Je suis surdoué… malheureusement… ?

Je voudrais revenir sur un sujet qui est relativement peu abordé, mais qui pourtant fait couler pas mal d’encre, et sans doute aussi, pas mal de sang et de larmes : l’intelligence. C’est un sujet qui mélange onirisme et fantasmes, dont l’image qui est portée aux nues est totalement erronée, celle du génie boutonneux dont les facultés d’adaptation sont telles, qu’il en devient imbus de sa personne et que nécessairement il fait sienne les valeurs que prônent la société humaine, l’argent, le pouvoir et le sexe, et, pour dire les choses clairement, prenez l’antiportrait de cela, et vous aurez une image plus fidèle de ce qu’est un surdoué, bien loin des images d’Epinal.

Alors oui je me dois d’être sincère avec vous, si j’aborde ce sujet, c’est qu’il me tient particulièrement à cœur, je dis bien à cœur et non à l’esprit, j’insiste. J’ai été diagnostiqué personnellement surdoué sur le tard, et même plus particulièrement profondément surdoué. Dans une nation qui se veut égalitaire, cela met mal à l’aise de l’aborder ainsi. Le diagnostic tombe quand vous passez un test de QI, vous êtes classé comme surdoué lorsque votre QI dépasse de 2 écarts type la moyenne de la population fixée arbitrairement à 100, et profondément surdoué quand celui-ci la dépasse d’au moins 3 écarts type, en gros cela représente respectivement une personne sur cinquante, et une personne sur mille, voilà en tout cas la définition classique. Mais si j’aborde ce sujet, ce n’est nullement pour me prévaloir d’un fait qui n’est pas véritablement de mon fait, car contrairement à ce que prônait Saint-Just l’état de Nature n’est pas égalitaire par nature, mais parce que de cet état, qui est le mien, résulte une souffrance permanente, d’une solitude existentielle voire solipsiste, et que contre cet état de nature, je me retrouve, à l’instar de bon nombre, totalement démuni dans la société humaine que je côtoie.

Pour préciser les choses, cet état de nature s’accompagne souvent, mais pas toujours, d’une extrême sensibilité dont la nature influence profondément le psychisme d’une personne, au point de la structurellement différentier des autres qui ne le sont. Cette structure se traduit par une lucidité permanente, un idéalisme constant et abouti à un sentiment profond d’ennui et de frustration. Voire en avance de phase les choses ne les évitent nullement, cela vous donne juste une amertume quant à l’intérêt de cette vie et de l’action, voyant les gens gesticuler autour de vous pour éviter ce que vous pressentez comme inévitable et dont l’occurrence, souvent exacte, provoque en vous une sorte de frustration immense, un sentiment d’inutilité, et un retrait de tout groupe au-delà même de la communication sensorielle dont le niveau moyen ne vous permet jamais d’être en dialogue et dont le bavardage vous est impossible… Pour ceux qui ne le sont pas, le surdoué apparait comme une bête étrange, dont à l’évidence les talents devraient lui permettre de se mouvoir et de s’adapter, voire même de régner, mais dont l’inanité leur paraient incompréhensible. Ils aimeraient profiter de ses dons, mais en même temps ne parviennent jamais à le comprendre et à le manager au point de le détruire plus encore, qui plus est son acuité le rend même parfois dangereux tant il n’hésitera pas à remettre en cause la hiérarchie et tant pour lui les valeurs sur lesquelles la société est basée lui sont totalement étrangères. Le voir ainsi marginaliser remet en cause trop d’aspects sur laquelle la paix de la société est basée, la méritocratie, le pouvoir, l’égalité dont la plupart des gens réussissent à se mentir à eux-mêmes quant à leur réalisation… Et puis après tout, s’il est intelligent, il n’a qu’à se sauver lui-même…

