Une conférence tant attendue sur les grands zèbres (ou adultes à haut potentiel)

Publié le  par Sandy

zebre arbre

 

Chose promise, chose due, voici la mise au propre de ma prise de notes lors de laconférence de Jeanne Siaud-Facchin, ce samedi 5 avril à Paris. Promise à mes amis zébrésqui n’ont pas pu galoper jusqu’à l’amphi de la fac de pharmacie, due à mes amis sourds, qui intéressés par le sujet et même s’ils avaient pu se rendre physiquement à cette conférence, n’auraient pas pu la suivre, faute d’accessibilité.

J’avais prévu d’y venir avec Maxi-Précieux, mon fidèle notebook rose, mais la procrastination ayant encore fait des victimes collatérales, j’ai oublié de le charger, si bien que j’ai du prendre mes notes à la main, les rendant bien plus synthétiques et floues que si j’avais pu les taper directement. Quant à Précieux, mon loyal Iphone, il m’a permis de prendre en photo quelques slides du powerpoint qui étaient parfois bien fournies en texte, jusqu’à ce qu’il décède par déchargement de sa batterie, et il ne m’a pas été possible d’utiliser ma batterie de secours, puisque celle-ci, à l’instar de celle de Maxi-Précieux était déchargée par suite de procrastinite aigüe généralisée. Bref, tout cela pour vous expliquer la prise de notes old school de cette conférence et donc la non-exhaustivité et les probables approximations qui en découlent.

C’est dans un amphi de 450 places archi-blindé que s’est déroulée cette conférence dont le titre était : « Vivre ou survivre ? Les défis de l’adulte à Haut Potentiel ». « Haut Potentiel » que nous abrégerons désormais HP pour la suite de ce billet et je vous en prie, épargnez moi les blagues pas drôles sur Harry Potter, l’hôpital psychiatrique et les imprimantes (Hewlett Packard) ou bien soyez originaux et trouvez moi quelque chose qu’on ne m’ait pas encore sorti. La conférencière, Jeanne Siaud-Facchin est l’auteur de plusieurs livres sur le HP, dont « Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué » que beaucoup de zèbres ont lu. Et profitons-en pour introduire une autre notion abrégée, celle de NP, qui n’est pas Non-Pensant comme l’a cru une de mes interlocutrices lors d’une discussion sur Facebook à ce sujet, mais Normo-Pensant (ou encore neuro-typique).

La raison d’être de cette conférence, organisée par une association nationale pour les enfants précoces, l’ANPEIP, est qu’un enfant précoce devient un adulte conservant ses spécificités et que de nombreux adultes découvrent leur propre surdouance suite au dépistage de celle de leur propre enfant. Puis nous est expliqué le terme « zèbre », le seul équidé non-domesticable, dont les rayures sont l’équivalent de nos empreintes digitales et qui ne supporte pas de vivre seul loin de sa tribu et qui donc serait l’emblème idéal pour qualifier les HP de manière métaphorique et donc plus douce. On parle également d’ IP (Intellectuellement Précoce), de HQI (Haut Quotient Intellectuel), de HP (Haut Potentiel), etc. L’oratrice a utilisé le terme de surdoué pendant toute sa conférence, mais pour la rédaction de ce billet, j’utiliserai le terme de HP, pour des raisons qui sont les miennes, ce qui tombe bien, puisque ce blog est justement le mien aussi. Et puisque je suis ici chez moi, je me permettrai d’émailler cette prise de note aussi objective que possible, de certaines de mes impressions ou questions, totalement subjectives quant à elles et que vous trouverez entre crochet, ainsi : [Note de Sandy.]

Quelques chiffres : de 30 à 50% des adultes consultant en psy sont HP, ce qui montrerait qu’il s’agit d’un facteur de vulnérabilité. [Note de Sandy : je ne l’analyserais pas de la même manière. Va pour la vulnérabilité, mais cette sur-représentation ne pourrait-elle pas aussi venir du fait que les HP seraient plus lucides sur leur état de mal-être et donc plus enclins à consulter ?]. Et les HP représentent 2 à 3% de la population [Note de Sandy : ou 2,3% ? toujours autant de mal avec les chiffres, moi…]

Le mythe le plus répandu est celui du HP qui est obligatoirement premier de la classe, représentation qui génère souvent de l’incompréhension, voire de l’agressivité de la part des autres. Même parfois de la part de psys rencontrant des adultes HP et leur disant : « OK, vous êtes intelligent, mais ce n’est pas ça, le problème ». Le modèle commun se focalise sur la réussite du HP et pas sur son fonctionnement et ses mécanismes, et ne comprend/accepte pas la non-réalisation de son potentiel. En fait, être surdoué, c’est surtout posséder une forme d’intelligence qualitativement différente et une organisation spécifique de la personnalité.

Les neurosciences, en se penchant sur les HP, valident ce qui n’était trop souvent vu que comme des croyances  ou des faits contestables à leur sujet. Le HP a un fonctionnement cognitif singulier en ce qui concerne :

–          L’hyperactivation cérébrale : ou « tempête sous un crâne ». Dans le lobe pré-frontal où sont situées de nombreuses fonctions d’exécution, il y a davantage de neurones chez le HP que chez le NP. La distribution des informations est multi-spatiale, d’où la sensation d’en avoir tout le temps « plein la tête ».

