Surdouée, je n’ai ni diplôme, ni boulot, ni fric, ni mari. Mais je vais bien, merci

Barbara Krief  //l’Obs //24/01/18

J’ai eu 30 ans en octobre. Je vis seule avec mes trois enfants, issus de deux pères différents, je n’ai pas d’emploi, seulement un bac L en poche, et je suis surdouée.

Mes proches pensent que j’ai gâché ma vie

Lorsqu’il m’arrive d’en parler, chacun réagit différemment.

Il y a ceux qui pensent très fort avec leurs yeux que j’ai tout simplement « la grosse tête » et il y a les circonspects qui se disent que ma vie ou ce que je suis n’est absolument pas en adéquation avec l’image que l’on peut se faire d’une personne surdouée. Pas de carrière, pas d’études, pas de fric, pas de mari, pas d’amis…

Pour tous, famille et connaissances, j’ai « gâché » ma vie.

J’ai dépensé un temps et une énergie infinis à devoir justifier mes « étrangetés », mes choix « hors normes » et, au mieux, on me considérait comme une extravagante, une capricieuse ou une farfelue, au pire, comme une folle, une malade, un danger pour les autres et moi-même…

J’ai fini par me méfier des autres

Au fil des années, j’ai fini par me méfier, par avoir peur aussi, des « autres » et je me suis repliée de plus en plus sur moi-même pour trouver refuge dans mon « royaume intérieur ». Pour ne plus souffrir de mon décalage permanent, de ce rapport au monde si particulier, j’ai érigé des montagnes entre lui et moi.

Par chance, malgré les galères et une souffrance chronique, j’ai pu mener pendant quelques années une vie que l’on pourrait qualifier de plutôt « stable », sans réelle nécessité d’avoir un emploi fixe et bien payé (je remercie ceux qui m’ont permis d’avoir cette chance).

J’ai travaillé ci et là, tantôt comme serveuse de bar, secrétaire d’école ou web rédacteur, tantôt comme correspondante locale, comédienne ou professeur de théâtre dans un conservatoire. J’ai travaillé quand je le voulais, quand cela faisait sens, quand ça me plaisait. Un vrai luxe.0 J’ai même travaillé pour « rien », gratuitement, juste pour le plaisir de faire quelque chose qui me donnait satisfaction, à moi, mais aussi aux autres.

Je suis ce que l’on nomme une « scanneuse »

Des désillusions, j’en ai connu, bien sûr. Comme la fois où j’ai voulu travailler dans les pompes funèbres avec pour seule motivation d’accompagner au mieux et dans la dignité des familles endeuillées et qu’on m’a renvoyée froidement que mon profil n’était pas assez « commercial »…

Cela m’a laissé donc bien du temps libre pour bichonner mon « royaume intérieur » et le parer de toutes les richesses intellectuelles, humaines, que j’ai pu glaner au fil du temps (lorsque ma souffrance était trop grande mais que je n’avais pas envie de tout détruire).

Dès qu’un sujet m’intéresse, je le développe avec passion jusqu’à un certain degré de connaissances et je l’abandonne aussi vite pour passer à autre chose. Dans le jargon des surdoués, je suis ce que l’on nomme une « scanneuse ».

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