La gentillesse des enfants doués

 15/06/17// Arielle ADDA// journaldesfemmes

Elle constitue une qualité incontestable des enfants doués, ce qui ne signifie pas qu’ils soient toujours faciles à vivre, par exemple quand ils ont une idée en tête et que son objet est impératif, vital, essentiel et doit, de préférence, être satisfait dans la seconde, et même avant…

La raison de cette gentillesse spécifique est évidente : un enfant doué, doté d’une empathie particulière serait incapable de faire du mal à quelqu’un. Il risquerait d’en souffrir encore bien plus que celui qui aurait été vexé, blessé, heurté par des paroles trop dures. D’ailleurs ce dernier ne possède sans doute pas cette sensibilité exacerbée, mais l’enfant doué, meurtri à sa place, ne peut pas le savoir, chacun pense que les autres lui ressemblent.

 C’est pourquoi  l’enfant doué attaque rarement, il lui en coûte même de se défendre, il doit se forcer pour suivre les conseils de son entourage : «  tu dois te défendre, tu es dans ton droit, on t’a attaqué… ». Il se montre même souvent maladroit dans cet exercice à  cause de ses réticences à faire du mal, mais il a vaguement l’impression qu’il trahirait ses parents s’il ne réagissait pas. Ses parents pensaient avoir un enfant hardi et courageux et ils voient un enfant qui ne sait même pas riposter quand on l’attaque.

Toujours à cause de cette gentillesse qui apparaît maintenant de plus en plus comme une faiblesse, l’enfant doué n’aime pas la compétition, puisque ce serait chercher à être le meilleur, les autres étant alors « inférieurs ».  C’est une position insupportable pour un enfant trop sensible, sauf s’il porte les couleurs d’un groupe : tous les espoirs reposent sur ses épaules, il a un devoir à remplir, il ne doit pas décevoir, ce n’est pas lui en personne qui doit gagner, c’est le groupe tout entier dont il sent l’ardente énergie le soutenir.

En revanche « terrasser » un adversaire, le mettre à terre  au sens propre, est inconcevable. Il aura du mal à refréner l’impulsion qui le poussera à le réconforter, il serait même prêt à lui offrir sa victoire pour cesser de souffrir à sa place.  Par expérience, il sait dans quels abîmes il peut sombrer après un échec inattendu, se pensant perdu à jamais parce que ses dons l’auraient abandonné, il est alors tout naturellement persuadé que les autres lui ressemblent et plongent dans un marasme semblable. En réalité, les autres se disent avec un bel optimisme, « ce n’est pas grave » et ils continuent leur existence sereine en pensant qu’ils feront mieux la prochaine fois. Il faut beaucoup de temps à un enfant doué pour parvenir à se rassurer de la sorte en y croyant réellement.

Pour un enfant doué, il est impensable de faire souffrir un autre être, qui peut aussi bien être un animal, une plante ; il chercherait plutôt à consoler, à réparer ce qui est abîmé, à apaiser une douleur physique ou morale en faisant tout son possible pour rétablir l’harmonie rompue.

Une souffrance, quelle qu’elle soit, le heurte aussi douloureusement que le ferait une fausse note pour l’oreille absolue d’un musicien. L’ordre du monde est perturbé.

Ce mécanisme ne reflète pas seulement cette sensibilité spécifique des personnes douées, il les touche plus profondément encore, la souffrance qu’elles prêtent aux autres serait d’une intensité décuplée puisqu’elles n’ont pas pu recourir aux mécanismes de défense déclenchés automatiquement chez les victimes d’une attaque ou  d’une blessure, qu’elles soient réelles ou d’amour propre.

Leur imagination, qui amplifie au-delà de toute mesure les conséquences d’une souffrance,  physique ou morale, les  pousse à envisager le pire, leur effroi n’est pas feint, il reflète l’enchaînement des catastrophes  possibles,  probables même, déclenché par la fêlure première : une douleur n’est jamais anodine pour un enfant doué dès lors qu’elle touche une personne de son entourage, y compris un entourage pas forcément très amical.

il s’agit là d’événements jalonnant le quotidien : un enfant doué peut hurler à la suite d’un bobo bénin, mais il se montrera d’un courage admirable s’il est vraiment très malade. Il ne veut pas aggraver encore l’angoisse qu’il perçoit chez ses parents.

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