–          La vitesse de transmission : accrue pour l’acheminement des informations sensorielles traitées par le système nerveux central (vitesse doublée pour un individu avec 140 de QI par rapport à un individu avec un QI=100). Présence dans le cortex préfrontal [Note de Sandy : ou le lobe pariétal ? prise de note à peine lisible sur ce passage], d’une densité neuronale supérieure chez les HP par rapport au NP, ce qui en fait une véritable plateforme efficace de distribution de l’information.

–          Le déficit d’inhibition latente : c’est-à-dire la difficulté de trier et de hiérarchiser les informations pertinentes, tout arrive au même niveau de priorité, ce qui n’est pas sans causer des difficultés dans la vie quotidienne.

–          Le sur-engagement de l’hémisphère droit : déjà, chez le HP, il y aurait une meilleure connexion entre les deux hémisphères du cerveau et le droit serait sollicité en premier, même pour des tâches normalement dévolues au gauche (comme le langage) [Note de Sandy : dans certaines études, cette notion de neuro-droitier est contestée. J’aimerais y voir plus clair sur le sujet, à creuser donc et si parmi mes lecteurs certains ont des références pertinentes sur le sujet, qu’ils n’hésitent pas à me les laisser en commentaires de ce billet]

La pensée en arborescence est une grande caractéristique des HP. Il s’agit d’une pensée sans limite qu’on ne peut arrêter, mais aussi d’une pensée divergente et créative d’une très grande puissance et avec un très haut niveau d’énergie. Au lieu d’obtenir des réponses à nos questions, on arrive à de nouvelles hypothèses. Et les étapes intermédiaires sont souvent zappées, entrainant ce « Je le sais parce que c’est évident » qui agace les NP. Le traitement simultané de plusieurs tâches est ainsi possible.

En ce qui concerne la structure de personnalité, elle est originale essentiellement sur trois points :

–          L’hyperesthésie : les cinq sens sont sollicités en permanence et réagissent à des seuils très bas. Pour le visuel, les HP auraient un champ visuel plus étendu que les NP. Pour l’audition : dans un lieu bruyant avec plusieurs conversations, le HP « écoute » tout et donc est très vite gêné. [Note de Sandy : tu m’étonnes, cela explique la raison pour laquelle je pète un plomb dès que quelqu’un joue avec un stylo qui fait clic-clic et que je ne supporte pas les discussions dans les bars bruyants, sauf avec mes amis sourds signants. Langue des signes power ! Fin de mon prosélytisme, désolée…]. Certains ont un toucher et un odorat exacerbés rendant certains contacts épidermiques ou olfactifs insupportables. Bref, les capteurs sont tout le temps branchés et réagissent à des seuils très bas de stimulation.

–          La réactivité émotionnelle : ce qui pour les NP n’est qu’une broutille peut engendrer chez le HP un véritable cataclysme émotionnel. Les montées en larmes, pression et colère sont très rapides. Cela serait du à une vulnérabilité de l’amygdale, située dans le cerveau, ayant pour rôle de décoder les émotions et qui réagiraient à des seuils beaucoup plus faibles que chez les NP.

–          L’empathie : les HP tentent de la verrouiller autant que faire se peut, mais cela serait impossible en raison d’une trop grande hyperactivité des neurones miroirs, se trouvant dans le lobe préfrontal et dont le rôle est de se synchroniser aux neurones de son interlocuteur. [Note de Sandy : alors là, pour moi c’est de l’ésotérisme… Par quel biais cette synchronisation s’effectue t’elle ? Ondes ? Chimie ? Sujet vraiment à creuser, car avant d’y adhérer un tant soit peu, il va falloir que je pige comment cela peut bien marcher… Idem que pour le cerveau droit, si vous avez des références sur le sujet, faites les péter en commentaires.]

Les HP connaissent (trop) bien le phénomène d’ascenseur émotionnel, que les américains appellent l’ « intense world syndrome » et représente une manière d’être au monde singulière. [Note de Sandy : pour moi, ce sont des «montagnes russes émotionnelles », l’image me « parle » davantage]. La conférencière nous a lu un passage de Pearl Buck absolument sublime pour illustrer ce propos. Je vous le livre en l’état, en anglais :

“A touch is a blow, A sound is a noise, A misfortune is a tragedy, A joy is an ecstasy, A friend is a lover, A lover is a god, And failure is death.”

Mais ayant pitié de l’anglo-déficience de certains de mes lecteurs, je vais vous le traduire:

« Un toucher est un coup, Un son est un bruit, Une malchance est une tragédie, Une joie est une extase, Un ami est un amant, Un amant est un dieu, Et l’échec est la mort »

Est venue ensuite une slide avec beaucoup d’informations au sujet du mode de fonctionnement des HP, que je vais reproduire ici de manière linéaire alors qu’elles étaient regroupées dans deux ensembles ayant une intersection.

Le premier ensemble,  « Puissance de la pensée » contient les items suivants : intelligence intense, mode de traitement en arborescence, vitesse et spatialité, intuition fulgurante, compréhension globale à 360° et en 3D.

Le second ensemble, « Puissance émotionnelle » : Hyper -esthésie, -lucidité, -conscientisation, -sensibilité, -réceptivité, -empathie.

L’intersection des deux ensembles : « Intelligence évolutive » : niveau de conscience élevé.