Alors imaginez-vous un instant dans l’esprit d’un surdoué, imaginez-vous toutes ces discussions que vous tenez et où nécessairement vous prenez des postures et où vous n’êtes plus sincères, imaginez un instant que vous perceviez avec acuité toutes les hypocrisies sur laquelle notre société est basée, imaginez que dès l’enfance vous soyez conscient que nous allons tous mourir, imaginez un instant que même enfant vous vous rendiez compte de l’extrême vulnérabilité de vos parents et de la matière périssable dont ils étaient fait et que tantôt vous seriez orphelins c’est à dire encore plus seul, imaginez dans un entretien d’embauche que vous ne soyez pas dupe des valeurs qui sont présentées, imaginez que votre vélocité et votre acuité vous fasses devenir l’ennemi à abattre et que l’estime que vous avez de vous même est si faible que vous ne cherchiez même pas à lutter… Imaginez que dans cette perspective votre sensibilité vous pousse à éprouver un spleen de plusieurs jours de voir ne serait-ce qu’une terrasse de café où les couples ne s’aiment pas, comme la plupart des couples d’ailleurs… Et face à cette hypocrisie permanente de la société humaine, vous n’avez que deux choix, parler et possiblement ne pas être compris ou déranger ou être condamné, ou se taire et se frustrer soi jusqu’à la lie… Cette perspective, c’est la mienne, depuis à présent plus de 30 ans, et faire face à cet afflux émotionnel, je ne sais pas. Je cherche continuellement, mais infatigablement je me lasse de toute chose ayant l’illusion sans doute d’appréhender les choses trop rapidement.

Alors bien sûr, je devrais aller voir des soutiens psychologiques, sauf que j’en ai déjà essayé une ribambelle de psychiatres depuis l’âge de 11 ans, et qu’aucun n’a jamais émis cette hypothèse de la douance, et que si certains ont pu émettre des réflexions qui le laissaient penser, cette structure psychique si particulière qui est hermétique à ceux qui ne le sont pas et oppressante pour ceux qui en disposent, ne fut jamais prise en compte. Plus grave encore, parmi tous ses médecins, il ne s’en est trouvé aucun pour reconnaitre ses erreurs de jugement, car analyser une personne surdouée en ne tenant pas compte de la structure même de son psychisme, c’est faire des diagnostics erronés, dont l’erreur porte gravement à conséquence sur la patient, déjà pour la plupart du temps angoissé par la folie qu’il sent proche. J’ai été hospitalisé en psychiatrie plusieurs fois pendant près de 3 ans, avalant jusqu’à 24 pilules du bonheur par jour, m’obligeant à dormir à poing fermé au point de mettre en suspens mes études, pour un résultat désastreux et dont le corps médical n’a jamais émis le moindre doute quant à son diagnostic et dont j’ai l’amère impression de me heurter à un dogme qui veux que ceux qui sont censés avoir plus, n’ont besoin de rien, ou même que la douance n’est que le fait de l’enfant, ou pire qu’elle n’existe pas… Le résultat pour la plupart des surdoués est un profond mépris de la société, car si des psychiatres spécialisés dans les surdoués existent, la plupart d’ailleurs l’étant eux-mêmes, c’est toujours contre le système médical français qui amène à un tel naufrage…

Aujourd’hui j’ai 32 ans, quelques études derrières moi et un avenir très incertain. Je vis du RSA, après plus de deux ans de chômage sans visibilité quant à reprendre une activité. Postuler a une offre d’emploi ? Je ne l’imagine même pas malgré la précarité de ma situation tant tout est question de communication dans la rédaction et tant je n’ai d’autres attaches qu’aux Hommes et qu’à force de les croiser en entretien, je me pose toujours la question, pourquoi devrais-je m’infliger autant d’hypocrisie ? Les relations sentimentales ? Je préfère ne même pas y penser tant elles sont également un désastre, je ne trouve même plus aucun plaisir à fréquenter une geinte masculine toujours juchée sur son perchoir de certitudes et de superficialités… Qui plus est mes ressorts sont différents, le secteur d’activité ou le domaine de compétence je m’en fiche, la carrière je m’en tamponne royalement, avoir son appartement dans le 7e Paris m’indiffère totalement, gagner de l’argent aussi, avoir un beau mec et un chihuahua aussi… Bref si pas mal de personnes pourraient en dire autant, la plupart disposent d’une résilience qui leur permet de ne pas se laisser aller, moi personnellement je n’en dispose d’aucune et je ne sais pas avoir l’hypocrisie que les autres ont… Alors depuis 32 ans je continue à faire ce que j’ai toujours fait, trouver un sens à ma vie, en ayant toujours l’impression de n’en voir aucun et de n’avoir aucune place… Je ne suis nullement dépressif, je me porte bien, mais je ressens en moi une profonde fatigue de la vie, et pour dire les choses franchement si je peux me dépasser pour quelqu’un pour me rendre utile, je suis totalement incapable de me dépasser pour moi… A vous qui me lisez, je ne vous demande rien, aucune commisération, mais juste d’essayer de voir derrière les images d’Epinal parfois, y compris et surtout concernant l’intelligence, qui n’est jamais qu’une arme de destruction massive dont vous auriez tords de croire qu’elle est un signe de non-idiotie tant parfois elle l’est…

L’article 24 septembre 2012//Le Coryphée

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