Comment reconnaître une femme surdouée ?

Par Juliette Hochberg / le

Elle est brillante, passionnée, mais craint d’être « démasquée », car elle ne se trouve jamais assez performante. Les autres, au contraire, lui reprochent d’être « trop » : trop investie, trop exigeante… Éclairage de Monique de Kermadec, psychanalyste spécialisée dans les questions de précocité intellectuelle.

« Double différence, double défi. » Ainsi Monique de Kermadec, psychanalyste spécialisée dans les questions de précocité intellectuelle, a sous-titré son nouvel essai, La femme surdouée , paru ce 2 octobre chez Albin Michel. Double ? Femme et surdouée. Deux qualificatifs vecteurs de préjugés dans notre société, et qui, une fois reliées par la conjonction « et », en produisent de nouveaux.

Une personnalité empathique, déterminée et exigeante

Les femmes douées de surefficience intellectuelle ne vivent pas leur état de la même manière que les hommes aux Q.I élevés. Parce que leur différence n’est pas reçue de la même manière dans la société. Aussi parce que leurs spécificités féminines n’ont pas été prises en compte : les travaux effectués sur la douance « subissent la loi du masculin qui prévaut sur le féminin », note la spécialiste.

Quelles sont ces spécificités qui permettraient de reconnaître une femme surdouée ? Bien qu’elles soient chacune unique dans leur douance, toutes ces femmes que Monique de Kermadec reçoit dans son cabinet, sont empreintes d’un désir de reconnaissance, de débats profonds, passionnés. Elles sont en outre dotées d’intelligence émotionnelle, d’une détermination inébranlable mais d’une confiance en elle facilement cassable… Sans compter leur puissante exigence, envers elle-même d’abord, puis envers leur entourage.

Marie Claire : Dans vos précédents ouvrages, vous vous intéressiez à tous les individus surdoués. Pourquoi désormais écrire spécifiquement sur l’intelligence des femmes ?

Monique de Kermadec : Quand on parle d’intelligence féminine, on pense tout de suite à la sensibilité, à l’empathie, à une capacité de compassion pour l’autre, ou à l’intuition. Mais les études réalisées actuellement montrent qu’il n’y a pas de différences énormes entre le fonctionnement du cerveau masculin et du cerveau féminin. Les différences d’intelligence sont plus liées au contexte social, à l’environnement, ou si, dans leur éducation, les parents ont beaucoup insisté sur le fait qu’une femme doit se comporter d’une certaine manière et les hommes d’une autre façon…

On a souvent parlé des surdoués sans faire de distinctions de sexe, or, les femmes ne répondent pas de la même manière que les hommes aux contraintes d’une société dans laquelle les schémas de réussite sont encore imprégnés de sexisme. Il existe de grandes différences entre les hommes et les femmes dans la façon de vivre leur état.

Vous avez par exemple constaté qu’une femme surdouée souffre davantage qu’un homme à haut potentiel. Comment l’expliquer ?

D’abord, il y a des surdoués, hommes ou femmes, qui ne souffrent pas. Parce que dans leur environnement, et dès leur jeune âge, leur différence a été perçue de manière positive. Eux ont eu les conditions favorables pour développer leur talent.

Ceux qui n’ont pas été identifiés, ou ceux qui ont vécu dans des environnements où leur différence a été perçue de façon négative, peuvent être en souffrance. Et les femmes surdouées le sont davantage. Elles vivent leur différence plus intensément que les hommes surdoués. Elles vont chercher à faire plaisir à l’autre, à s’adapter. Pour cela, elles vont se comporter tel que l’autre l’attend, mettre en place une sorte de « faux-self« . Elles vont être un peu à l’écart de qui elles sont vraiment, dans la mesure où elles craignent de ne plus être appréciée en étant elles-même. Ceci les fait bien sûr souffrir.

Vous parlez aussi d’un sentiment d’usurpatrice dont la femme surdouée souffrirait…

Quand une femme est fine, intelligente, elle est particulièrement exigeante envers elle-même. Elle a beau être sur-diplômée, son exigence l’emmène à douter et à perdre confiance en elle. Elle pense ne pas avoir tout ce qu’il faut pour accomplir sa tâche. Elle a aussi peur qu’on puisse percevoir qu’elle n’a pas les compétences pour occuper ses responsabilités.

Hommes et femmes surdoués sont-ils affublés des mêmes préjugés ?
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