Concernant les 360° et la 3D, cela signifie que par exemple, dans une discussion, on est là sans être là, comme si on analysait la situation avec une vue en plongée sur la scène, ce qui mène à des anticipations anxieuses de ce qui va être dit et donc de ce qu’il faut ou pas dire à son tour. Cela peut générer un gros inconfort de communication et parfois de compréhension.

La slide suivante comportait une liste de différents points que voici, de manière brute :

–          Le surdoué cherche des relations durables

–          Le surdoué a besoin de précision absolue

–          Le surdoué ressent avec acuité le monde qui l’entoure

–          Le surdoué cherche en permanence à ajuster ses valeurs à son mode de vie et à l’environnement (ce qui doit être)

–          Le surdoué éprouve une aversion profonde à l’injustice [Note de Sandy : ceux qui me connaissent dans la vraie vie savent à quel point c’est un de mes gros défauts, mais également le moteur de beaucoup de mes actions]

–          Le surdoué analyse à son insu la moindre des petites choses, les moindres faits et gestes [Note de Sandy : un autre de mes vilains défauts]

–          Le surdoué observe sans relâche et intègre toutes les données

–          Le surdoué a besoin de s’engager pour la société, voire pour l’humanité [Note de Sandy *sarcasme inside* : Je ne vois pas du tout de quoi on parle, là…]

–          Le tempo du surdoué est rarement celui du monde

–          Le surdoué observe la vie comme un aigle de son nid

–          Le surdoué voit ses réalisations en XXL.

Revenons sur certains de ces points. Pour ce qui est du tempo, en effet, le HP est soit trop en avance, soit en retard sur les autres. On comprend difficilement son retard [Note de Sandy : la remarque qui nous hérisse le poil même quand on en n’a pas : « Ben quoi, avec ton QI, t’as pas encore compris ça ? » qui nous fait bien regretter d’avoir mis certaines personnes au courant de notre spécificité], alors que celui-ci est souvent du au fait que le HP s’arrête sur des détails passant inaperçus pour les autres et y perd du temps. Un sentiment de décalage est très souvent présent, car le HP a de gros doutes sur lui-même, quoi faire, pourquoi le faire et que dire, entrainant des doutes sur propres limites et souvent une conscience accrue de ses failles. C’est la raison pour laquelle un « vrai » HP ne prendra jamais la grosse tête puisqu’il est en état de doute permanent sur ses compétences/performances, ce qui est une véritable torture mentale. Cependant, certains veulent jouer aux grenouilles plus grosses que le bœuf, en gonflant leur égo, pour masquer leurs failles, mais ceci est avant tout un symptôme que cela ne va pas bien du tout pour les HP qui se fourvoient dans cette voie.

Image de soi déformée construite dans la perception des autres : trop excessif, trop exigeant, trop compliqué, trop pointilleux, trop différent, trop sensible, trop intello, trop de questions, ou à l’inverse : trop réservé, trop timide, trop en retrait. En tout cas, de toute façon, ça ne va pas ! Mais « trop » par rapport à quoi ? On ne comprend pas ce qu’on attend de nous, ce qui est normal pour un HP n’est pas la norme et on est vite amené à culpabiliser d’être soi.

Une des grandes spécificités du HP est de toujours tout faire à la dernière minute. Le HP qui anticipe et fait les choses à l’avance procrastine, se prend les pieds dans le tapis et perd toute efficacité. Pour le HP, la norme, s’est de faire à la dernière minute. [Note de Sandy : c’est une donnée que j’ai appris à intégrer dans ma méthode de travail, malgré les pressions des tenants du « c’est comme ça qu’on fait bien les choses et pas autrement ». J’ai arrêté de culpabiliser, de faire semblant de travailler en avance mais je sais que dans la dernière ligne droite, je devrai prévoir quelques nuits blanches s’il le faut. La date approchant, l’adrénaline fait le nécessaire pour que ma concentration soit au top afin que le job soit bien fait et que les deadlines soient respectées. Méthode testée et approuvée sur une thèse de doctorat, entre autres…]

La slide suivante s’intitulait « De la réalité lumineuse à la sombre interprétation… le grand malentendu ! » et comportait les points suivants :

–          L’enthousiasme devient de l’excitation

–          La grande énergie s’interprète comme hyperactivité

–          L’imagination se comprend comme manque d’attention

–          Le caractère passionné est labélisé « perturbateur »

–          Le questionnement permanent se traduit en remise en question de l’autorité ou en impertinence, en insolence

–          Leur attachement à la précision, à l’absolu est vécu comme du harcèlement

–          L’hypersensibilité et l’intensité émotionnelle dont traduites en immaturité

–          La créativité et la fidélité à ses valeurs se confondent avec l’opposition.

Les HP grandissent dans ce qu’on attend d’eux, ils deviennent telle une boule à multiples facettes mais au centre de laquelle se trouve un enfant complètement paumé et apeuré. La construction de soi se fait à partir d’une image brouillée, floue et le HP est en recherche permanente d’un équilibre précaire. Il est sous la contrainte d’une adaptation permanente et se déplace au moyen d’une carte géographique qui ne lui appartient pas.

Quand un HP ne va pas bien, il peut utiliser des stratégies qui sont loin d’être les bonnes, telle que tenter d’enlever ses rayures, ce qui demande beaucoup d’énergie alors qu’elle repoussent toujours et mettent le HP dans un état de conflit interne permanent [Note de Sandy : j’ai testé pour vous, pendant de nombreuses années, cf ce billet,  cela ne marche pas, car personne n’est dupe et chassez la rayure, elle reviendra au galop et vous rattrapera pour coller à nouveau à vous, avec la délicatesse d’un marquage au fer rouge]. Certains s’abrutissent de jeux vidéo, de TV, d’alcool, de drogues…

L’important est d’opérer une sorte de bascule et de transformer la « force fragile » en force de vie, car ce qui nous permet de survivre ne nous permet pas forcément de vivre.

