Les lourdes conséquences du déni de précocité intellectuelle

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Comme nous pouvons le lire fréquemment dans vos témoignages sur les forums d’EPI, il n’est pas rare que des parents soient confrontés à un véritable déni de la part de leurs interlocuteurs lorsqu’il s’agit d’évoquer le haut potentiel de leur enfant. Ce déni peut se manifester de différentes façons, soit par une refus clair et net d’accepter la notion même de précocité et donc un refus total de la discussion à ce sujet, soit, plus insidieusement, par la non reconnaissance des particularités de l’enfant à haut potentiel, ce qui entraîne la non prise en compte des conséquences qui s’y attachent.

Il faut bien faire la différence entre le déni (refus de voir et d’accepter) et la méconnaissance du sujet, qui n’a pas cette connotation négative liée au refus pur et simple.

Le déni dans la famille et chez les amis

Je me souviens encore aujourd’hui de la réaction de certains de nos proches à l’annonce de la précocité de notre aîné, ce qui pour nous était une bonne nouvelle, une surprise certes mais une surprise agréable censée au moins entraîner de la curiosité si ce n’est plus…  Je devrais plutôt parler d’absence de réaction. Même passé le premier moment de surprise, c’est resté un non-événement, un sujet tabou, un truc gênant dont on ne parle pas,  il fallait continuer à faire comme si de rien n’était.

Ce déni de l’entourage proche est assez difficile à vivre non seulement parce qu’il vous coupe les ailes d’un seul coup et qu’il gâche un moment qui aurait dû être un instant de joie partagée, mais aussi pour la suite. Il vous laisse seul avec tous vos questionnements et devant toutes les futures décisions à prendre, en particulier concernant le volet scolaire. C’est particulièrement difficile pour de jeune parents qui aimeraient pouvoir bénéficier de l’aide de leurs père et mère.

Nombre d’entre vous ont aussi évoqué le fait de ne pouvoir partager ce constat, même s’agissant de leur enfant, avec leur conjoint. C’est peut être plus fréquent lorsque l’un seulement des parents se reconnaît dans l’enfant à haut potentiel et que l’autre parent n’en présente pas les caractéristiques. Celui-ci ignore bien souvent celles de son conjoint et ne peut tout simplement pas s’imaginer qu’une telle hypothèse soit plausible. Admettre ce constat remet alors en question une partie de l’équilibre du couple et pose le problème du regard posé sur un enfant à haut potentiel qui ne ressemble pas (cognitivement) à l’un de ses parents. Ce dernier pourra avoir du mal  à interpréter ou à accepter la chose car il n’obéit pas tout à fait aux mêmes codes que son conjoint.

Dans ces cas, le déni empêche une bonne compréhension de la situation : compréhension des besoins réels de l’enfant, appréhension de ses capacités réelles, de l’intensité de ses réactions, de sa sensibilité particulière. Il fait obstacle à un accompagnement positif,  à la fois stimulant et rassurant.

Le déni à l’école

Le déni de haut potentiel existe bien sûr aussi, et ô combien,  dans le système éducatif. Malgré les textes en vigueur et le gros travail d’information fourni par les bénévoles, parents, associations, sites d’informations… les enseignants n’ont dans les faits aucune obligation réelle de reconnaître et de prendre en charge la précocité intellectuelle d’un enfant.

Combien de parents se voient-ils tout bonnement refuser la possibilité même de discuter de la précocité, combien se retrouvent-ils refoulés, se présentant pourtant avec un bilan psychologique valable en mains ? On leur refuse des aménagements prévus par les textes officiels comme le saut de classe, la mise en place de suivis particuliers… Ici le déni est encore plus dévastateur car les parents  se retrouvent d’année en année soumis à la bonne ou à la mauvaise volonté de personnes qui ont en charge l’éducation de leurs enfants. Ils ne peuvent aujourd’hui compter sur un protocole établi qui permettrait de suivre correctement les élèves concernés. Tout peut être remis en question chaque année, selon la réceptivité du personnel enseignant. L’enfant précoce doit se construire dans une perpétuelle incertitude et, souvent, dans un climat peu favorable.

Ce déni, quelles qu’en soient les raisons (incompréhension, tabou, crainte de ne pouvoir assumer un sujet qui vous dépasse, normalisation, choix philosophique ou politique, surcroît de travail, manque de moyens…) a finalement des conséquences sur la construction de la personnalité des enfants et adultes en devenir mais aussi sur leur avenir.

Les conséquences psychologiques et affectives du déni de précocité

La première conséquence est de ne pas laisser les enfants concernés exprimer leur vraie nature et tout leur potentiel :

Pour grandir n’importe quel enfant a besoin d’encouragements, d’un cadre bienveillant, de pouvoir progresser (grandir c’est progresser), de reconnaissance et de félicitations. Or l’enfant précoce à qui on dénie certaines facultés et que l’on bride, que l’on veut freiner parce que son rythme naturel ne correspond pas à la norme de son âge, ne trouvera pas les encouragements dont il a besoin si l’on ne se met pas à sa portée et à son niveau.

Par exemple s’il sait compter jusqu’à mille à 4 ans, qu’il ne peut le dire ou doit le cacher, qu’il doit passer de longues années de maternelle à « calculer » jusqu’à 10, quelle satisfaction peut-il avoir au fond ? Comment le valoriser lui si cette aptitude n’est pas reconnue ?

Par ailleurs, il peut y avoir d’autres aspect de son développement (souvent des aspects physiques) qui sont moins avancés et  sur lesquels il peut paraître « à la traîne ». Si votre enfant ne sait pas rouler à vélo à 5 ans, ceux-là même qui refusent de reconnaître sa précocité intellectuelle ne se priveront pas de vous le faire remarquer, que ce soit à l’école ou en famille. Il est donc indispensable pour vous d’équilibrer la balance, de féliciter votre enfant  pour ses efforts et ses progrès sur ces aspects et de compenser favorablement dans les domaines où il le mérite.

Connaître la vraie nature, les vraies forces et les vraies faiblesses de vote enfant enfant est un aspect primordial de son bon développement. La négation de ses particularités peut conduire à une totale perte de confiance car le potentiel, même s’il est là, a besoin de conditions favorables pour s’exprimer.

L’enfant qui se construit et grandit en décalage par rapport à ses pairs a en retour un modèle qu’il ne comprend pas et auquel il ne peut que très difficilement à se conformer.  Ce n’est souvent pas faute d’essayer, cependant cet enfant qui essaie d’échanger avec ses codes à lui est incompris de ses camarades, que ce soit à cause de son langage trop élaboré, de ses centres d’intérêts peu communs, de sa compréhension du monde décalée : à force d’échecs dans ses tentatives de communication, il finira par renoncer, s’isoler, voire se marginaliser. C’est le cas de l’enfant seul dans la cour qui attend sur un banc, marche interminablement sur les lignes qui tracent un terrain de sport, de celui dont on se moque parce qu’il a l’air « inspiré », ou encore dont on finit par s’éloigner parce que, malgré des efforts de la part de ses pairs, il mettra trop longtemps à répondre car il est absorbé par  ses pensées ou cherche une réponse parfaite.

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