Le déni de la douance

antredelachouette.blogspot.fr// 27avril2016

Le déni est une chose terrible, à laquelle les enfants et adultes à haut potentiel (autrement dits « surdoués » ou « surefficients mentaux » ou « zèbres » pour ceux qui ont zappé l’article d’introduction) sont inévitablement confrontés à un moment de leur vie. A l’école, au sein de la famille, dans le monde du travail… Nombreuses sont les occasions de voir sa différence minimisée, ignorée ou niée par les autres.

Pourquoi les gens « n’y croient pas » ?

Il y a selon moi deux raisons principales pour lesquels certains peuvent contester le fait que quelqu’un soit HP, voire rejeter l’existence-même du haut potentiel :

Premièrement, parce que ces gens ignorent ce qu’est vraiment un HP.

Là, ça s’applique en particulier au déni de la différence d’un individu ciblé. Souvent, les gens qui réfutent l’existence du haut potentiel chez un proche prennent cette position car ils estiment que ce proche ne correspond pas à leur définition personnelle du « surdoué ». Une définition bien entendu erronée, basée sur le stéréotype du petit prodige à lunettes qui passe son bac avant la puberté, ou bien sur le rebelle hyperactif en décrochage scolaire parce que personne comprend son génie caché wesh t’as vu. (Après tout c’est ce que disent le cinéma et les journalistes de France Télévision.) S’il existe réellement des cas comme ceux-là, ils ne sont pas représentatifs des HP, du tout du tout du tout, retirez-vous ceci du crâne immédiatement sinon j’envoie la brigade d’extermination d’idées reçues à la con !

Etre HP, c’est certes avoir un QI élevé (d’au moins 130 à priori). Mais le QI ne fait pas l’intelligence bon sang, il n’en est qu’une composante ! Dans la grande majorité des cas, le sureff’ n’est pas un petit génie, c’est plutôt une personne anxieuse et décalée qui se ferait diagnostiquer 46 névroses si elle mettait les pieds chez un psychiatre pas très calé sur le sujet.

Si les détracteurs du haut potentiel prenaient le temps de s’informer sur la façon dont on évalue le QI global, ils découvriraient que ce dernier est constitué de quatre indices, quatre « sous-QI », ayant attraits à des champs de compétences très différents : verbal, logique et repères dans l’espace, vitesse, mémoire… Les « premiers de la classe » sont en général les HP dotés d’un potentiel équilibré, c’est-à-dire pas plus de 15 points de QI d’écart entre deux indices. On parle alors de profil homogène ou laminaire. Mais la plupart du temps, un HP n’excelle pas partout : il a ses « dons », combinés à un score dans la moyenne ou en-dessous dans d’autres domaines. Lorsque le sujet a plus de 15 points d’écart entre deux indices, on parle cette fois de profil hétérogène ou complexe. Ces profils ont effectivement une probabilité plus élevée de développer des troubles, tels que les troubles dys (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie…), des troubles de l’attention ou de l’hyperactivité (vous le voyez, là, le gamin intenable mais-c’est-pas-sa-faute-parce-qu’il-est-surdoué ?), mais c’est loin d’être systématique.

Par exemple, je suis un profil très complexe, avec un écart de plus de 30 points entre mon score en verbal et mon score en logico-mathématique. D’autres HP sont très à l’aise avec les chiffres mais peinent à s’exprimer à l’écrit, car ils ne sont pas équipés pour organiser leur pensée foisonnante. Certains encore sont doués exclusivement dans des domaines sous-représentés dans notre système scolaire, comme la musique, les arts plastiques ou le sport. A propos de sport, il faut noter que beaucoup de jeunes HP sont très maladroits, du fait du décalage entre leur développement intellectuel (en avance) et physique (normal), qui brouille la communication entre l’esprit et le corps : c’est la dyssynchronie interne, aka le cliché du petit surdoué nul en sport. C’est encore plus vrai pour les profils complexes. (Un jour, je vous parlerai de mon rapport au sport…) Heureusement, cette dyssynchronie finit par disparaître avec l’achèvement de la croissance.

Mais fermons cette parenthèse et revenons-en à mon cas, afin d’expliquer ce qui se passe dans la tête d’un détenteur de QI hétérogène (autrement dit, la majorité des HP) :

Pour ma part, avoir maîtrisé précocement le langage ne m’a jamais aidé des masses pour résoudre une équation au tableau… Il fut d’ailleurs une époque où j’étais en guerre contre les maths. Mes compétences logico-mathématiques sont pourtant dans la moyenne haute, donc techniquement je ne suis pas en retard par rapport aux autres. En revanche, je suis en retard par rapport à moi-même : les zones cérébrales correspondant à mes points forts étant sur-développées, la zone cérébrale que je souhaite utiliser pour résoudre une équation me semble en comparaison à la traîne, incompétente… Là, je perds confiance en moi, je panique, je bloque et je me saborde. Je sais que je ne suis pas nulle en maths, mais je sens que je suis nulle en maths. De mon point de vue, mes compétences dans cette matière paraissent catastrophiques. Celles de mon voisin normo-pensant (=pas HP), par contre, paraissent extraordinaires (c’est un génie ce mec sérieux, comment il fait pour réussir cet exercice ?). J’ai peut-être 20, 30 ou 40 points de QI de plus que lui, mais ici ça ne compte pas : je me sens profondément stupide à côté de lui. Si ça se trouve, on a exactement le même indice de QI en logico-mathématiques… mais moi, je suis HP. Je suis décalée. Et cet exercice de maths, il me semble insurmontable, et moi je me sens nulle.

C’est ça, un profil complexe. Ces HP ont un manque notoire de confiance en eux, considèrent la perfection comme la norme et sont impitoyables envers eux-mêmes : ils voudraient réussir tout ce qu’ils font aussi bien qu’ils réussissent dans leurs champs de prédilection. Leur grande peur de l’échec les paralyse, ils n’osent pas essayer, craignant d’être confronté à un sentiment de sous-réalisation par rapport à toute l’énergie qui sommeille en eux… Parfois, au contraire, ils se jettent dans l’action jusqu’à l’épuisement, considérant le moindre relâchement comme un signe honteux de faiblesse. Ils craignent leur propre jugement et leur propre colère. Plus que les autres, ils doivent apprendre à s’accepter dans leur imperfection, à tomber pour mieux se relever. Et c’est ce qu’ils font : avec leur esprit torturé, ils alternent constamment les phases « Je sers à rien, achevez-moi/Ah, encore une crise d’angoisse » et « Libérééééée délivrééééée/I’M THE KING OF THE WORLD » (on sent pas le vécu…). Cette attitude conduit certains psys à diagnostiquer un trouble bipolaire à des HP qui s’ignorent et comptent sur un professionnel désinformé pour mettre un mot sur leur décalage : or, si elle relève d’une pathologie pour un non-HP, il s’agit d’un processus normal pour un HP .(Bonne nouvelle petit zèbre : t’es pas malade. Mais du coup désolée, on ne peut pas te soigner, tes rayures partent pas au lavage…) On appelle cela la « désintégration positive », car si tout va bien le surefficient en ressort chaque fois un peu plus fort et épanoui.

L’article complet ici avec l’aimable autorisation de C

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