Jeanne Siaud-Facchin nous conseille de nous reconnecter à la colère, puisqu’il s’agit d’une réaction physiologique adaptative qui permet de défendre son territoire intérieur, d’arrêter de se faire piétiner, envahir et de devoir sans cesse faire des concessions ou des compromis. Citation d’Aristote : « La colère est nécessaire. On ne triomphe de rien sans elle, si elle ne remplit l’âme, si elle n’échauffe le cœur. Elle doit donc nous servir, non comme chef, mais comme soldat. »

Les leviers thérapeutiques sont : décoder, accepter, s’engager.

Décoder : Il faut poser une étiquette sur le HP non pour catégoriser, mais savoir qui on est et où on va. Ne pas hésiter à revisiter son passé, son histoire à la lumière du diagnostic, modifier les légendes des scènes vécues, cela change énormément les images avec lesquelles on a grandi. Sortir des croyances limitantes dans lesquelles on rumine. Valoriser les bons côtés de notre fonctionnement pour favoriser la confiance en soi. Ne jamais renoncer et rester ce que l’on est, ne jamais l’inhiber.

Accepter : Je suis ce que je suis, j’ai des plus, j’ai des moins et pour avoir une bonne estime de soi, il faut investir ses lignes de forces qui sont de deux types : la sensibilité et l’intelligence à 360°.

La sensibilité :

–          Créativité, pensée divergente

–          Empathie, implication relationnelle

–          Charisme

–          Force des émotions

–          Grande cohérence de personnalité

–          Les moments d’énergie pour agir, interagir, décider, avancer, créer, proposer, décider…

L’intelligence à 360° :

–          Le décalage pour contextualiser

–          La pensée divergente : des idées par milliers

–          L’arborescence : le multitâches comme atout

–          La lucidité comme capteur du monde

–          L’intensité : développer de multiples talents.

Accepter c’est aussi : renouer avec son tempérament, enlever le masque. Ne pas avoir peur de s’ennuyer et même rechercher l’ennui qui permet au cerveau de se resynchroniser, au lieu de s’étouffer de multiples activités. [Note de Sandy : alors là, ça, je ne sais pas faire, même quand je m’ « ennuie », ça carbure à fond et je n’arrive pas à rester « oisive » que ce soit physiquement ou mentalement, quoi que, les dimanches pyjama-cheveux gras en mode larve de canapé, ça doit bien ressembler à de l’ennui, nan ?]. S’appuyer sur la fulgurance et l’intuition. Sur la compassion aussi, qui signifie prendre la souffrance de l’autre dans ses bras, mais en aucun cas entrer sur le territoire de la souffrance de l’autre. La force de ses émotions doit être prise comme une vague sur laquelle on surfe et non comme une vague par laquelle on se laisse submerger.

Ensuite est venue une slide sur l’acceptation de soi, la confiance en soi, l’estime de soi avec une magnifique courbe d’ascenseur émotionnel (une sinusoïde de très belle amplitude). Lors des phases ascendantes, il convient d’attraper les ressources, de capturer ces instantanés de cohérence profonde, de jubilation et les capitaliser dans le socle de l’estime de soi. Et lors des phases descendantes, souvent on se focalise sur un seul élément et on sombre : aller puiser dans la boîte à ressources pour remonter.

Accepter c’est encore : renouer avec l’intuition, qui est un véritable précipité chimique, voire alchimique et qui condense la mémoire à long terme, ce que l’on comprend rapidement sur le moment et ce qu’on ressent sur l’instant, dans nos tripes, le siège de notre deuxième cerveau et où sont situés les neurones qui captent les informations en premier [Note de Sandy : ha, le fameux système neuronal entérique dont on parle beaucoup en ce moment et qui fait partie des notions que j’ai bien envie de creuser pour mieux comprendre]. Mais dès que ceci est balayé par le cerveau, le mental, le doute commence à s’installer. Il faut arriver à s’affranchir des croyances de la norme qui dictent que pour bien faire les choses, il faut les faire une par une, qu’il faut bien réfléchir avant de prendre une décision et qu’il convient de tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de s’exprimer.

L’intensité et l’état de flow (flux) sont constitutifs du fonctionnement du HP : il y a une jubilation intense quand toute l’énergie est focalisée sur un objectif, qu’on le réussit, mais surtout que notre attention est déjà fixée sur le prochain objectif à atteindre. Ce la peut mener à une réelle euphorie. Mais un autre trait du HP est la forte procrastination, par anxiété, peur de l’échec ou au contraire peur de la réussite, besoin de précision absolue et de haute réalisation. Cela ne va bien que quand on est dans ces moments d’énergie intense. [Note de Sandy : à ceux qui m’ont déjà demandé sérieusement ou en blaguant ce que je pouvais prendre comme substance pour faire tout ce que je fais tout le temps, vous avez maintenant la réponse, je carbure au HP sans plomb.]

