Le syndrome d’Asperger : un trouble plus difficile à déceler chez les femmes

femmes-medecins.com// Alexandra CAPUANO//20/01/2018

Le syndrome d’Asperger reste un sujet méconnu. Ce trouble du spectre autistique (TSA) n’empêche pas de mener une vie sociale mais peut beaucoup la compliquer. Les femmes atteintes passant plus facilement « sous le radar » que les hommes, elles sont diagnostiquées tardivement. Quels signes pourraient vous mettre la puce à l’oreille ?

« Quand j’ai appris que j’avais le syndrome d’Asperger, ou SA, tout s’est assemblé d’un coup dans ma tête, comme un immense puzzle », témoigne Elodie, 37 ans, diagnostiquée en mai 2016 après plusieurs années d’errance et de questionnements. « Enfin, j’ai pu mettre un mot sur des maux que je ressentais depuis ma jeunesse : ma maladresse verbale et physique en société, ma propension à interpréter les choses au pied de la lettre… Tout prenait un sens ! ». Situé à une extrémité du spectre des troubles autistiques (TSA), le syndrome d’Asperger en demeure le « parent pauvre ». D’ailleurs, il n’est reconnu par l’OMS que depuis les années 90 alors que l’autisme « classique » l’est depuis les années 40. Contrairement à d’autres formes de TSA, ce syndrome ne s’accompagne pas d’un retard intellectuel : au contraire, « il touche des personnes avec un niveau intellectuel normal, voire supérieur à la moyenne », précise le Dr Valérie Chapaux, médecin généraliste en Belgique et atteinte de ce trouble. Le SA n’empêche pas non plus les « Aspies », comme ces personnes se désignent entre elles, de mener une vie en apparence normale. C’est particulièrement vrai pour les femmes : certaines sont mariées, mères de famille, ont un travail, conduisent… et pourtant se sentent différentes, « décalées », depuis leur enfance. Elles vivent alors l’annonce de leur trouble, généralement diagnostiqué après la trentaine, comme un soulagement, une délivrance. « Je me croyais folle, ou dépressive, avant d’apprendre que je suis tout simplement Aspie », sourit Elodie.

Les femmes Asperger, des caméléons sociaux

Si les hommes Asperger sont généralement diagnostiqués assez tôt, il en va autrement chez les femmes. La raison en est essentiellement sociale : les filles apprennent très tôt ce que la société pose comme étant acceptable ou non et sont plus douées pour imiter les comportements de leurs congénères. Elles ont également plus tendance que les garçons à intérioriser, voire dissimuler, leurs troubles sensoriels. « Au travail, pour ne pas entendre le brouhaha ambiant, j’écoute du bruit rose au casque. Mes collègues croient que je suis une mélomane, je ne les détrompe pas », témoigne Sophie, diagnostiquée à 27 ans. « Les femmes TSA ont une façon d’exprimer leurs troubles plus légère, plus fine, que les hommes », précise Alexandra Raynaud*, diagnostiquée SA à l’âge de 32 ans. « Il faut un oeil plus affûté pour les repérer. Elles sont plus sensibles à répondre à une attente sociétale et à se fondre dans la masse. On passe aussi à côté parce que ce syndrome a toujours été détaillé à partir d’exemples masculins. Et enfin parce qu’en France, on a encore de l’autisme une vision psychanalytique ! Or c’est un trouble neurobiologique, pas une maladie mentale. » La France s’est dotée de centres de ressources sur l’autisme (CRA). Leur mission : diagnostiquer un TSA chez des personnes potentiellement atteintes ou leurs enfants. Mais la démarche est basée sur le volontariat des patients et l’obtention d’un rendez-vous est très longue. « Il m’a fallu attendre quasiment trois ans pour que mon diagnostic soit posé ! J’ai eu l’impression que cela durerait éternellement », se souvient Alexandra Reynaud.

Épuisement, dépression : des arbres qui cachent la forêt

Même pour celles qui se sont le mieux adaptées aux normes sociales, le malaise reste profond. « Plus on avance en âge et plus les exigences sont importantes », raconte Julie Dachez sur son blog**. « Dans le monde du travail, il faut être en interaction avec les autres, savoir communiquer, être visible, réseauter… Tout ce dont on a besoin dans cette société pour réussir, c’est ce qu’on n’a pas, c’est notre point faible. » En résultent des difficultés relationnelles répétées, une évolution atypique ou inexistante, la nécessité de changer souvent de travail dans l’espoir que « ça ira mieux ailleurs », mais aussi une grande fatigabilité. « Un trouble relationnel peut ainsi rester caché longtemps, d’autant que les femmes Asperger trouvent souvent des aménagements provisoires à leurs difficultés, tant relationnelles que sensorielles », précise le Dr Chapaux. « Cependant, cette compensation avec les moyens du bord est coûteuse en énergie car elle requiert de se contrôler, ce qui a ses limites. » Elodie confirme : « C’est épuisant de faire comme si de rien n’était : quand je dois aller à un dîner, par exemple, je sais qu’une fois rentrée, pour me recharger en énergie, il me faudra au moins autant de temps au calme, allongée dans mon lit, chambre noire, boules Quiès dans les oreilles, que celui que j’aurai consacré à socialiser durant la soirée. »
…/…

La suite de l’article

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s