Adultes surdoués : Le « cadeau » empoisonné

Combien d’adultes, ignorant souvent leur surdon, continuent de souffrir d’une image floue et déformée d’eux-mêmes, d’une éternelle sensation d’inadaptation ! Ne se trouvant nulle part à leur place, ils changent souvent de métier, de lieu de résidence, de pays même, dans une quête perpétuelle de leur propre image, qui ne cesse de se dérober puisqu’elle ne leur a jamais été retournée de façon fidèle et cohérente. Comment, d’ailleurs, certains pourraient-ils s’imaginer brillants après avoir été si longtemps considérés comme cancres, voire comme anormaux ? Quant à ceux qui ont été détectés, même tardivement, que peuvent-ils en faire désormais ?

Jeanne Siaud-Facchin, psychologue spécialiste des précoces, qui a créé, en 2003, CogitoZ, des centres de diagnostic et de prise en charge des troubles des apprentissages scolaires, vient de publier le premier ouvrage consacré aux adultes surdoués : Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué (Odile Jacob).

VSD : Précoces, surdoués, HP… Que de termes pour une même réalité !…

J S-F : En réalité, aucun terme ne convient vraiment. Si « Surdoué » est, évidemment, mal perçu, le très politiquement correct « précoce » ne correspond pas au fonctionnement du « surdoué » et induit même, dangereusement, l’idée d’une personne dotée d’une « avance », qui serait rattrapée à l’âge adulte. Ce n’est pas le fait d’être en avance sur les autres qui caractérise le surdoué, mais bien ses particularités de fonctionnement intellectuel. Quant à « HP », pour « haut potentiel », il laisse supposer qu’on se doit d’en faire quelque chose de brillant. Bonjour, la culpabilité !… Par défaut, je leur préfère « surdoués », mais c’est, évidemment, lourd à porter et compliqué à évoquer.

VSD : Une fois dans la vie active, à quelle occasion peut-on être amené à se poser la question ? Qu’est-ce qui incite un adulte à vous consulter ?

J S-F : Souvent, c’est un peu comme si l’on était rattrapé par soi-même. On a fait le tour de plein de choses, mais cela manque de sens profond. Comme s’il s’agissait d’une erreur de casting ! De nombreux hommes, entre 40 et 50 ans, viennent me consulter, car – malgré une réussite éclatante – ils ressentent une incomplétude totale. Ils se sentent vides. Certains n’ont, en fait, cessé de vivre dans des vies qui ne leur ressemblent pas.D’autres ne se posent pas directement la question, mais découvrent leur surdon, par identification, à l’occasion du diagnostic de leur enfant.

                                                Soulagées par le diagnostic

VSD : Comment réagissent les personnes auxquelles vous annoncez leur surdon ?J S-F : Elles sont, tout d’abord, soulagées. Cependant, à l’euphorie succède, souvent, une phase de colère. Colère envers leurs parents, qui n’ont rien repéré ; envers l’école, qui les a, peut-être, conduit à l’échec, et, enfin, envers soi-même pour ne pas avoir perçu la réalité alors qu’on se sentait, pourtant, si différent. Parfois, surgit, également, la peur de, désormais, ne plus avoir le droit de décevoir, de devoir être à la hauteur.

VSD : Pourquoi vous intéressez-vous tant à ces adultes ? Apprendre à 40 ans qu’on est, en fait, surdoué, franchement, ça avance à quoi ?

J S-F : Être surdoué donne une coloration si particulière à l’ensemble de la personnalité qu’ignorer cette dimension nous fait passer à côté de notre vie. C’est être amputé d’une partie de soi. Or se rencontrer soi-même est toujours libérateur, peu importe l’âge ! Revisiter son histoire à la lumière de ce nouvel éclairage permet de ne plus vivre avec cette image fragmentée, car, si être surdoué est une richesse, c’est, aussi, une différence qui peut susciter un éternel sentiment de décalage, une impression de ne jamais être vraiment à sa place. Après le diagnostic, les pièces du puzzle sont recollées et on a la sensation d’être « rentré chez soi », après des années d’errance.

                                    Ce n’est jamais dangereux d’être soi

VSD : N’est-ce pas plutôt déstabilisant, voire dangereux ? Quels sont les retentissements d’une telle révélation sur sa vie familiale, sociale et amoureuse ?

J S-F : Non, ce n’est, jamais, dangereux d’être soi, si on connaît ses forces et ses fragilités. Il est, d’ailleurs, essentiel de comprendre sa personnalité pour se sentir mieux avec soi et avec les autres. Et l’enjeu est, précisément, une réconciliation avec soi-même et avec les autres. De toute façon, il s’agit moins de faire quelque chose de différent que d’être, enfin, soi-même. On accède, certes, à une nouvelle représentation de soi, mais on est toujours le même !

VSD : Est-il judicieux le dire à l’entourage ? Entre le manque d’information et le poison de jalousie, n’est-il pas plus sage de se taire ?

J S-F : C’est toujours risqué, car les mauvaises interprétations et les moqueries sont si rapides ! Et les surdoués continuent de faire l’objet de représentations erronées. Néanmoins, je pense que cela vaut le coup d’en parler aux gens qui comptent, qui nous importent, afin de faire comprendre qui l’on est réellement.

VSD : Avez-vous été contactée par des personnes qui se sont reconnues au travers de votre ouvrage, et qui s’avèrent, après diagnostic, effectivement, surdouées ?

J S-F : Oui, énormément ! Le plus impressionnant : les 4/5 des personnes qui sont venues me voir, pensant s’être reconnues dans mon ouvrage, étaient, réellement, surdouées. Beaucoup d’hommes, profil bas, d’ailleurs ! L’humilité, le doute étant des automatismes de la pensée du surdoué…

 

Propos recueillis par Hélène Gest31/10/2008 16:27

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