Puis est venue une slide qui m’a intéressée au plus haut point, car elle a couché sur papier une réalité que j’avais du mal à saisir et que je subissais alors qu’elle est loin d’être aussi néfaste que je le pensais : la ligne du temps. On y voit en abscisse différents projets et leurs états d’avancement variables visibles en ordonnée, qui représente le temps. Ces projets avancent tous à leur rythme, et au gré de l’énergie (très fluctuante dans le temps) qu’on y met. Quand on pose un regard pessimiste sur ce schéma, on pourrait se dire qu’on commence tout, qu’on ne finit rien, qu’on n’arrivera jamais à faire tout ce qu’on veut faire, qu’on n’est pas capable, etc. Cela peut mener à une nostalgie de ce qu’on ne pourra jamais faire et qui fait immanquablement procrastiner. En fait, la vision à avoir sur cette situation est que chaque projet ou idée laissés en arrière dans un état inachevé est en fait un terreau essentiel aux idées sur lesquelles on se focalise en ce moment, et qui ne seront sûrement plus les mêmes dans quelques temps. Donc quoi qu’il arrive, il faut continuer à avancer et ne surtout rien lâcher. [Note de Sandy : cette slide, je vais l’imprimer, l’encadrer et la mettre au dessus de mon lit, afin de me la réciter en mantra tous les jours, amen.]

S’engager : Il faut se résoudre à changer de paradigme et à passer d’une archéologie de la souffrance à la psychologie des ressources, afin de ne plus ruminer, ne plus se poser en victime de son HP. Au lieu d’arracher des mauvaises herbes qui repousseront toujours, il vaut mieux planter des graines de jolies fleurs qui en poussant prendront tout le soleil et étoufferont les mauvaises herbes restées au ras du sol. [Note de Sandy : deuxième mantra, qui mériterait même de se faire tatouer pour l’avoir en permanence sur soi.]

La conférence se termine sur un encouragement de Jeanne Siaud-Facchin à nous tourner vers la méditation en pleine conscience, qui serait une véritable aide pour les HP. Et surtout de ne jamais renoncer au bonheur et surtout aux petits bonheurs quotidiens. Citation d’Oscar Wilde : «  La sagesse suprême, c’est d’avoir des rêves suffisamment grands pour ne par les perdre de vue lorsqu’on les poursuit ».

Pour conclure, la conférencière nous fait part de son souhait de créer une structure où les adultes HP pourraient se rencontrer et échanger. Cette association démarre officiellement ce jour, 5 avril 2014, avec les participants de cette conférence qui le souhaitent et le projet est à monter tous ensemble. [Note finale de Sandy : j’ai bien pris soin de laisser mes coordonnées de manière lisible en belles lettres capitales]

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6 réflexions sur “Une conférence tant attendue sur les grands zèbres (ou adultes à haut potentiel)

