Le Mans Enfants précoces : « Notre cerveau va juste plus vite »

Ethan et Gaspard sont scolarisés en 6e enfants précoces.

En 6e au collège Saint-Louis au Mans, Gaspard et Ethan, 11 ans, ont été diagnostiqués précoces. Ils racontent l’exclusion subie en primaire.

Le témoignage de Gaspard est bouleversant. Avec un grand sérieux et un langage soigné rarement observés chez un enfant de cet âge, le jeune Manceau raconte ses années de souffrance à l’école primaire.

« Je préférais rester seul plutôt que d’être maltraité »

Quand les autres enfants « qui faisaient deux têtes de plus » que lui, lui menaient la vie dure. « Ils me traitaient d’intello, ils se moquaient sans arrêt de moi, de ma coiffure, de ce que je disais ».

Des mots qui font mal, souvent accompagner par des coups. « Ils me tapaient dessus et me prenaient par le cou pour m’étrangler ».

Gaspard raconte aussi les longues récréations « passées tout seul sur un banc. Mais ça ne me dérangeait pas. Je préférais rester seul plutôt que d’être maltraité ».

Alors, le jeune garçon tente de se fondre dans la masse. « J’ai adopté des mots de leur vocabulaire, j’ai commencé à mettre des vêtements comme eux. Mais ce n’était pas moi, je ne me sentais pas mieux en essayant de devenir comme eux ».

« On ne se sent pas différents »

Physiquement plus grand que Gaspard, Ethan, lui, exprimait, son malaise de manière différente. « C’est moi qui tapais les autres », reconnaît le petit Manceau. « Ils se moquaient de moi, ça me mettait très en colère. Alors, j’avais un mauvais comportement. Mes parents m’ont emmené voir un psy parce que ça se passait vraiment mal. C’est là que j’ai fait des tests et qu’on a dit que j’étais précoce ».

Le diagnostic de précocité, posé « entre le CE2 et le CM1 » pour Ethan et en fin de CM2 pour Gaspard, n’a pas « changé grand-chose » pour les deux garçons. « Mes parents n’ont pas voulu le dire à la maîtresse », confie Ethan. « Ils ne voulaient pas qu’on me mette « dans une case » mais plutôt que je reste avec les enfants de mon âge ».

« C’était l’été dernier, en Italie », raconte Gaspard avec un sérieux touchant. « Nous étions sur la plage et mes parents m’ont dit « voilà, tu es précoce, tu vas aller dans un collège spécial ». J’étais surtout soulagé de quitter ceux qui me martyrisaient. Je ne me sens pas différent des autres enfants ».

« Le sentiment d’être plus à notre place »

Prenant sa tête entre ses mains, Gaspard prend un air dépité : « Vraiment, ça me hérisse quand des enfants disent « J’ai des super-notes, je suis précoce ». Ça n’a rien à voir. Les gens ne réalisent pas ce que c’est que d’être précoces et je ne comprends pas pourquoi on nous rejette comme ça ».

Et Ethan d’ajouter : « Parfois, j’ai des mauvaises notes. Ça ne veut rien dire. On peut être précoce et ne pas tout comprendre à l’école. C’est juste notre cerveau qui va plus vite et qui fonctionne différemment. Ce n’est pas une raison pour nous mettre à part ».

À Saint-Louis, Gaspard et Ethan ont intégré une classe de sixième spécialisée dans les enfants à haut potentiel intellectuel. « On se sent mieux dans notre peau quand même », se réjouissent les deux jeunes garçons. « On a le sentiment d’être plus à notre place. Même si c’est toujours un peu dur avec les autres enfants de 6e qui nous rejettent ».

Dans la cour, « on est toujours entre précoces et aussi, avec les autres exclus du collège ».

 

Pour aller plus loin

« Le Maine Libre » : Depuis combien d’années le collège Saint-Louis a-t-il créé cette section ?

Hélène Genetay (responsable de la section enfants précoces) : Ça fait plus de quinze ans. Il manquait cruellement de structures pour prendre en compte ces enfants. Ils ont vraiment un fonctionnement différent des autres enfants. Le programme est le même, ils ont les mêmes cours. C’est juste la façon d’enseigner et d’appréhender les élèves qui diffèrent.

Y a-t-il un profil spécifique aux enfants précoces ?

Oui et non. Il y a autant de profils que d’enfants précoces. Mais on retrouve souvent des caractères communs : un QI supérieur à 130, un grand sens de la justice, un gros décalage entre la maturité intellectuelle et la maturité émotionnelle et affective…

Souvent les enfants précoces sont détectés quand ils voient un psychologue soit parce qu’ils ont un problème scolaire soit pour des problèmes relationnels.

Il y a également plus de garçons que de filles dans nos classes car les filles se fondent mieux dans « le moule ». Elles se font moins remarquer, et réussissent mieux à suivre le cursus classique.

Tous les enfants précoces sont-ils brillants à l’école ?

Contrairement à ce que l’on peut penser, un tiers des précoces est en échec scolaire. Certains ne se sentent vraiment pas à leur place dans le système scolaire, d’autres ont des problèmes d’écriture car leur cerveau va trop vite pour l’écrit. D’autres ne sont pas détectés « précoces » et sont classés comme « mauvais élèves ». Mais il y a aussi des enfants précoces qui vont très bien.

Mathilde BELAUD
Le Maine Libre

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s