dans l’espace à celle dont on exprime ses émotions.

Par ailleurs, ces tests ne sont pas infaillibles. À cause du stress, par peur de l’échec, ou lors d’une période de déprime, un haut potentiel peut parfaitement y échouer. D’autres, en revanche, au fil des entretiens avec le psychologue en charge des tests, peuvent également découvrir être plus que surdoués.

En effet, beaucoup d’autistes Asperger sont également surdoués. Attention, cela ne ne veut pas pour autant dire que tous les surdoués sont autistes Asperger et vice versa. Comme les Asperger cependant, les haut potentiel sont généralement très littéraux : un mot est un mot. On leur dit “larmes de crocodile”, ils pensent reptile et non chagrin inconsolable.

Les femmes moins bien détectées HQI 

Être à haut potentiel, c’est non seulement sentir des décalages profonds en soi entre ses émotions et son intellect, mais aussi se sentir en décalage par rapport aux autres. Certaines personnes précoces vivent très bien ce décalage et n’en souffrent pas. D’autres, surtout les femmes, développent ce que la psychologue Jeanne Siaud-Facchin appelle le “faux-self”.

Ce faux-self est une personnalité de façade qui leur permet de mieux s’intégrer et de passer inaperçues. C’est particulièrement le cas des femmes. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles ces dernières, qui se fondent trop bien dans la masse, sont moins souvent identifiées surdouées que que les hommes.

De plus, si l’estime de soi est généralement basse chez les personnes à haut potentiel, elle l’est d’autant plus chez les femmes, soumises très tôt à diverses injonctions héritées de nos sociétés patriarcales.

Ainsi, on ne les remarque pas, on les détecte donc peu, et, surtout, elles-mêmes se pensent rarement surdouées.

Une intelligence différente 

Au-delà du fait d’avoir plus de 130 de quotient intellectuel, être surdoué, c’est surtout penser différemment. C’est pourquoi les surdoués ont généralement des amis et des amours surdoués. La douance étant en partie génétique, les parents ne se rendent la plupart du temps pas compte de la douance de leur enfant, qu’ils n’estiment pas différents des enfants qu’ils étaient.

Réfléchir autrement, c’est aussi avoir cheminement de pensée dit “en arborescence”, qui n’est donc pas toujours linéaire et limpide, même pour les principaux intéressés. Ce qui explique, par exemple, le fait qu’un surdoué puisse résoudre un problème mathématique très rapidement sans vraiment réussir à expliquer comment.

Des personnalités anxieuses

Penser en permanence et (trop) vite peut occasionner de l’anxiété. D’autant plus chez les enfants surdoués, qui expérimentent un décalage entre leur maturité intellectuelle et émotionnelle. Cette spécificité peine encore à être prise en compte à l’école : ainsi beaucoup de petits surdoués et de petites surdouées n’exploitent pas pleinement leur potentiel et ne s’y épanouissent pas.

Pour cause : l’école s’appuie sur une multitude de sujets à explorer, mais pas forcément en profondeur. La plupart des enfants précoces aiment au contraire développer à fond un sujet. Le “small talk” ? Très peu pour eux. “Dire quelque chose doit toujours avoir du sens. Sinon, pourquoi parler pour ne rien dire ?”, résume Jeanne Siaud-Facchin dans Trop intelligent pour être heureux ? (éd. Odile Jacob).

De plus, les surdoués ne pensent pas à la vitesse de leur main. C’est-à-dire que, pendant qu’ils écrivent, mille idées fusent : du coup, ils n’ont pas toujours la plus jolie des écritures et ne sont pas toujours cohérents sur papier. C’est une des raisons pour lesquelles cette population est plus touchée par les troubles dyslexiques.

Une imagination fertile

Un point qui les rassemble tous, enfants, adultes, femmes et hommes : l’imagination. Qu’elles expriment cette imagination par une quelconque créativité ou non, les personnes à haut quotient intellectuel ont besoin, plus que les autres, d’ennui, d’espace pour penser et rêver.

Vous l’aurez compris, il y a autant de façons d’être surdouée que de personnes qui le sont. Ni chemin de croix, ni superpouvoir : le surdoué est finalement bien incarné par ces paroles de Michel Berger : “Il heureux, malheureux : comme nous. Il cherche ce qu’il voudrait : comme nous.”

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