  1. Moi je ne sais pas si je suis HP ou pas, je me reconnais dans beaucoup des « symptômes » évoqués. J’ai lu quelques articles sur l’aspect « caméléon » d’un enfant HP dans ses années les plus jeunes (jusqu’à l’adolescence) et c’est vrai que j’ai toujours eu beaucoup de facilité à m’adapter dans beaucoup de situations avec humour et brio. Je me reconnais également dans l’impertinence et dans l’opposition, mon père m’ayant beaucoup fait la remarque: pour lui je suis dans un schéma d’opposition etc etc…
    J’ai commencé à fumer des joints en seconde, c’était bien, c’était beau, c’était drôle. Et puis en Terminale j’ai rencontré un type avec qui j’ai énormément fumé et j’me suis vraiment abruti avec lui, aujourd’hui j’en subis les conséquences et même après avoir arrêté je me tape des angoisses liées ou sevrage.
    Mes parents ont voulu que je consulte un psychologue pendant mon année de première. Il m’a fait faire des séances de relaxation où je finissais par m’endormir, donc j’imagine que c’était plutôt de l’hypnose aha, mais ça me faisait du bien.
    J’ai toujours eu l’impression que mes parents ne pouvaient pas me comprendre, et même si pendant un temps ça passait avec eux, ils ont commencé à en avoir marre des bulletins de type « Jules à de grandes capacités mais ne les exploitent pas correctement » etc… j’ai toujours eu un décalage avec ça.
    Je comprenais les cours vraiment facilement mais pour moi ça représentait pas grand chose une note et puis je trouvais la méthode stupide, recracher quelque chose alors que c’est tellement plus beau quand les choses évoluent. Du coup je me heurtais vraiment violemment avec la méthodologie, je commençais à faire mon brouillon, je voyageais cérébralement, et vraiment j’aimais ça, mais bon finalement je me dispersais un peu trop sur le sujet, et décourager par le fait qu’on me demande une méthode vraiment bien précise, j’ai fini par saquer mes propres devoirs parce que ça m’ennuyait profondément, j’avais vraiment pas la force de devoir me plier à ça pendant 4h . J’étais dans un lycée privée où on récompensait les meilleurs et on méprisait les faibles (j’entend d’un point de vue des notes mais aussi du comportement) alors que moi je voulais juste rigoler et continuer mon bonhomme de chemin je me suis heurter à ce système. Je me reconnais aussi dans l’aversion de l’injustice. J’avais l’impression que cette stigmatisation permanente allait me rendre fou, j’ai fini par développer une haine assez violente envers la CPE de mon lycée. Moi j’étais pas méchant, ni foncièrement mauvais. Je voulais juste apporter des meilleurs choses à l’éducation, j’ai même proposer un « conseil des élèves » en fin de première mais on m’a répondu que « c’était pas à des élèves de faire la loi, que le directeur ne voudrait pas que sa fille ait une éducation avec laquelle les élèves pourraient interférer ». Pour revenir à mon psychologue et à mes parents, ils ont pris rendez-vous avec lui à la suite de mes séances d’hypnoses et il leur a proposer de me faire passer un test de QI, mes parents ne m’en ont jamais parlé jusqu’à ce que par hasard en parlant de douance à me mère elle m’en parle.
    Je suis actuellement en école de design mais je trouve pas ma voie et ça me fait horriblement peur. Je pars l’année prochaine dans une école de dessin réputée (Émile Cohl, où a étudié Woodkid pour la référence) à Lyon. Je me sens un peu paumé et j’ai l’impression de pas vraiment me remettre de cette passe difficile qu’à été l’année de terminale, que ce soit avec mes parents, mes amis ou ma famille. Je n’arrive pas à recréer un contact fort et heureux avec eux. J’aimerais pouvoir leur dire « mais je suis comme ça! C’est moi! C’est toute mon âme et j’ai pas la force de lutter contre ça pour vous! » j’aimerais pouvoir leur dire que je souffre terriblement, que je me sens seul à en mourrir et que moi tout ce que je veux c’est être heureux, c’est briller, c’est remplir de bonheur tous ceux qui m’entourent. Mais je sais très bien que c’est inutile, que de toute façon ils ne pourraient pas comprendre. J’ai déjà essayer de leur en parler, de leur parler de tout ça, mais je crois que ça leur fait peur, ils s’inquiètent énormément pour moi et c’est vraiment inhibiteur, je voudrais qu’ils me fassent confiance mais pour ça je dois leur offrir des garanties qui ne sont pas celles que je cherche à atteindre. Ils veulent de moi que je leur prouve que je peux réussir, que je suis prêt à me lancer dans la vie, mais comment faire pour remplir les attentes de personnes NP alors que mon fonctionnement est (peut être? sûrement?) totalement différent du leur? Comment faire pour qu’il comprenne que ma différence n’est pas un défaut, n’est pas un écart, n’est pas une opposition, mais une force qui ne tient qu’à moi d’exploiter. J’en souffre vraiment beaucoup et je pense que tant que tout ça ne sera pas mis au clair avec eux, comme avec moi-même, je ne pourrai pas avancer. J’ai besoin d’une aide, d’une personne qui me comprenne, avec qui je pourrais discuter et ressentir ce feeling mutuel de compréhension.
    Voilà, tout ce qu’il me reste aujourd’hui c’est le sport, qui calme mes angoisses et qui me permet d’obtenir un sentiment (peut être illusoire j’imagine) de bien être, que m’a procuré le jeu vidéo (par inhibition et par besoin de m’évader de ce monde), la lecture un peu plus tôt dans ma jeunesse (j’adorais les histoires fantastiques, pour les connaisseurs j’ai lu plusieurs fois les romans de Pierre Bottero), et la drogue, l’alcool, la vie nocturne.
    Parfois je me sens bien, d’autres fois je suis très angoissé, et j’ai l’intuition que dans ces lignes, quand dans cet article, quand dans tous ces sites sur lesquels je me suis renseigné, sur tous ces articles liés à la douance, sur tout ce qu’il s’est passé entre maintenant et mon entrée en seconde, je peux trouver la clé, la pièce manquante à tout ça qui a fait que d’un état de bonheur absolu, de véritable béatitude naïve et belle, de jeunesse dorée, de sourires fossettés, de fou rire…je suis passé à un état de déprime, de violence intérieure, de souffrance et de souffrance et toujours de souffrance et d’abrutissement vidéo ludique, et d’abrutissement alcoolique et d’abrutissement canabinique.
    Merci de m’avoir lu, je serais admirablement touché d’obtenir des réponses à toute ces questions et de vous tenir au courant de mon évolution dans ce chemin tortueux cependant gratifiant et magnifique qu’est la vie.
    Jules
    NB: (parce que Notabene est autrement plus joli que Postscriptum) j’espère que la nature de ce message n’est pas mal tombée et ne gène pas l’intérêt de votre article, au combien précis et enrichissant. Encore merci pour l’écriture de ce dernier.

    • Tu as écrit il y a longtemps, et je suis arrivée ici par hasard. Je ne sais pas si tu verras ce message, mais qu’importe.
      Alors déjà, dans ta manière de parler, d’écrire, d’analyser, dans ta manière de fuir aussi, je suis absolument convaincue que tu es un zèbre.
      Je l’ai, pour ma part, découvert passé 35 ans, et j’en suis à, chaque jour, déconstruire ce que la société m’a fait ingérer de force. Ta conscience de la différence est douloureuse, mais mon inconscience fait que j’ai vécu essentiellement endormie jusqu’ici, insatisfaite à l’extrême, juste à avancer, empiler les jours, les heures, les mois, les années et attendre. Et puis, la découverte, les rayures. Elles sont là, et d’un coup, j’ai compris que je n’avais pas besoin d’être comme les autres, de suivre ces diktats silencieux mais impérieux que la société a gravé tellement profond en moi que j’en était, finalement, la première gardienne.
      Durant cette période de découverte, on m’a dit que je devais me laisser le droit d’être différente, et j’ai fondu en larme, parce que personne ne me l’avais jamais dit. D’un coup, c’est rentré dans le champ des possibles.
      Emile Cohl… Voilà un endroit ou je voudrais aller. Quitter mon petit boulot de NP et recommencer.
      Je connais trop bien cet abrutissement que tu évoques, même si j’ai évité le piège des drogues. Moi, c’était plutôt les jeux vidéos. Pour tout dire, j’ai toujours refusé de jouer à World of Warcraft, par peur d’y plonger tout à fait. Un jeu qui a une fin… possède une fin. Et une fois fini, je sors de là, alors je pouvais enchainer les jeux, c’est comme une cuite. Mais un mmorpg n’a pas vraiment de fin.
      Alors la mauvaise nouvelle, c’est que le monde est rempli de NP et tu ne peux pas leur demander de te comprendre, c’est comme demander à un paraplégique de venir courir avec toi. Juste, il ne peux pas, il n’en a pas la capacité physique.
      La bonne, c’est la résilience. La capacité à survivre. Lorsque tu comprends quelque chose, tu peux l’intégrer. Tu es un zèbre. Tu as pris la voie rude parce que tu ne supportes pas les masques, mais du coup, tu restes toi quand moi je me suis fondue dans la masse jusqu’à ne plus savoir qui j’étais, jusqu’à voir mes tripes se vider de peur alors que ma tête ne ressentait rien, mes yeux pleurer sans comprendre.
      Depuis, je déconstruit ce que ce monde de NP m’a appris. Dessiner ? Allons, j’en suis incapable ! Et puis ce n’est pas un vrai métier. Va plutôt faire des études d’informatique, faire des petits programmes qui vont compter les heures de boulots des petits travailleurs.
      J’ai eu deux vie, et pour la seconde, je suis toute jeune encore, mais j’apprends vite, et d’autant plus vite que je sais que c’est le cas désormais, que je n’ai pas à avoir honte ou me cacher. J’ai encore mon taf pourri parce que j’ai besoin d’un toit, mais je peux regarder plus loin maintenant. Ca rend la chose à la fois plus dure et plus facile, mais au moins, j’entrevois une fin possible, et différente surtout.
      Ne perds pas ton temps à convaincre les autres et plus encore, à vouloir être comme ils voudraient que tu sois. Soit toi même, assume.
      Mais « assume », ça ne veut pas dire que tu n’es plus soumis au « contrat social ». Tu seras toujours entouré de NP et ces NP utilisent des codes. Regarde les, comprends les codes, et renvoie leur une image assez fidèle de ce que tu es, mais suffisamment proche d’une case qu’ils puissent comprendre (un « artiste », un « créatif », un « excentrique », mais pas un « fou »). Et trouve toi d’autres zèbres, des gens avec qui parler vraiment, qui ne font pas des yeux tout rond quand tu causes.
      Tu sais, j’ai découvert mes rayures il y a finalement peu de temps, mais en relisant ma vie, en fait, des zèbres… J’en ai mis partout autour de moi. Les zèbres s’attirent mutuellement, se reconnaissent. Il y en a probablement déjà autour de toi, des gens qui percutent tu vois ?
      Voilà… tu as le droit d’être différent, mais ceux qui ne peuvent pas se lever, c’est eux, alors c’est à toi de prendre le temps de t’assoir de temps en temps et ne pas les mépriser pour autant. Et c’est aussi à toi de choisir quand et avec qui tu veux courir, parce que, vraiment, tu en as le droit.

  2. Super, bravo pour ce retour qui a permis pour la première fois à mon épouse d’exprimer son appartenance au monde des zèbres ! Concernant les neurones miroirs, mon hypothèse est la suivante : Nous captons énormément d’informations chez les autres, microtremblements de corps, de voix, posture, débit de parole. Nos neurones miroirs sont des perroquets qui imitent ces postures. Cela compose un « toi » qui a exactement les mêmes réactions que ton interlocuteur, et tes algorithmes de reconnaissance de forme (zone(s) de ton cerveau) identifient les émotions que toi tu ressentirais pour en arriver là (fonctionnement par induction). Ensuite soit tu pars en cacahuette parce que tu crois que tu ressens les émotions à la place de l’autre, puissance zèbre, soit tu crées un nuage d’hypothèses que tu chercheras à vérifier (ou pas) auprès de l’autre sur les raisons de ces émotions. Je suis prêt à approfondir le sujet avec qui le souhaite.

  3. Ci-joint un bout de texte sur comment la théorie de l’étiquetage ou de la réaction sociale considère cette question. Les hauts potentiels ont des causes sociologiques dans l’éducation des enfants très tôt exposés à la société de l’info et toutes sortes de stimulation. Dans les années 50, les enfants étaient enfermés dans le noir et emmaillotés serrés. Et puis il y a beaucoup de choses toxiques dans l’environnement et la nourriture. Le problème est en partie lié au pouvoir psy et à ces tests qui sont débiles Leur créateur les a reniés. Pour ce morcau de texte je me suis servi d’une référence de Jean Huryn publiée dans « Deviant Behavior » en 1986.
    Jean S. Huryn et le stigmate de « surdoués »

    Le cas des enfants prodiges ou des surdoués peut offrir un éclaircissement sur l’ambivalence inhérente à toute opération de distinction et stratification des individus sur la base d’attributs particuliers, quand bien même ces attributs seraient positifs ou même exceptionnels. L’expérience d’être un cas exceptionnel pourrait être finalement comparable à celle d’une personne stigmatisée négativement et honteuse de son infériorité, en effet, la personne supérieure pourrait se sentir tout aussi mal à l’aise avec sa supériorité .
    C’est pourquoi quelques auteurs ont osé franchir le pas et affirmer que l’exception peut être l’objet d’un processus de stigmatisation dans la société. La meilleure étude en ce sens, celle de Jean Scherz Huryn (1986) sur les surdoués, a été réalisée avec des étudiants « gifted » (N = 60) à partir d’entretiens en profondeur qui portent sur la façon dont ils se perçoivent et comment ils sont perçus par les autres.
    La sociologue met en évidence trois dimensions jusque là inobservées.
    La première observation de l’auteur concerne la dimension évaluative du surdoué.
    77% des étudiants surdoués estiment que leurs camarades évaluent leur don de façon négative. Un seul sur 60, est satisfait d’être identifié comme surdoué car il pense que cette condition est susceptible de lui offrir de meilleures opportunités d’étude et de carrière. Mais généralement, l’appréciation sur la façon dont ils sont perçus se traduit plutôt par des propos désabusés : « ils pensent que vous avez la grosse tête » (Huryn, 1986/1990, 173).
    La seconde observation porte sur la connaissance de l’existence et du contenu des stéréotypes et des étiquettes concernant les surdoués.
    Ainsi, seulement 18 % des étudiants mentionnent qu’être surdoué a des caractéristiques positives. Nombre de préjugés circulent selon lesquels un étudiant surdoué n’est pas attractif physiquement, est studieux, et porte des lunettes. Des surnoms leur sont affublés : binoclard, crâne d’œuf, rat de bibliothèque, etc.
    « Les étudiants doués étaient très conscients des labels des stéréotypes envers les surdoués de notre société. Dans leurs perceptions, le stéréotype du surdoué est réservé, inattirant, ennuyeux et centré sur soi. » (1990, 170)
    Mais c’est surtout dans les interactions avec les autres qu’apparaît le mieux la nature des rapports entre la société majoritaire et celui qui porte une différence exceptionnelle.
    La plupart des étudiants admettent utiliser des stratégies interactionnelles de traitement des impressions pour faire passer leur statut de surdoué auprès des autres. Il s’agit la plupart du temps de cacher le stigmate déviant davantage que possible.
    Parmi ces stratégies, la plus utilisée est le faux-semblant (au sens goffmanien). La plupart des étudiants (73 %) admettent user d’une stratégie qui consiste à faire l’idiot, faire le clown ou plaisanter. Certains font même les débiles (selon les dires d’une mère de surdoués). Une autre consiste à faire semblant de ne pas savoir une réponse, ou à une question, donner exprès une réponse inappropriée.
    L’intérêt de l’étude est de démontrer que les surdoués font l’objet d’un stigmate dans notre société. Ils sont souvent injuriés, frappés, voire rackettés à l’insu de tous. Une partie importante des problèmes affectifs ou interpersonnels des surdoués serait des conséquences du stigmate dont ils sont les victimes de la part de la société majoritaire et non pas une cause d’inadaptation en soi. Ils sont souvent obligés de s’aligner sur le groupe et de se tirer vers le bas pour être acceptés ou pour éviter les mauvais traitements.
    Une notation importante de J. Huryn concerne les stratégies que les surdoués sont obligés de déployer pour éviter des sanctions négatives de la part des autres. Elles développent en eux une personnalité « caméléon », sensible aux évaluations d’autrui et prompte à se corriger pour s’adapter. Loin de voir le surdoué comme émotionnellement perturbé, encore une fois l’auteur le voit actif et manœuvrant son environnement. Dans le contexte américain :
    « Les étudiants surdoués participent souvent à des compétitions sportives, à des bans, à des clubs ou des cliques, prenant part aussi à des farces douteuses pour prouver leur statut d’étudiants ordinaires. Ils changent souvent leur personnalité (vocabulaire, connaissance, aspirations) pour être à l’égal de leurs pairs dans ces groupes, pareils à un caméléon qui change de couleur pour se confondre avec son environnement et cacher sa visibilité » (1990, 175).
    Par ailleurs, ils sélectionnent les personnes à qui ils peuvent s’ouvrir et notamment ceux qui valorisent les surdoués : « ce jeu du cacher-montrer requiert un haut degré d’adaptabilité et un haut niveau de sensibilité aux réponses d’autrui. A l’inverse, les surdoués qui ne peuvent pas ou qui choisissent de ne pas adopter ce comportement de caméléon, résistent dans le cadre scolaire en devenant ceux qui sont décrits comme « cerveaux » ou « crânes d’œuf », ceux qui sont ridiculisés ou frappés ». (Ibidem, 175). Cette attitude bien sûr est corrélative d’un risque d’ancrage secondaire dans la déviance.
    Selon les termes de l’analyse stigmatique, on pourrait dire que lorsque les surdoués recherchent des camarades comme eux et préfèrent se retrouver dans des écoles ou des classes adaptées, il y a, comme le montre Lemert, déviation secondaire. Elle implique la réorganisation des activités de vie et de l’identité autour du label déviant. Le risque effectivement à ce niveau est l’emprisonnement dans un rôle ou un statut et la formation d’une sous-culture déviante. Mais c’est peut-être le prix à payer, pour les surdoués, pour leur sécurité, leur développement et le bon déroulement de leurs études.

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